La lecture de la Haggada nous a rappelé comme chaque année l’importance de la place réservée aux enfants, ainsi que l’enjeu fondamental de la transmission opérée dans la cadre familial.

Cette dernière est évoquée explicitement dans la Torah au moment même de la sortie d’Egypte. A trois reprises, le texte biblique se tourne vers les enfants : « Et quand tes enfants te demanderont : "Qu'est-ce que tu entends par ce rite ?", tu diras... (Exode 12:26-27) », ou encore « Et tu expliqueras à ton enfant, ce jour-là : "C'est à cause de ce que le Seigneur a fait pour moi quand je suis sorti d'Égypte" (Exode 13:8), et enfin, « Et quand, dans la suite des temps, ton enfant te demandera : "Qu'est-ce que cela signifie ? (Exode 13:14) »

Nous sommes si habitués à lire ces versets que nous perdons parfois de vue leur caractère inattendu et contre-intuitif.

En effet, comme le rappelle Rav J. Sacks, à l’approche d’une libération aussi miraculeuse et inattendue, nous nous serions attendus davantage à ce que l’Eternel attire l’attention des enfants d’Israël sur la grandeur de ce miracle, sur le souvenir de la dure servitude en Egypte, ou encore, sur l’éloge de la liberté. Mais, la Torah fait un choix différent : elle invite le peuple à baisser les yeux sur leurs enfants et à réfléchir sur la transmission qui sera faite de cet évènement extraordinaire.

Notre tradition nous rappelle ainsi ce principe évident : les enfants sont les gardiens de l’avenir, et les relais de la mémoire de leurs parents. En éduquant les enfants, les adultes préparent le monde de demain, et les valeurs dont l’humanité sera porteuse.

« Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne » écrivait ainsi Victor Hugo. Depuis des millénaires, la fête de Pessah a enseigné aux enfants leur histoire, elle leur a transmis la foi, et la conscience qu’ils ne marchent pas seuls dans le chemin de la vie, mais que l’Eternel leur tient la main et les accompagne. Aussi, qu’ils se revendiquent « religieux » ou non, chaque juif est prédisposé à la spiritualité, et vibre à l’évocation de son histoire et des miracles qui la jalonnent. C’est probablement ainsi que le peuple juif a gagné son éternité !

Cet enjeu est d’autant plus important que l’enfant est naturellement porté vers la spiritualité. En effet, il n’a aucune difficulté à s’arracher au « réel » et à imaginer un monde différent de celui qu’il observe. Les limites infranchissables que la raison « impose » aux esprits adultes n’ont pas de prise sur lui, et, ainsi, l’enfant vogue dans les flots de son imagination au gré du « bien », du « bon » et du « beau ». Il repeint le monde et les hommes qui le peuplent des plus belles vertus, et il espère que ce monde existe(ra) vraiment. Il y aspire de tout son être.

Un jour, un Rav faisait un commentaire profond sur la Paracha de la semaine et il mentionna au détour de son exposé l’importance fondamental du « hessed » dans la vie d’un homme, et combien Hachem y était attentif. A la fin de la Dracha, un enfant s’approcha du Rav et lui demanda « Comment je peux faire du ‘Hessed ? ». Le Rav observa cet enfant et fut profondément touché par cette question. Il fit remarquer qu’elle révélait la nature spirituelle des enfants : leur sensibilité n’est pas émoussée par « l’expérience », ou le « rationalisme » ; ils n’estiment pas devoir prendre du « recul » sur les discours qu’ils entendent, mails ils aspirent à les mettre en pratique et à donner simplement le meilleur de lui-même.

Ce sont précisément à ces esprits d’enfants que le récit de la Haggada s’adresse notamment, afin de répondre à leur soif de spiritualité, et leur donner les moyens de se construire harmonieusement.

Les scientifiques ont d’ailleurs prouvé que les enfants qui grandissent dans un univers où la spiritualité est présente sont beaucoup moins enclins aux problèmes psychologiques, à la violence  et aux déviances de toute nature. A défaut de spiritualité, les enfants cherchent à combler un vide intérieur avec toutes sortes de dérivatifs parfois très délétères.

Notre société qui a jeté le soupçon sur la spiritualité depuis des années tout en valorisant les biens matériels éphémères de ce monde, serait bien inspirée de méditer sur les récits à transmettre aux enfants dès leur plus jeune âge afin d’essayer d’endiguer la violence débridée qui parasite nos sociétés.

Comme le rappelle Rav Sacks, depuis des millénaires, la Torah a fait le choix de construire des écoles plutôt que des châteaux, de disposer d’espaces exigus mais remplis de livres, plutôt que de posséder des étendues de terres vides.

C’est à ce prix que notre peuple a pu relever avec succès le défi de la transmission, et, ainsi, depuis des milliers d’années, nous continuons de célébrer la fête de Pessah avec le même enthousiasme et la même force.

Puisse l’Eternel nous donnait la force de continuer à faire de nos maison des lieux d’espoir, d’imagination, et de rectitude morale !