“Quand commence le mois d'Adar, nous augmentons la joie” (Taanit 29a) Cette joie est à son apogée lors de Pourim. C’est un jour de joie si intense qu'il rend le mois entier joyeux. Mais quel est le secret derrière la joie unique de Pourim ? 

Faisons d’abord un rappel historique. Rav Mordéh'aï Becher résume remarquablement la période qui précéda l'époque de Pourim. Tout commence environ neuf siècles après la sortie d'Égypte. Les Juifs avaient continuellement vécu en Israël depuis qu'ils y étaient entrés avec Josué. Pendant 410 ans, le Temple du Roi Salomon à Jérusalem avait été le point central de la vie juive spirituelle et nationale en Israël. La première tragédie majeure pour le Peuple juif de cette époque fut la division du pays en deux royaumes, au Nord, celui d'Israël, au Sud, celui de Juda. Le royaume du Nord était peuplé par dix des douze tribus. Il finit par être envahi par les Assyriens sous San’hérib qui envoya les juifs en exil. La politique de San’hérib de forcer les juifs à l'exil où à l'assimilation causa la perte des dix tribus du Peuple juif.

Moins de cent ans plus tard, les Juifs souffrirent d'une deuxième terrible tragédie. À ce moment-là, les Babyloniens sous Nabuchodonosor envahirent Israël, détruisirent le Temple et envoyèrent presque tous ceux qui restaient des tribus (Juda, Benjamin, les Prêtres et les Lévites) en exil à Babylone (l’actuel Irak). Le prophète Jérémie avait averti qu'il y aurait une destruction et un exil mais il avait également prédit que les Juifs retourneraient sur leur terre et reconstruiraient le Temple et leur terre. Jérémie avait même fixé une date de retour, disant que le Temple serait reconstruit 70 ans après sa destruction. Cependant, nombreux furent ceux qui ne crurent pas qu'ils reviendraient un jour en Israël et ressentaient que cet exil signifiait la fin de la relation spéciale qui unissait D.ieu et le Peuple juif. Les juifs s'habituèrent aux conditions de l'exil et construisirent une communauté bien organisée en Babylonie et en Perse (l'actuel Iran). L'empire perse domina finalement Babylone et un leader militaire nomme A’hachvéroch (Assuérus) usurpa le trône et devint le chef suprême de l'Empire perse. En se basant sur un calcul erroné, il crut que la date butoir des soixante-dix ans fixée par Jérémie était déjà passée, et que les juifs resteraient alors en exil sous sa domination. Comme les juifs avaient survécu tous les exils précédant (égyptien, cananéen, assyrien et babylonien) sauf celui d'A’hachvéroch, il était convaincu que cet exil serait éternel. Dans son esprit, l'exil permanent des juifs était une indication de l'immortalité de son empire. Pour célébrer cette victoire permanente, il lança une fête colossale dans un style classique de sultan, utilisant à souhait les saints ustensiles que Nabuchodonosor avait dérobés dans le Temple de Jérusalem. Mais il y eut bien plus tragique que la fête elle-même : le fait que les juifs de la capitale, Chouchan, participèrent à celle-ci sans tenir compte de l'objection faite par leur chef religieux. Le Talmud enseigne que cette faute causa la menace conséquente, presque fatale devrait-on dire, qui pesa sur le Peuple juif. 

C’est dans ce contexte historique que vont se dérouler les évènements de Pourim. Le roi A’hachvéroch règne alors sur tout le monde civilisé, soit 127 provinces de l'Inde à l'Éthiopie. Il organise un immense festin pour exposer ses richesses à tous ses sujets de la capitale, Chouchan. Pendant le festin, il s’enivre et demande à la reine Vachti de se montrer dévêtue devant ses invités. Elle refuse et l’insulte. Il s'enrage et la fait tuer sous les conseils de son ministre Haman l’impie. Notre héroïne, Esther, est enlevée et choisie contre son gré comme nouvelle reine. Elle est prise au palais mais elle cache son identité juive. De manière providentielle, Mordé’haï entend deux gardes du roi qui planifient de l'assassiner. Il le dit à Esther et le complot échoue. L'acte de Mordé’haï est inscrit dans les chroniques du roi, mais le roi l’ignore. 

Haman entre ensuite en scène. Le roi A’hachvéroch le nomme Premier ministre et lui confère les pleins pouvoirs. Ce dernier ordonne alors que tout le monde se prosterne devant lui. Mordé’haï refuse de se prosterner et cela enrage Haman. Plus que cela, quand Haman apprend que Mordé’haï est juif, il cherche à se venger en détruisant tout le Peuple juif. Haman médît auprès du roi : “Les juifs respectent leurs propres lois et refusent d'être comme tous les autres”. Il soudoie le roi qui est content de prendre son argent et le laisse Haman préparer un décret pour détruire les juifs.

