Bonjour Rav,
L'homme a-t-il un devoir de mettre sa femme un minimum à l'abri financièrement ?
S'ils n'ont jamais cotisé pour une retraite et n'ont acheté aucun appartement... En sachant que la femme avait des problèmes de santé et ne pouvait pas travailler.
J'ai entendu des Gdolim (Grands de la génération) qui se sont préoccupés de laisser un testament pour leur femme...
N'avons-nous pas un minimum de Hichtadlout (effort personnel) à faire dans ce sens ?
Chalom Ouvrakha,
La Kétouba engage l’homme à nourrir, vêtir et entretenir sa femme. Elle contient également un article prévu en cas de décès, une sorte d’assurance-vie [voir Ketouvot 78b et Yébamot 38b].
Cependant, ce minimum halakhique ne correspond pas toujours aux besoins réels dans la vie moderne [voir Responsa Har Tsvi, Even Ha'ézer, tome 2, Siman 109 ; Orot Hamichpat, page 103].
Par conséquent, certains décisionnaires estiment qu’il est aujourd’hui recommandé de prévoir un minimum de sécurité financière, par exemple via une assurance-vie, un logement ou une épargne.
Il existe également une dimension morale. Le Rambam (Hilkhot Déot 5:10) écrit qu’il faut honorer sa femme plus que soi-même, et certains grands maîtres (Guedolim) ont même laissé des testaments pour protéger leur famille.
Cette décision reste relative à chacun :
Si une personne considère qu’il n’est pas nécessaire de souscrire à une assurance-vie et n’y voit pas un manque de respect envers sa femme, son choix peut être respecté, car elle possède un niveau élevé de Bita'hon [certains notent toutefois que le Bita'hon concerne surtout la relation avec Hachem, et non directement envers son prochain].
En revanche, si une personne estime nécessaire de protéger sa femme par une assurance-vie, elle devra le faire. L’homme a en effet le devoir de faire une Hichtadlout (effort personnel) raisonnable pour que sa femme ne soit pas démunie, mais la forme exacte de cette protection dépendra de ses moyens et de son niveau de Bita'hon.
La coutume générale a également un impact sur cette question [voir Michpat Haketouva, tome 4, page 280].
Concernant la limite entre Hichtadlout et Bita'hon : la Torah interdit de compter sur des miracles, mais comme l’explique le Ramban (Devarim 18:13), la Emouna n’exclut pas un effort naturel adapté. Ainsi, prévoir un minimum pour sa femme constitue aujourd’hui une Hichtadlout normale et nécessaire [voir Iguérot Moché, Ora'h 'Haïm 2, Siman 111 ; Yé'havé Da’at, tome 3, Siman 85].
Conclusion : certains décisionnaires obligent le mari à faire une assurance-vie pour sa femme, d’autres la recommandent seulement. Cela dépendra des habitudes et de la coutume générale des couples. Il n’y a pas non plus de problème de manque de Bita'hon à agir de la sorte.
Kol Touv.