Bonjour Rav,
La Hakarat Hatov (reconnaissance) concerne-t-elle des personnes et des objets ou bien uniquement des personnes ?
Merci.
Bonjour,
Le Midrach nous enseigne que le fait d'exprimer de la reconnaissance envers une chose inerte agit sur notre personnalité comme une mesure préventive. En ayant une attention particulière pour un objet qui nous a servi, d'une manière ou d'une autre, en veillant à ne pas l'abîmer ou à ne pas le gaspiller, nous entretenons et protégeons notre sensibilité. Si nous laissons notre cœur s'endurcir face aux objets, nous risquons de perdre cette délicatesse lorsque la reconnaissance sera véritablement nécessaire envers un être humain.
Explications :
La Hakarat Hatov, la reconnaissance du bien que l'on a reçu, est l'une des plus belles Midot [qualités] que l'être humain puisse développer. C'est une obligation envers une personne qui nous a aidés, soutenus ou rendu service. Lorsqu'on reçoit du bien, on doit savoir s'en souvenir et ne pas l'oublier.
Mais la Torah nous enseigne que cette reconnaissance ne se limite pas uniquement aux êtres humains. Elle s'étend également aux animaux et même aux objets inertes.
A première vue, cela peut sembler étonnant. Pourquoi manifester de la reconnaissance envers un arbre, une chaise, une pierre, un vêtement ou tout autre objet ? Après tout, ces choses ne ressentent rien et ne savent pas que nous leur sommes reconnaissants.
Mais il faut savoir que cette attitude n'est pas destinée à l'objet lui-même ; elle est destinée à celui qui exprime sa reconnaissance. Lorsqu'une personne s'habitue à reconnaître le bien qu'elle reçoit, même lorsqu'il provient d'une créature inerte, elle affine sa sensibilité et développe en elle cette qualité.
Ne pas aborder ces éléments avec respect et considération, c'est risquer d'installer en soi une forme d'indifférence. L'insensibilité est un engrenage dangereux : si nous nous habituons à utiliser ce qui nous entoure sans jamais éprouver la moindre forme d'appréciation, nous affaiblissons notre capacité à ressentir le bien.
Par contre, celui qui se permet de ne pas montrer une reconnaissance envers tout ce qui l'entoure risque peu à peu d'affaiblir sa capacité à reconnaître le bien qu'il reçoit des êtres humains. Et lorsqu'il faudra témoigner de la reconnaissance à une personne qui lui a réellement rendu service, cette sensibilité risque d'être affaiblie.
C'est pourquoi il est bien, voire, conseillé de s'exercer à la reconnaissance dans toutes les situations. Non pas parce que les objets auraient besoin de notre reconnaissance, mais parce que nous avons besoin d'entretenir et de préserver cette qualité précieuse en nous. Mikhtav Mééliyahou, volume 3, pages 100-101.
Chaque fois que nous prenons soin d'un objet qui nous a été utile, que nous respectons un lieu qui nous a rendu service ou que nous évitons de traiter avec mépris ce qui nous a apporté un bénéfice, nous renforçons en nous le trait de caractère de la Hakarat Hatov.
En apprenant à reconnaître le bien partout où il se trouve, même dans les choses les plus simples de notre quotidien, nous devenons davantage capables de reconnaître le bien lorsqu'il vient d'autrui.
En d'autres termes, la Hakarat Hatov envers les créatures inertes n'est pas une fin en soi. Elle est un moyen d'éduquer notre cœur, de raffiner notre personnalité et de nous préparer à exprimer pleinement la reconnaissance là où elle est véritablement attendue : envers ceux qui nous ont fait du bien.
Ci-dessous, quelques-uns des enseignements mentionnés dans le Talmud et les Midrashim à propos de la "Hakarat Hatov" envers des objets inertes :
1. Quiconque méprise les vêtements, finira pas ne pas en tirer profit. Talmud Brakhot 62b,
2. Ce n'est pas Moché Rabbénou qui a frappé le fleuve [le Nil] pour le transformer en sang et en grenouilles, ni sur la terre pour la transformer en vermines car le fleuve l'a sauvé à sa naissance et la terre lui est venue en aide au moment où il en avait vraiment besoin. Voir Rachi sur Chémot, chapitre 7, verset 19 et chapitre 8, verset 12,
3. L'une des raisons expliquant l'interdiction du Bal Tach'hit [gaspillage] est la reconnaissance que nous devons avoir envers la belle nature créée par Hachem pour notre bien-être.
4. Rav Israël Zéev Gustman résidait à Yeroushalaïm. C'était un génie et un géant en Torah. Il était Roch Yéchiva, l'un des plus grands de son époque. Il arrosait, tous les jours, les arbres et les plantes qui poussait dans son jardin. Face à l'étonnement de ses proches et de ses élèves, il expliqua que durant la seconde guerre mondiale, il s'enfuit dans les forêts et il resta en vie grâce à la consommation de plantes. Il pensa, donc, aux plantes de son jardin en signe de reconnaissance et de remerciement.
Tout n'est pas dit à ce sujet.
Nous sommes à votre disposition, Bé’ézrat Hachem, pour toute question supplémentaire.
Qu'Hachem vous protège et vous bénisse.