En entendant les nouvelles relatives à la destruction de tout le Peuple juif, Mordé’haï jeûne et prie, essayant d’inviter le peuple au repentir. Il informe Esther du plan maléfique d’Haman et lui demande d'implorer la pitié du roi. Esther craint d'approcher le roi sans y avoir été invitée parce qu'il est connu que l'on peut être mis à mort pour ce fait. Moré’haï lui explique le caractère sérieux de la situation et que c'est peut-être la raison pour laquelle D.ieu l'a choisie comme reine. Esther accepte de risquer sa vie et de s'approche du roi. Elle demande à Morde’haï que tout le Peuple juif prie et jeûne pendant trois jours. Esther est reçue favorablement par le roi qui accepte de se joindre à elle pour un banquet spécial au cours duquel elle l'invite à un second banquet. La nuit suivant le premier banquet, le roi ne parvient pas à dormir et il passe le temps en revoyant les “chroniques royale” et pour la première fois, il apprend que Mordé’haï lui a sauvé la vie. Haman entre alors dans le palais pour parler au roi. Mais avant qu'il ne puisse parler, le roi lui demande : “ Que devrais-je faire pour honorer quelqu’un ?” Pensant que le roi parler de lui, Haman suggère que la personne soit vêtue d'habits royaux, qu'elle monte le cheval blanc du roi et qu'elle soit conduite à travers la ville de façon glorieuse. A’hachvéroch apprécie l'idée et dit à Haman que c'est exactement ce qu'il doit faire à ... Mordé’'aï ! Mordé’haï est ainsi promené dans toutes les rues de Chouchan par Haman. Au banquet suivant, Esther avoue au roi son identité et le plan génocidaire d’Haman. Haman est horrifié. Réalisant que tout est perdu, il “se jette” sur Esther pour implorer sa pitié. Le roi pense que Haman essaie de charmer la reine et il ordonne qu'on le pende à la potence que celui-ci avait préparée pour Mordé’haï. Comme l'original du décret annihilant les juifs avait été scellé par le roi, d'après la loi perse, il ne pouvait être annulé. À la place, le roi posa un nouveau décret donnant le droit aux juifs de se défendre. Les juifs se défendirent et défirent leurs ennemis. Dans la capitale, Chouchan, la bataille demanda deux jours pour venir à bout des ennemis. À l'extérieur, à travers le royaume, les ennemis furent mis à mal en un seul jour. Pourim est fêté le jour où ils furent victorieux : à Chouchan et dans les autres villes fortifiées de l'époque (soixante-seize au total, incluant Jérusalem aujourd'hui) on célébra la fête le 15 Adar. Ailleurs, Pourim est fêté le 14 Adar. Mordé’haï et Esther établirent une fête annuelle de festin, de dons aux pauvres, d'échange de nourriture avec ses proches et de lecture de la Méguila.

Nos sages nous enseignent (‘Houlin 139b) : « Où fait-on allusion à Esther dans la Torah ? Quand il est écrit, “Je cacherai [mon visage ce jour-là]. (Deut. 31, 18) Le Gaon de Vilna s’interroge sur la question du Talmud. Qu’est-ce qu’Esther a de si particulier pour que nos sages cherchent son allusion dans la Torah ? Il explique que la réponse réside dans la différence entre le miracle de Pourim et celui de ‘Hanouka. Selon lui, le miracle de ‘Hanouka n’a rien d’exceptionnel. Il a eu lieu en Israël à une époque où le Temple de Jérusalem, le palais du roi des rois, était encore présent. En revanche, le miracle de Pourim s’est déroulé en exil alors que le Temple était détruit. Plus encore, ce miracle était caché par la nature. Le nom divin n’est même pas mentionné dans le texte qui le relate. Cela ressemble à un roi qui aimait énormément son fils. Il l’aimait tant que les ministres du royaume le jalousaient farouchement. Un jour, le fils s’égara et fauta. Le roi décida de l’exiler dans la forêt afin qu’il se repente. Il demanda cependant à ses gardes de veiller discrètement sur lui et de le protéger des bêtes sauvages et des attaques de ses ministres. Une fois dans la forêt, le fils fut attaqué par un ours. L’un des gardes du roi le sauva. Il fut ensuite attaqué par un mercenaire à la solde des ministres du roi. Il fut une nouvelle fois sauvé par un membre de la garde royale. Le fils comprit alors qu’il ne s’agissait pas de coïncidences. Le roi veillait sur lui. Il réalisa l’amour infini de son père. Ce dernier l’aimait tant qu’il le protégeait même durant son exil. Le fils du roi fut empli d’une joie immense et d’un amour indéfectible pour son père.  C’est là l’essence de la joie de Pourim. Le psalmiste chante : « d’annoncer, dès le matin, ta bonté, et ta bienveillance pendant les nuits. » Il y a des périodes où tout est clair et lumineux comme le matin et d’autres où tout semble obscur et terrifiant comme la nuit. Le miracle de Pourim nous enseigne que la bienveillance divine nous accompagne même durant les nuits les plus effrayantes.  D.ieu s’habille de la nature pour nous sauver des bêtes sauvages et des mercenaires. Il ne nous abandonne pas. Pourim révèle comment l’amour divin s’exprime durant l’exil. Qu’il s’agisse d’un exil collectif ou d’un exil personnel. Pourim intensifie notre capacité à percevoir D.ieu dans les moments où Il paraît absent. C’est cette réalité qui fait de Pourim un jour si spécial, si joyeux. Nous nous réjouissons de l’amour incommensurable et inconditionnel de D.ieu. Comme le dit le roi David : « Dussé-je suivre la sombre vallée de la mort, je ne craindrais aucun mal, car tu serais avec moi. »  C’est là tout le message, toute la lumière et tout le secret derrière la joie unique de Pourim.