Avis à toutes les mamans : si votre plan pour Kippour est le même que le mien (atteindre la sainteté absolue en gérant le jeûne, la maison et les enfants qui repeignent le salon au jus de raisin)… je pense qu'on peut souffler un grand coup et redescendre sur terre.
Entre mes courses et ma liste infinie de résolutions qui ressemble à l'annuaire, je me sens souvent déjà épuisée. K.O. avant même le Chofar !
Pendant des années, j'ai fonctionné comme ça. Je dressais ma liste de résolutions, mais je la vivais entièrement par angoisse. Je prenais des engagements pour me rassurer, pour cocher des cases.
Mais aujourd’hui, je n'en suis plus là. Je ne veux plus de cette angoisse. En réalité, cette culpabilité étouffante, cette peur d'un D.ieu punitif qui note chaque faux pas, c’est une vision très « chrétienne » de la religion. Ce n'est pas notre Torah. Ce n'est pas la relation d'amour que Hachem veut avec nous.
La vérité, c'est qu'à l'approche du Grand Pardon, je vois souvent cette fausse culpabilité s'inviter chez nous. Je ressasse mes manquements, mes impatiences, mes grands coups de fatigue.
En tant que maman d’une petite fille extraordinaire, porteuse de trisomie, je connais par cœur ce tourbillon. Je veux tellement être une « super-maman », cocher toutes les cases et être parfaite sur tous les fronts.
Mais cette année, j’ai envie de me poser deux minutes avec vous, de cœur à cœur, et de nous poser une question : avant de foncer tête baissée vers une nouvelle Mitsva par pure angoisse, et si on commençait tout simplement par s'accorder un peu de douceur et par se pardonner à soi-même ?
Je me surprends parfois à prendre un engagement (une Mitsva de plus, une heure de prière en bonus) juste pour calmer une petite voix stressée en moi. Je commence à faire des calculs dans ma tête : « Si je fais une Mitsva de plus, Il ne va pas me punir » ou « Comme je fais ceci, Il fera bien cela pour moi ».
Mais je me dis que D.ieu ne cherche pas à négocier avec notre panique. Il veut juste notre cœur, au naturel. Pour moi, une Mitsva est faite pour créer un moment d’amour et de connexion, pas pour servir de bouclier anti-culpabilité ou de monnaie d'échange.
Je réalise que m'accorder un break, accepter mes limites et panser mes propres bleus, ce n’est pas de l'égoïsme. C'est juste du bon sens. Comment puis-je espérer être en paix avec D.ieu et avec mon entourage si, à l'intérieur, je refuse de me pardonner à moi-même ?
Le cœur du problème est là : on passe notre temps à s'en vouloir. On s'en veut d'avoir manqué de patience, d'avoir fléchi sous le poids de la fatigue, de ne pas avoir été à la hauteur de nos propres exigences.
Mais pour pouvoir avancer, je pense qu'il faut d’abord faire la paix avec nos propres failles. Apprendre à s'aimer à travers nos imperfections et se pardonner nos petits loupés. C'est seulement quand j'accepte de me pardonner à moi-même que je deviens enfin capable d'ouvrir grand mon cœur pour pardonner aux autres, sans cumuler de rancœur.
Il y a une idée magnifique que j'essaie de garder en tête : Hachem nous regarde souvent avec les mêmes lunettes que celles qu'on utilise pour observer nos proches.
Si je suis ultra-exigeante, dure et intransigeante avec mon entourage (parce que je suis d'abord impitoyable avec moi-même), j'invite inconsciemment de la rigueur sur moi. Mais si je choisis de regarder mes enfants et mes proches avec un œil bienveillant, détendu et plein d'amour, alors le Maître du Monde utilise exactement cette même balance pour moi.
Pour moi, tout commence là. M'offrir un vrai moment (un café au calme, un regard sympa dans le miroir) adoucit ma vision des choses. Et en détendant mon regard sur nos proches, j'aligne les planches pour un jugement plein de douceur.
Quand on guérit son propre cœur par le pardon personnel, je trouve que la spiritualité devient beaucoup plus fluide, presque évidente. On ne vient plus devant D.ieu comme des accusés stressés à la barre, mais comme des enfants qui ont juste hâte de retrouver leur Père.
Cette année, si je choisis de prendre une nouvelle Mitsva, je veux le faire uniquement par amour. Un tout petit truc, mais choisi avec le sourire. Pour célébrer mon lien avec Hachem, pas pour éponger une angoisse.
Mes sœurs, si on déposait les armes face à nous-mêmes ?
Je nous souhaite un Kippour rempli de douceur, de bienveillance et d'un pardon intérieur léger qui fait du bien à l'âme.
N'oubliez jamais : vous êtes extraordinaires !
Gmar 'Hatima Tova
La Maman de Sheyna





