L’histoire réelle du sort du peuple juif en pays d’Égypte commença bien avant leur descente réelle sur les lieux, des années avant leur séjour volontaire qui se transforma au fil du temps en séjour contraint. Des centaines d’années plus tôt, lorsque D.ieu annonça à Avraham son élection ainsi que celle de ses descendants, devenus peuple élu, Il lui annonça qu’en cours de route, ils seraient contraints de traverser une série d’épreuves difficiles : « Sache-le bien, ta postérité séjournera sur une terre étrangère, où elle sera asservie et opprimée, durant quatre cents ans. Mais à son tour, la nation qu’ils serviront sera jugée par Moi ; et alors, ils la quitteront avec de grandes richesses. » Et cette promesse a été intégralement accomplie. Les Juifs ont été exilés dans un pays étranger, l’Égypte, où ils furent asservis et subirent d’horribles tortures. Et seul un détail important a changé : les 400 ans ont été calculés de manière plus favorable, de sorte qu’ils n’ont vécu en Égypte concrètement « que » 210 ans, au terme desquels la deuxième partie de la promesse se réalisa : « Mais à son tour, la nation qu’ils serviront sera jugée par Moi ; et alors, ils la quitteront avec de grandes richesses. » 

Pitom, Ramsès et autres sanctions prononcées par Pharaon

Un peu d’histoire : le premier Juif à avoir « atterri » en Égypte était Yossef, fils de Ya’acov qui s’y est retrouvé au terme du célèbre récit de sa vente. Yossef a conclu ses années de service auprès de Potiphar en prison, et là, par le biais de l’interprétation des rêves de Pharaon, il a accédé au poste le plus élevé d’Égypte : vice-roi. Comme l’a décrit lui-même Pharaon : « Je n’aurai sur toi que la prééminence du trône. » En tant que vice-roi, Yossef était responsable de l’économie égyptienne pendant les sept années de famine au cours desquelles la famine avait également touché les pays voisins, dont Erets Israël. Sa famille le rejoignit également, qui composait alors tout le peuple juif : Ya’acov, ses fils et sa famille, soit 70 âmes en tout. Ils commencèrent leur installation en Égypte du bon pied et entourés de beaucoup de respect, et les problèmes commencèrent après le décès de la première génération – Ya’acov, Yossef et les autres frères.

Nouveau roi, nouveaux décrets

Le peuple juif s’était déjà établi en Égypte et commençait à s’y habituer, lorsqu’un nouveau souverain, un nouveau Pharaon, accéda au pouvoir, et modifia du tout au tout sa relation au peuple juif. Si jusque-là, le prestige de la position de Yossef avait joué en faveur du peuple juif, après la mort de Yossef, ses actions tombèrent dans l’oubli, la relation empreinte de respect était finie, et la période d’esclavage débuta. Pharaon voulait anéantir le peuple juif. Le moyen d’arriver à ce but se divisait en plusieurs étapes. Pharaon asservit les hommes en leur donnant des travaux forcés. Il ordonna de noyer les enfants dans le fleuve, et ces décrets et idées d’esclavage se développaient de jour en jour pendant plusieurs centaines d’années, au point que les Bné Israël, en dépit des difficultés, s’y habituèrent et désespérèrent. Jusqu’à…

Le peuple d’Israël a oublié, mais D.ieu s’est souvenu !

Le peuple d’Israël, qui, en dépit des décrets de Pharaon avait augmenté et comptait déjà des centaines de milliers d’individus, s’était habitué à son statut d’esclave de Pharaon. Mais D.ieu n’avait pas oublié. La promesse remontant à des centaines d’années, donnée à Avraham Avinou, était valable et le moment venu de l’accomplir, le processus commença. Le premier épisode eut lieu à Midiane, lorsque Moché Rabbénou y séjournait chez son beau-père et qu’une brebis rebelle s’était enfuie du troupeau pour boire de l’eau. Moché fit preuve de compassion, et lors de l’épisode du buisson ardent, Il lui annonça qu’il était choisi pour être le messager de la délivrance du peuple d’Israël d’Égypte. À partir de là, l’histoire de la délivrance commence, tout le processus reposant sur la promesse : « Mais à son tour, la nation qu’ils serviront sera jugée par Moi ; et alors, ils la quitteront avec de grandes richesses. » 

Moché annonce la Guéoula et qui ne le croit pas ? Surprenant…

Ce sont en fait les Juifs qui n’ont pas cru Moché. Après des centaines d’années d’esclavage, la nouvelle de leur libération imminente leur paraissait irréelle, et ils ne l’admirent pas. Moché eut alors recours à des signes et des prodiges : son bâton se transforma en serpent, sa main se remplit de Tsara’at (lèpre) puis guérit en une fois en la mettant en poche, et l’eau du fleuve égyptien se transforma en sang. Une fois le peuple juif persuadé, une mission déterminante lui incombait : convaincre Pharaon de libérer les Bné Israël d’Égypte. Mais ces tentatives de persuasion étaient dès le départ vouées à l’échec. D.ieu avait déjà promis à Avraham que l’Égypte serait frappée de plaies, et à cet effet, Il endurcit le cœur de Pharaon.

