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'Hamets = mal ?

Rédigé le Mardi 4 Avril 2017
La question de David B.

Bonjour Rav,

Je n'ai pas compris pourquoi le 'Hamets est symbole de mal ?

Quelles sont les caractéristiques qu'ils ont en commun ?

La réponse de Rav Gabriel DAYAN
Rav Gabriel DAYAN
17078 réponses

Bonjour,

Ci-dessous, quelques détails concernant votre question.

Durant Pessa'h, il nous est interdit de consommer du pain ou toute sorte de 'Hamets.

Rabbi Moché 'Haïm Luzzato (1707-1746) explique :

Durant la fête de Pessa'h, nous sommes tenus de consommer uniquement de la Matsa, ne contenant pas la moindre quantité de levain.

Le levain est présent dans le pain afin de le rendre moelleux, lui donner une certaine légèreté et un aspect plus esthétique. Ainsi, sa digestion est beaucoup plus douce et sa consommation devient une agréable partie de plaisir.

Le levain fait donc allusion aux forces du mal, poursuivant infatigablement l'être humain afin de l'attirer vers ce qui est bon et agréable, et non pas vers ce qui est utile et nécessaire.

Le levain est la substance qui entraîne la fermentation, en agissant sur la pâte et en décomposant ses parties. Il transforme ainsi un état naturel, formé uniquement de farine et d'eau, et lui fait subir l'action de l'homme en vue de la faire correspondre à son goût.

Contrairement à la Matsa, le pain au levain est une expression de la domination et de l'emprise des hommes sur la nature. C'est la raison pour laquelle la Matsa constitue notre nourriture principale et exclusive durant la fête de notre libération, qui elle, également, est exclusivement Divine.

Le levain est, comme nous l'avons souligné, comparé à la passion du mal dans l'âme. Lorsque cette fermentation de l'âme est présente, sa pureté est alors soumise aux forces du mal qui la soulèvent contre les forces du bien en la poussant à agir contre la volonté de son Créateur.

Bien plus que cela, le Zohar affirme que la nourriture absorbée par l'homme est l'un des facteurs dont dépend son aptitude à connaître et percer la sagesse Divine de la Torah.

La nourriture impure et grasse rend le cœur insensible et imperméable à toute sagesse" (Cf. Talmud Yoma 39a), mais plus elle est pure et "fine", plus elle rend l'esprit apte à percevoir cette sagesse Divine.

D'ailleurs, l'une des premières mesures prises pour le futur peuple de la Torah, dès sa libération, fut le changement de nourriture. C'est un pain très fin et non levé qui fut choisi pour être l'aliment de base : la Matsa.

Par la suite, lorsque les dernières Matsot furent consommées, ce fut une nourriture encore plus raffinée qui fut offerte au peuple d'Israël : La Manne.

La Manne était si pure et parfaite qu'elle ne comprenait aucune matière devant être évacuée du corps par les voies naturelles (Cf. Talmud Yoma 75b).

La consommation de la Matsa nous éduque donc dans ce sens :

"Il suffit d'un mélange de farine et d'eau afin de survivre, il n'est même pas nécessaire d'attendre pour que la pâte puisse lever et nous offrir un pain moelleux et agréable au palais."

Finalement, quelle est la différence entre une belle tranche de pain et une Matsa toute "chétive", n'est-ce pas ces quelques instants, séparant le pétrissage de l'enfournement ?

Ce sont ces instants tellement importants qu'il faut utiliser à bon escient et ne pas en user pour des fins superficielles et trompeuses (l'aspect extérieur ou le goût).

La Torah nous enseigne : "Pendant sept jours (ou huit jours), prends conscience de cette leçon tellement importante et applique-la durant le restant de l'année".

Avant le péché d'Adam

Le Rambam (4895-4965) explique : Avant le péché, Adam, le premier homme possédait la connaissance de la vérité, il planait au-dessus des passions terrestres, si bien qu'elles ne pouvaient pas affaiblir ou dénaturer la clarté de son esprit.

Sa vision des choses et des objets était si claire, qu'il était en mesure de distinguer le vrai du faux. Mais aussitôt qu'il goûta au fruit défendu, un appétit sensuel se réveilla en lui et troubla la pureté de ses pensées.

Désormais, il ne put plus connaître la vérité dans son entité, mais seulement une partie. Ainsi, il déchut au niveau de l'homme déchiré par ses passions, connaissant uniquement ce qui est bon ou mauvais pour le plaisir et la satisfaction de ses sens.

"D'une sphère idéale où règnent la lumière et la clarté céleste de l'esprit, l'homme tomba au degré de la sensualité physique où l'on perd la notion de la vérité et de l'absolu" (Cf. Le Guide des égarés - première partie, deuxième chapitre).

