Depuis la génération des Guéonim, cette période de notre calendrier hébraïque est présentée comme un moment de deuil marquée par la disparition des 24 000 élèves du fameux rabbi Akiva, ce qui représente évidemment un drame évidemment considérable.

Cependant, un certain nombre de questions se posent à nous !

N'a-t-on jamais vu de deuil juif aussi prolongé ? En effet même celui de la période liée à Ticha beAv et à la destruction des deux Temples de Jérusalem ne dure « que » neuf jours. Et ensuite, pour quelle raison Tout notre peuple doit-il s'endeuiller pendant le Omer ?

La réponse, que je cite au nom de rav Moshé Chapira chlita, consiste à considérer que ce deuil ne se rapporte pas uniquement à la perte des élèves de rabbi Akiva, mais à la disparition d'une dimension appelée le « kavod Hatorah ». La michna du « Pirké Avot » (Maximes des Pères) nous rappelle ainsi qu'une « bat kol » (une voix venue du Ciel) retentit tous les jours depuis le mont Sinaï en disant : « Malheur pour la perte de cette valeur du Kavod Hatorah ! » – ici désignée par l'expression plus négative « elbona chel Torah » : la honte que l'on fait à la Torah ! 

On sait que le terme hébraïque « kavod » exprime « le poids » et l'importance centrale qu'on attache à quelque chose. Donc ce qui nous est demandé ici c'est que la Torah ait pour nous le « poids » qu'elle mérite et qu'elle compte vraiment dans notre vie. Car une personne qui a vraiment compris le message de la Torah ne peut vivre sans compter sans cesse avec elle ! Elle est pour lui la dimension incontournable : celle qui demeure l'essentiel. C'est bien là la signification de l'expression « Kavod Hatorah ». 

On remarquera en passant qu'en additionnant la valeur numérique de chaque lettre du mot kavod, nous atteignons le chiffre 32 qui correspond justement aux 32 jours de l'Omer pendant lesquels les mariages ne sont pas célébrés… On notera aussi que les évènements qui ont lieu pendant cette période du calendrier hébraïque sont tous et toujours « en attente » de quelque chose. 

En effet je voudrais ici faire allusion au fameux « Yom Hashoah » qui marque cette tragédie contemporaine incommensurable à quoi rien ne peut être comparé et qui est pour nous l'occasion de méditer sur le sens de notre histoire. Nous disons « pour nous » parce que ce drame innommable a sûrement dans tous ses faits et détails un sens profond qui nous échappe… Certes, on ne peut vraiment - encore ? - l'expliquer, mais on ne peut pas non plus nier que cette tragédie ait elle aussi un sens. 

Concernant Yom Hazikaron et Yom Haatsmaout, ils marquent sans conteste l'entrée du peuple d'Israël dans une nouvelle ère : celle de sa Guéoula prochaine ! À ce sujet, le prophète Tsefania déclare dans le verset 20 chapitre 3 de sa prophétie : « En ce temps là, Je vous ramènerai et vous rassemblerai, et vous serez un objet d'admiration et de gloire aux yeux des nations. Vous le verrez de vos propres yeux, a dit l'Eternel ». 

Or, dans la conclusion de cette prophétie, notre génération a l'immense mérite de voir d'elle-même se réaliser cette promesse annoncée voilà plus de 2 000 ans et de constater ces deux moments évoqués par Tsefania : la « ahava » de D.ieu pour son peuple « ramené » peu à peu sur sa terre, puis son retour complet en Eretz Israël. 

Je crois - pour l'avoir moi-même entendu de mes maîtres - que nous sommes en fait précisément entre ces deux temps là : D.ieu a bel et bien commencé à nous ramener en Eretz Israël, mais il y a hélas encore de nombreux Juifs vivant à l'extérieur d'Israël. Or la deuxième période - actuellement en cours - est celle du « kibboutz galouyot » total, qui signifie le retour intégral de tous les Juifs sur la terre d’Israël. 

Or dans cette période intermédiaire entre Pessa'h et Chavouot, on constate à la fois la permanence et la fragilité de la période de l'Omer : tout est à conquérir et rien n’est encore définitif, tout comme le compte changeant que nous faisons tous les jours… et il ne le sera que lorsqu'on arrivera au 49e jour ! En attendant, nous sommes comme quelqu'un qui franchit et gravit les marches d'un escalier, mais qui n'a pas encore atteint le but fixé. Mais tous les jours nous montons encore un peu et nous gravissons une marche supplémentaire. De la même manière, la terre d'Israël se construit et le peuple juif se rassemble car la Guéoula est en cours. C'est bien là la dimension du Omer : une période d'ascension progressive qui connaît à son terme sa propre couronne, le Kéter Torah. 

Notre message est donc le suivant : quand le peuple d'Israël aura compris que sa vraie couronne est la Torah et ses valeurs, les évènements s'enchaîneront jusqu'à la Guéoula chéléma – la Délivrance totale et complète que nous appelons de tous nos vœux ! Amen.