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Matanot Laevyonim : don "physique" ou dématérialisé ?

Rédigé le Mercredi 4 Mars 2026
La question de Anonyme

Bonjour Rav,

En sortant de la synagogue ce matin suite à l'office de Pourim, j'ai un profond sentiment de grande déception et de ne pas être quitte de ma Mitsva de Matanot Laevyonim.

En effet, j'ai procédé à un don pour moi et ma famille (5 personnes) via l'application de Torah-Box et je sais qu'un très bon usage a été fait de ce don. Pourtant, je me pose vraiment la question du bon usage de toutes ces applications de don par internet.

Travaillant de façon isolée dans un métier qui certes, me permet de gagner honorablement et honnêtement ma vie, je n'en retire aujourd'hui aucune satisfaction vu l'isolement dans lequel il m'oblige à être. Je ne parle qu'à des gens au téléphone, je ne vois quasiment personne et je ne communique physiquement avec personne car mon travail se fait essentiellement de façon dématérialisée. Seul et isolé et n'ayant comme fidèle compagnon que mon ordinateur et mon téléphone portable, des personnes sont venues me demander la Tsédaka ce matin et je leur ai répondu que j'avais déjà donné par internet.

Je suis comme tout le monde, obligé de faire attention et de rester raisonnable car on a bientôt Pessa'h. Bien sûr, j'ai énormément de peine et d'empathie pour ces gens qui finalement s'humilient et sont dans l'obligation de tendre la main, et préférant ma position de donateur, je leur souhaite réellement qu'Hakadoch Baroukh Hou leur envoie la possibilité de changer de situation et de bénéficier d'un "Nahafokh Hou". Cependant, je vis cette situation comme profondément gênante puisque les Mitsvot se font de façon dématérialisée ; et aux personnes qui viennent nous parler et nous demander la Tsédaka, on n'a plus rien à leur offrir en direct.

Lorsque les échanges se résument aux personnes qui nous sollicitent, doit-on privilégier ce type de don en direct quand bien même on a le sentiment d'être "harcelé", ou bien continue-t-on à donner son numéro de carte pour faire des dons par internet ? L'homme, dont la nature même est de communiquer, est dans une situation où il n'a plus avec qui parler si ce n'est un écran, une boite mail et un téléphone, a-t-il le devoir de garder un lien physique pour donner sa Tsédaka ?

Merci Rav.

La réponse de Rav Gabriel DAYAN
Rav Gabriel DAYAN
43935 réponses

Bonjour,

Si l’argent a été remis à des nécessiteux le jour de Pourim par l’intermédiaire d’un organisme fiable comme Torah-Box, la Mitsva est accomplie.

Mais il est vrai que nos Sages, les 'Hakhamim, n’ont jamais réduit la Tsédaka à un simple transfert d’argent au nécessiteux, car la Tsédaka, c’est aussi le réconforter et lui parler avec compassion. D'ailleurs, il est bien mentionné dans le Choul'han 'Aroukh [Yoré Dé'a, chapitre 249, Halakha 3 et 7], que donner avec un visage aigri et fermé, fait perdre une partie du mérite, tandis qu’un sourire et une parole bienveillante font partie intégrante de la Mitsva.

D'autre part, dans le fait de donner en ligne, il y a un avantage : le donateur ne connaît pas le pauvre et le pauvre ne connaît pas le donateur, ce qui est présenté comme une forme élevée de Tsédaka car il n’y a pas de honte.

Vous pouvez parfaitement continuer à donner par le biais des structures organisées, surtout si cela permet une distribution efficace et digne. Mais si vous souffrez de cette manière de faire, alors oui, gardez une part de vos sommes [à condition que vous soyez certain du statut "nécessiteux" des personnes à qui vous transmettez vos sommes].

Nous sommes à votre disposition, Bé’ézrat Hachem, pour toute question supplémentaire.

Qu'Hachem vous protège et vous bénisse.

Mékorot / Sources : Choul'han 'Aroukh - Yoré Déa.
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