La conduite morale de l'être humain nécessite donc, une vigilance constante car il engage à tout instant, une lutte contre ses désirs et ses impulsions.

Deux voies s'offrent à lui : l'une lui apporte la satisfaction du devoir accompli, alors que l'autre, ne lui laisse que des regrets et des remords.

Le Rav Munk écrit : "Hélas, il n'est pas de paradis sur terre qui n'abrite un serpent (le Yétser Hara'). La tentation nous guette au milieu des délices de la nature. La voix du serpent siffle à nos oreilles pour nous séduire en tentant de nous injecter son venin mortel".

L'homme ne vit que pour servir D.ieu.

Un de nos maîtres disait :

"Vouloir vivre, c'est avant tout, savoir survivre".

Le fait de survivre est en fait synonyme de tension permanente, inquiétude et angoisse.

Pourquoi ?

Le Rav Munk l'exprime si bien, qu'il nous est difficile de ne pas retranscrire ses si belles paroles :

"L'histoire du péché commence toujours par le dialogue entre l'instinct animal et la conscience humaine. Lequel des deux l'emportera ? Telle est la question angoissante dont la réponse décidera non seulement de la destinée personnelle, mais aussi du sort des générations à venir.

"Dès lors, le merveilleux jardin des délices, se transforme en scène de combat entre le bien et le mal où l'homme trouve la possibilité de célébrer ses plus grandes réussites morales et de mériter ainsi la félicité éternelle (le monde futur)" (La voix de la Torah, Béréchit 3/1).

Que nous puissions toujours profiter de l'assistance d'Hachem, afin d'être toujours dans la bonne voie, pour notre bien et celui de toute la création !

La Matsa, vue sous un autre angle

Après avoir été pétrie, une pâte contenant du levain continue à travailler de ses propres moyens, elle se développe et se dilate, elle chauffe et elle se fend.

La pâte des Matsot, au contraire, ne dispose d'aucun pouvoir.

Elle sera uniquement ce que la main de l'homme en fera. Elle s'obtient par un effort constant et une vigilance illimitée. Elle est inactive par elle-même. Elle symbolise la libération d'Egypte par le Créateur.

En effet, lorsque l'heure de la libération approcha, les Bné Israël n'eurent même pas le droit de quitter leurs maisons, ils durent y attendre l'appel solennel à la liberté.

Cette liberté n'était pas à conquérir mais à mériter par leur entier dévouement à Hachem, en sacrifiant l'agneau - la divinité égyptienne - en tant que Korban Pessa'h.

D'ailleurs, ce Korban Pessa'h devait être consommé obligatoirement, avec des herbes amères [symbole de la souffrance] et des Matsot [symbole de la pauvreté et de l'esclavage] (Cf. Chémot 12/8), pour bien prouver que l'heure de la délivrance n'a pas encore sonné.

Ainsi, il fut mis en évidence qu'ils n'avaient pas du tout participé eux-mêmes à leur libération.

Mais lorsque l'heure de la liberté arriva, les Bné Israël se virent chassés par les Egyptiens avec un tel empressement qu'ils ne purent emporter qu'une pâte non fermentée. La Matsa devint alors pour toutes les générations à venir, le témoignage de l'origine exclusivement Divine de la délivrance d'Egypte.

Les Bné Israël devaient donc s'abstenir de tout préparatif de départ, pour montrer leur rôle passif dans le déroulement de leur délivrance et mettre en évidence l'intervention Divine des moindres détails, les ayant menés vers la libération.

La Matsa vient donc témoigner que nos ancêtres furent chassés et repoussés sans pitié, au point de ne pouvoir cuire leur pain convenablement. Ils étaient donc livrés impuissants aux mains de leurs oppresseurs jusqu'au tout dernier moment et ce fut à l'intervention du Créateur et à elle seule, qu'ils durent le miracle de leur libération (Rav S. R. Hirsch cité par Rav Munk - Chémot 12/39).

L'interdiction de consommer du 'Hamets et la Mitsva de consommer de la Matsa, acquièrent donc une valeur symbolique d'une importance majeure.

Sans ces souvenirs, les descendants de cette génération n'auraient pas pu bénéficier d'un témoignage du caractère exclusivement Divin de leur délivrance d'Egypte.

D'après le Ramban (Dévarim 2/4), la Matsa contient un double souvenir.

Elle représente "le pain de la misère que nos ancêtres mangeaient en Egypte" (Haggada), et elle rappelle alors l'esclavage.

Mais elle perpétue aussi l'empressement de la sortie d'Egypte, "Et le peuple emporta sa pâte avant qu'elle ne lève…", d'où le souvenir de la libération.

Je suis à votre disposition, Bé’ézrat Hachem, pour toute question supplémentaire.

Qu’Hachem vous protège et vous bénisse.

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