S’il est une fête qui incarne l’unité de la famille, c’est bien la fête de Pessa'h. Historiquement, le premier Korban Pessa'h qui a eu lieu en Egypte devait être consommé au sein de la cellule familiale. Puis, la tradition s’est poursuivie de se réunir pour célébrer cette fête centrale dans notre tradition.

Plus que la famille au sens large, ce sont les enfants qui semblent être les personnages clefs de la soirée de la Haggada. Le récit de celle-ci trouve d’ailleurs sa source dans le commandement biblique « Vihigadeta Lévinekha » « Et tu diras à ton fils… » qui enjoint aux parents de raconter à leurs enfants les miracles qui ont accompagné la sortie d’Egypte.

Par ailleurs, chacun le sait, la Haggada s’adresse elle-même directement aux enfants avec notamment des rituels qui ont vocation à susciter l’étonnement des enfants ou encore le passage relatif aux sortes d’enfants différents.

Chaque année, les parents juifs reçoivent indirectement un cours d’éducation à travers le rituel de la Haggada.

Le premier enseignement est de rappeler l’importance de l’unité de la famille et d’accueillir autour de sa table tous les enfants, pas seulement le « 'Hakham » le « sage ». Tous les enfants doivent se sentir accueillis chez eux, même s’ils ont pris des chemins de vie différents de ceux souhaités par leurs parents. Cette capacité des parents à ne pas exclure, ni jeter d’anathème sur leurs enfants, est particulièrement précieuse car elle permet de maintenir un lien affectif avec l’enfant. Or, cette affection est un trésor intérieur inestimable pour tous les enfants qui leur donne une force vitale insoupçonné. Parfois, la révolte des enfants est un test qui leur permet de mesurer si l’amour de leurs parents est conditionné à leur « sagesse » ou bien si cet amour est inconditionné. Quand, ils constatent que l’amour de leurs parents est inconditionné, ils jettent un nouveau regard sur les conseils de leurs parents, et, bien souvent, finissent par percevoir leur légitimité. L’amour s’avère ainsi bien plus efficace que la réprobation et l’exclusion.

Ensuite, la Haggada de Pessa’h nous invite à adapter l’éducation que l’on donne aux enfants à leurs comportements. C’est notamment là une des leçons du passage relatif aux quatre fils. A la lecture de ce récit, on constate que les parents ne donnent pas la même réponse standardisée à tous leurs enfants mais ils adaptent les images qu’ils emploient, le vocabulaire, la vigueur de la réponse en fonction de la personnalité de l’enfant et de sa maturité. Le roi Salomon recommandait ainsi aux parents d’éduquer l’enfant « selon sa voie », selon sa nature.

Enfin, la Haggada met en lumière la force des questions dans le processus éducatif. Depuis le passage de « Ma Nichtana » jusqu’aux rituels du Séder, la nuit du Séder est une soirée d’interrogations et de questionnements afin de susciter la curiosité des plus jeunes. La manière de qualifier les quatre enfants est même le reflet de leur capacité à questionner : poser de bonnes questions, des questions provocantes, des questions ingénues ou encore ne pas savoir poser des questions. Nos sages attirent ainsi notre attention sur l’importance du questionnement comme moteur du savoir, et de la transmission. Une connaissance n’est jamais aussi bien acquise et mémorisée que lorsqu’elle procède au préalable d’une interrogation personnelle.

Il est intéressant de noter que les derniers progrès dans les sciences cognitives ont mis en lumière et étayé la nécessité pour les élèves (comme les apprenants de toute âge) de se poser des questions sur le cours qu’ils apprennent afin de le mémoriser dans les meilleures conditions et de manière durable.

A propos d’un maître du Talmuld, Rabbi Yirmiya, réputé pour les questions qu’il posait en permanence au Beth Hamidrach, Rabbi 'Haïm Vital rapporte que sa récompense a été immense dans le Ciel : c’est lui qui tient la porte de la Yéchiva Céleste (au nom du Mahari) et qui y pose toutes les questions ! (cf. Haggada Chalchélèt).

Puisse l’Eternel nous permettre de passer des fêtes de Pessa'h Cachère Vésaméa'h, de susciter la curiosité de nos enfants, et de pouvoir assister prochainement à la Délivrance finale !

'Hag Saméa'h !