c Question au Rav : Tenir la main à sa femme dans la rue
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Tenir la main à sa femme dans la rue

Rédigé le Mardi 8 Septembre 2015
La question de Michaël B.

Chalom,

Est-il permis à un homme et une femme religieux mariés de se tenir la main dans le domaine public (d'après la stricte loi) ?

La littérature rabbinique a-t-elle traité cette question, et si oui, pouvez-vous en rapporter les sources/avis ?

En-dehors du problème de "pudeur", comment expliquer à sa femme de manière intelligente qu'agir ainsi n'est pas aussi évident que cela n'y apparaît d'après la Torah ?

Kol Touv.

La réponse de Rav Gabriel DAYAN
Rav Gabriel DAYAN
27297 réponses

Bonjour

Je reprends vos questions afin d'y répondre le plus précisément possible.

Vous écrivez : "Est-il permis à un homme et une femme religieux mariés de se tenir la main dans le domaine public (d'après la stricte loi) ?"

Réponse : non.

Vous écrivez : "La littérature rabbinique a-t-elle traité cette question, et si oui, pouvez-vous en rapporter les sources/avis ?"

Réponse : oui. Ceci est mentionné dans le Choul'han 'Aroukh - Even Haézer, chapitre 21, fin de la Halakha 5, dans le Rama. Voir également Yalkout Yossef - Sova Sema'hot, volume 1, chapitre 11, Halakha 8 et Yalkout Yossef - Otsar Dinim Laïcha Vélabat, chapitre 60, Halakha 45.

Vous écrivez : "En-dehors du problème de "pudeur", comment expliquer à sa femme de manière intelligente qu'agir ainsi n'est pas aussi évident que cela n'y apparaît d'après la Torah ?"

Réponse : dites-lui de lire ce qui suit et, éventuellement, de me contacter.

Pour l'instant, si elle ne comprend pas le problème et que cela crée des discordes, il est possible d'adopter une attitude permissive. Dans quelques temps, cela va passer. Dans six mois, contactez-moi de nouveau si le problème persiste.

Il serait bon de rappeler que le concept de Tsniout (pudeur) est mentionné dans la Torah à propos de plusieurs sujets. La Tsniout c'est la modestie, la discrétion, la simplicitél'effacement, la retenue, la modération, et surtout la sagesse.

La conception du monde en ce qui concerne la Tsniout s'est énormément éloignée de ce que la Torah recherche à travers cette notion.

Plus que jamais, il semblerait nécessaire de méditer et de réfléchir sur des conceptions erronées qui animent encore un grand nombre de personnes, ne disposant pas de temps suffisant pour s'adonner à des réflexions leur permettant d'analyser correctement leur mode de vie.

Ceci est vrai pour l'habillement, les loisirs, le travail, la nourriture, le mariagela vie maritale, le confort personnel et encore bien d'autres domaines que nous connaissons si bien.

Le monde moderne dans lequel nous "vivons" a tendance :

1. A estimer et avoir de la considération pour ce qui est voyant ou éclatant.

2. A mettre en relief des choses qui méritent la discrétion.

3. A mettre en avant et à exhiber des choses dont l'importance ne justifie pas une telle conduite.

Dans bien des cas, on évaluera une personne suivant son apparence extérieure en s'abstenant obstinément de se fier à sa vraie valeur intérieure non visible de prime abord.

Ceci est bien regrettable.

Plus encore, assez souvent, certaines personnes évalueront leur propre bonheur et jugeront leur propre bien-être en fonction de ce que les autres penseront d'elles. Elles ressentiront constamment ce besoin de savoir ce que les autres pensent à leur propos. Tant que leur "approbation" ou leur "attestation" n'est pas constatée, elles ressentiront un manque profond et une pénible insatisfaction.

Pour parvenir au "bonheur", elles agiront de telle sorte que "tout le monde" sache combien elles sont heureuses, jolies... Pour cela, elles feront appel à tout ce qui s'éloigne de la modestie, de la discrétion, ou de la simplicité.

Dans bien des cas, l'attitude et le comportement de ces personnes pourront frôler l'absurdité et se révéler aberrant.

Ceci est encore plus regrettable.

L'analyse de ce triste phénomène peut nous mener à la conclusion suivante :

Chacun (et chacune) d'entre nous est constitué de deux parties absolument différentes et opposées : le CORPS et la NECHAMA.

Chacune de ces deux parties ressent le besoin d'assouvir sa "soif" par des moyens qui, eux aussi, sont différents les uns des autres. Le corps a besoin de manger, de se promener, de s'habiller etc., seulement alors, il se sentira comblé et satisfait.

La Néchama, n'a pas vraiment besoin de tout cela. Il suffira de faire des bonnes actions pour la réjouir; le "simple" fait de parfaire ses connaissances en étudiant un livre de Torah ou de rendre service à son prochain la remplira de bonheur et de fierté.

Nos Sages nous dévoilent : "Tant que la Néchama n'est pas satisfaite, le corps ne pourra pas éprouver de vraie satisfaction, même en recevant sa vraie nourriture".

Bien plus que cela, lorsque la Néchama est comblée, le corps ne ressent plus le besoin d'être nourri. Le bonheur et le plaisir alors éprouvés, étancheront sa "soif" et il ne se précipitera plus vers les satisfactions matérielles (ceci est un phénomène bien connu : la joie et l'enthousiasme peuvent rassasier aussi bien qu'un repas copieux) : du pain, de l'eau (pas du vin) et du sel (sans "Boursin") pourront suffire.

L'être humain s'éloignant des chemins tracés par la Torah, fait endurer à sa Néchama des "souffrances" et des "tourments" ayant pour conséquence une "agitation interne". Ce qu'il y a de plus inquiétant dans ce processus, c'est que rarement la personne en est pleinement consciente. Elle pensera assez souvent que l'origine du "malaise" ressenti, réside dans la malnutrition : carence en vitamines, en loisirs ou en confort. Elle ressentira donc, un besoin "urgent" de combler ce manque assez souvent illusoire.

Bien entendu, l'effet de cette "alimentation" ne mènera pas au résultat souhaité. L'apaisement sera uniquement temporaire, car tant que la Néchama est "assoiffée", elle empêchera le corps de manger à sa faim.

Les meilleurs délices de ce monde qui seront proposés au corps auront l'effet d'une eau salée qui, au lieu d'étancher la soif et de désaltérer, renforceront et intensifieront la sensation de soif en condamnant la personne à supporter une "boulimie" ingérable, voire même inguérissable.

On comprend dès lors que les personnes souffrant d'un tel malaise chercheront à le calmer en cherchant dans leur entourage une sorte d'attestation ou d'approbation de leurs propres besoins. Seulement alors, elles "profiteront pleinement" des "produits consommés". Pour mener à bien cette "tâche", elles s'exposeront aux regards des autres pour les faire "participer" à des choses, qui, normalement [ou naturellement] se font d'une manière modeste et discrète.

Ce qui relève de l'absurdité et de l'aberration.

Qu'Hachem vous protège et vous bénisse.

Chana tova !

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