Le début de la Paracha Emor présente une redondance dans sa syntaxe qui a attiré l’attention des maîtres de la tradition juive et a suscité de nombreux commentaires.

Le verset de la Torah nous dit ainsi « Parle aux prêtres, fils d’Aharon, et dis-leur : ... » (Lévitique 19.1). Pourquoi énoncer à deux reprises « Parle – Emor » et « dis leur – Véamarta » ? Une seule occurrence aurait pu suffire, d’autant plus que nous savons que la Torah est économe en mots, et chaque mot a une signification précise.

Nos Sages ont avancé la belle explication suivante (rappelée par Rachi sur place) « afin que les grands avertissent les petits ».  Cette répétition du verbe « dire » a ainsi vocation à éveiller les Cohanim à leur responsabilité, afin qu’ils assurent la transmission des lois de pureté rituelle d’une génération à l’autre et que les plus âgés les enseignent aux plus jeunes.

Au-delà du cas particulier des Cohanim, ce verset s’adresse naturellement à chacun d’entre nous et nous rappelle à nos obligations, en matière de transmission. En ce domaine, le vecteur le plus naturel est celui qui s’opère au sein du cadre familial, entre les générations, entre les plus âgés et les plus jeunes, et, évidemment les parents et les enfants.

Toutefois, comme toute chose importante, la transmission ne peut pas s’improviser, elle est un art qui requiert une habileté toute particulière. Nos Sages soulignent ainsi le verbe employé notamment par Rashi pour évoquer l’avertissement que les « grands » doivent faire aux « petits », il s’agit du verbe « Léhizaèr » qui trouve sa racine notamment dans la racine « Zohar » qui désigne la lumière, l’illumination, comme le rappelle ce verset « Les sages resplendiront (Yazirou) comme l'éclat (Kézohar) du firmament » (Daniel 12.3).

C’est donc évidemment à dessein que ce verbe a été employé dans un contexte de transmission, alors que de nombreux autres termes auraient pu être employés (ordonner, exiger, enseigner…). En effet, une transmission n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle vise non pas à « contraindre », à « formater », ou pire à « dresser », mais simplement à « éclairer », à transmettre le sens et la grandeur d’un rite, et sa profondeur.

Ceci est particulièrement vrai en matière spirituel, les adultes, les parents ont la responsabilité d’éveiller leurs enfants à la beauté, la grandeur et la lumière de la tradition. C’est à cette seule condition qu’ils parviendront à ancrer dans le cœur des jeunes enfants la conscience authentique de l’importance de la spiritualité et qu’ils parviendront à leur transmettre de perpétuer cette pratique.

Une histoire bien connue, rapportée notamment par le Gaon Rav Moché Feinstein zts’l permet d’illustrer cette idée. Au début du vingtième siècle, les familles religieuses qui vivaient aux Etats-Unis avaient de grandes difficultés pour trouver des revenus réguliers et assurer la subsistance de leur famille.

En effet, les contrats de travail étaient signés pour une semaine, or, quand le Chabbath arrivait et que les travailleurs religieux ne se présentaient pas pour travailler, ils étaient renvoyés et devaient trouver un nouvel employeur.

C’est ainsi que deux familles orthodoxes de cette époque étaient confrontées à ces mêmes difficultés mais réagirent de manière différente, comme le rapporte Rav Moshé Feinstein. En effet, le père d’une de ces familles rentraient le vendredi soir dépité, affligé et inquiet pour l’avenir ; en revanche, le père de l’autre famille parvenait à dépasser cette contrariété, et lorsqu’il rentrait chez lui célébrait Chabbath avec des danses, des chants, et de la joie. Rav Moshé Feinstein rapporte que, quelques années plus tard, les enfants de la première famille avaient quitté les chemins de piété de leurs parents ; alors que les seconds avaient perpétué la pratique de leurs parents.

En effet, les premiers avaient assimilé la pratique religieuse a une contrainte et une source d’angoisse et de pression ; alors que les seconds avaient ressenti qu’au-delà des difficultés, la spiritualité est porteuse d’une lumière absolue qui ne saurait être affectée ou altérée par aucune contingence matérielle. Aussi, les premiers se sont affranchis des rites de leurs parents dès qu’ils ont pu, alors que les seconds ont eu à cœur de poursuivre cette tradition non seulement par fidélité à leurs parents mais en outre, et avant tout, car ils souhaitaient le faire à titre personnel, cela leur tenait à cœur authentiquement.

C’est ainsi que l’avertissement donné aux Cohanim au début de notre Paracha est porteur d’un enseignement éternel. Il rappelle à tous les « grands », que ce soit en âge ou en sagesse, leur responsabilité de se préoccuper des plus « petits » qu’eux, en leur transmettant le savoir dont ils sont porteurs de manière éclairée, profonde et adaptée à chacun selon sa sensibilité et ses capacités.

Cette transmission est d’autant plus importante qu’elle déterminera bien souvent le chemin qu’empruntera l’enfant en grandissant. Rappelons à cet égard, ce joli vers de Victor Hugo, « Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne ».

Puisse l’Eternel nous permettre de transmettre autour de nous notre héritage de la manière la plus belle afin de diffuser sa lumière dans le monde !