Voici les dix plaies…

Depuis la première mission de Moché accompagné de son frère Aharon chez Pharaon et jusqu’à la libération finale des Juifs, les Egyptiens subirent des épreuves. Ils s’opposèrent à la libération et continuèrent à s’y opposer de toutes leurs forces et les plaies s’intensifièrent jusqu’à ce que les Égyptiens subirent dix plaies diverses et variées, chacune d’entre elles un miracle en soi : la plaie du sang, des grenouilles, des poux, les bêtes sauvages, la mort des troupeaux, les furoncles, la grêle, les sauterelles, l’obscurité, jusqu’à la dernière plaie : la plaie des premiers-nés.

« Et alors, ils la quitteront avec de grandes richesses. » 

La promesse historique à Avraham était composée de plusieurs parties. La première partie : « Mais à son tour, la nation qu’ils serviront sera jugée par Moi », D.ieu l’a accomplie par les dix plaies, et il restait la seconde partie : « Et alors, ils la quitteront avec de grandes richesses. » A cet effet, un instant avant la dernière plaie, celle des premiers-nés, D.ieu tint à Moché les propos suivants : « Fais donc entendre au peuple que chacun ait à demander à son voisin, et chacune à sa voisine, des vases d’argent et des vases d’or. D.ieu avait fait trouver faveur à Son peuple chez les Égyptiens, cet homme aussi, Moché, était très considéré dans le pays d’Égypte, depuis le premier-né de Pharaon jusqu’au premier-né de l’esclave qui fait tourner la meule. » Le but était de prendre autant d’argent que possible des Egyptiens, et de s’enfuir d’Égypte après la plaie de l’obscurité, à l’instant marquant la fin de l’exil.

La plaie des premiers-nés : le moment de la fin

Il était exactement minuit, le moment prévu où l’exil d’Égypte, qui avait duré une centaine d’années, était arrivé à terme, et le peuple juif avait accédé à la liberté. Notez la date : la nuit entre le 14 et le 15 Nissan. Cette nuit-là, et plus précisément à minuit, D.ieu frappa les premiers-nés égyptiens, pendant que le peuple juif cuisait des Matsot et mangeait le sacrifice de Pessa’h. La Torah décrit ce qui se produisit alors :

« Or, au milieu de la nuit, D.ieu fit périr tout premier-né dans le pays d’Égypte, depuis le premier-né de Pharaon, héritier de son trône, jusqu’au premier-né du captif au fond de la geôle, et tous les premiers-nés des animaux.

Pharaon se leva de nuit, ainsi que tous ses serviteurs et tous les Egyptiens, et ce fut une clameur immense dans l’Égypte, car il n’y avait point de maison qui ne renfermât un mort.

Il manda Moché et Aharon, la nuit même et dit : "Allez, partez du milieu de mon peuple, et vous et les enfants d’Israël allez adorer l’Éternel comme vous avez dit ! Prenez votre menu et votre grand bétail comme vous avez dit, et partez ! Mais en retour, bénissez-moi." Les Égyptiens firent violence au peuple, en se hâtant de le repousser du pays, car ils disaient : "Nous périssons tous."

Et le peuple emporta sa pâte non encore levée, leurs sébiles sur l’épaule, enveloppée dans leurs manteaux. (…)

Et ce fut au bout de quatre cent trente ans, précisément le même jour, que toutes les milices de D.ieu sortirent du pays d’Égypte. »

Voilà - en résumé - l’histoire du peuple juif en Égypte. Une histoire d’exil, d’esclavage, de décrets et de meurtres qui s’est achevée par la délivrance divine. L’histoire d’un esclavage d’une centaine d’années qui a conduit à la liberté éternelle. Une histoire de miracles et prodiges, d’une main forte et d’un bras étendu, et surtout : l’histoire de la promesse divine historique qui a accompagné et accompagne toujours le peuple juif et dirige tous les événements du passé et de l’avenir depuis l’origine jusqu’à la fin des temps. La promesse divine dont nous attendons la réalisation chaque jour.

Bonne fête de la délivrance !

Rav Moché Witman