Nos Sages ont dit : « Nachim, daatan kalot ».
En traduction littérale, mot à mot, « Les femmes ont la raison légère ».
Quoi ?!!
Expression sexiste ! Stigmatisante ! Cliché, malheureux stéréotype attribuant à un groupe, à un même genre, de façon délibérée et avilissante, sans distinction et sans nuance, les mêmes caractéristiques.
Scandale !!!!! On est dans le même registre que « Toutes les femmes sont… », « Toutes les femmes ont… », etc.
Eh bien moi, je ne vais pas essayer d’enjoliver une observation de nos Sages afin qu’elle sonne mieux à des oreilles occidentales et pour qu’elle puisse, en dernier recours, être approuvée par une tête occidentale ; car les oreilles occidentales et les réflexions occidentales, je m’en moque ! Elles n’ont fait leurs preuves dans aucun domaine, contrairement aux paroles de nos Maîtres.
Alors, c’est quoi cette « raison légère », cette « tendance à être plus facilement influençables » dont nous, femmes, serions dotées et que le monde considère aujourd'hui comme tellement péjorative ?
Neuf jours avant les élections en Israël, j’avoue que, vivant parmi mon peuple, j’écoute la radio, toutes chaînes confondues.
Et en cette période, nos candidats, députés et ministres se font interviewer.
En gros, concernant mon « clan », à savoir entre la gauche et la droite, mon choix est fait. Dans le sous-clan, à savoir religieux ou laïc, aussi.
Et maintenant, c'est dans tous les sous-sous-groupes que commence le casse-tête.
Un député de la Knesset monte au micro d’Esty Perez au journal de midi ; un virtuose. Il remet en place la journaliste vedette de Kol Israël sur tous les points et la laisse bégayante. L’enrôlement des orthodoxes, les « affaires » de Bibi, les diffamations…
Chaque remarque qu’elle essaye de glisser, il en fait élégamment une prise de judo, et elle s’effondre au tapis, vaincue par ses propres arguments.
Mince. Il est fort. C’est quoi, au fait, son parti… ?
Une heure, mon fils rentre à la maison. On mange ensemble.
Pour lui, un vote ne peut être que la dernière étape d’une réflexion intime, dans laquelle personne n’a le droit d’intervenir, si ce n’est soi-même :
« Si la Torah appelle l’homme un « Ba'al Bé'hira », un homme possédant l’attribut du libre arbitre, il est inconcevable de démissionner de notre particularité, de s’en défaire et de déléguer à quelqu’un d’autre le soin de choisir à notre place. »
Hmmm… Intéressant.
Et enfin, le soir venu, je discute avec mon mari. Ses opinions sont tranchées et, ma foi, solides. Ça se tient. C’est bien ficelé.
Oui, chères amies, « les femmes sont plus aisément influençables ».
Chaque argument sérieux me parle et, sans être spécialement une girouette, à tour de rôle, chacun me convainc.
Rien à voir avec l’intelligence.
Une femme est facilement acquise à une idée. Ce n’est pas un mythe.
Maintenant, de toutes ces opinions, je me fais la mienne.
Et il y en a une, une seule, que je n’adopterai jamais.
Celle qu’on voudrait m’imposer.
Esprit léger ?
« Daatan kalot ? » Oui.
Pas "léger" à la française, avec tout le caractère suggestif et volage de la langue de Molière.
Léger, c’est quelque chose de souple, de fin, de perméable, en nous les femmes ; c’est un roseau qui penche là où là, au vent de mon interlocuteur, pas par hésitation où par embarras, ni par indécision, non.
Parce que l’individu qui a parlé (si du moins il l’a fait avec sincérité) laisse en moi une trace qui fait son chemin en mon être. Ce qu’il dégage est facilement absorbé en moi.
Oui, mesdames, ça existe, la nature féminine.
Et je la revendique.




