Imaginez un homme qui doit voyager de Lyon vers Paris. Il aperçoit le TGV sur le point de démarrer, court et saute dans le dernier wagon juste avant la fermeture des portes. À bout de souffle, il s’assoit… avant de réaliser qu’il est monté dans le train en direction de Marseille !
Nos Sages expliquent que le jour de Roch Hachana coïncide avec la date anniversaire de la création non pas du monde, mais du premier homme.
La Guémara (Roch Hachana 10b) rapporte la divergence d’opinions entre Rabbi Eli’ézer et Rabbi Yéhochoua’. Pour le premier, Adam Harichon fut créé en date du 1er Tichri tandis que pour le second, il fut créé le 1er Nissan. Ainsi donc, selon la première opinion, le monde aurait été créé le 25 Eloul tandis que pour la seconde, il aurait été créé le 25 Adar. Les Tossefot (Roch Hachana 27a) et le Arizal admettent que les deux opinions sont vraies. Comment est-ce possible ?
En réalité, D.ieu a conçu l’idée de créer le monde et l’homme en Tichri, mais Il ne concrétisa cette intention qu’en Nissan suivant. Et c’est en ce sens que l’on peut comprendre que D.ieu a créé le monde à la fois en Eloul et en Adar. Car la pensée et la volonté divines sont également des créations, spirituelles certes, mais des créations à part entière. C’est pourquoi non seulement le mois de Tichri présente cette particularité de porter en lui un potentiel de renouvellement de l’homme et du monde, ainsi que l’avons déjà évoqué, mais ceci est vrai pour le mois de Nissan également.
Ainsi, ces deux mois, et leur premier jour respectif, ont la capacité de permettre à l’homme de se renouveler, non seulement au niveau de son action, mais également au niveau de sa pensée. C’est donc le moment pour lui de s’interroger : quelle est sa conception générale du monde ? Comment envisage-t-il sa condition ? Quel est son rapport au monde et à D.ieu ? Il s’agit là de questions existentielles auxquelles il est essentiel de répondre. Car comment agir sans réflexion préalable ? Comment interférer sur le monde sans avoir mis auparavant au point un programme ?
En effet, il arrive trop souvent que l’homme se jette sur l’action sans avoir suffisamment réfléchi au préalable. Ce n’est qu’une fois lancé qu’il réalise qu’il a pris la mauvaise direction. Imaginez un homme qui doit voyager de Lyon vers Paris. Il arrive à la gare et voit le TGV sur le quai sur le point de démarrer. Il court de toutes ses forces et parvient à sauter dans le dernier wagon, au moment même où les portes se referment… À bout de souffle, il s’installe sur le premier siège pour reprendre ses esprits. Ce n’est qu’à ce moment qu’il réalise qu’il est monté dans le train en direction de… Marseille !
Parfois, c’est exactement ce qui se passe avec notre pratique des Mitsvot. Trop souvent, nous accomplissons la Torah de manière machinale, sans réfléchir à la voie que l’on a empruntée. C’est pour remédier à cela que D.ieu a mis en place les mois de Tichri et de Nissan : ils sont autant d’occasions de faire le bilan sur l’impact de notre action dans le monde.
Un monde au service de l’homme
D.ieu ne créa le monde que pour l’homme. Ce dernier est la finalité de la création. C’est le monde qui est au service de l’homme et non le contraire. C’est pourquoi la manière dont l’homme va exploiter le monde est d’une importance capitale. S’il l’exploite de manière positive, alors son impact est positif à la fois pour le monde et pour lui-même. Si au contraire, l’homme fait mauvais emploi des outils que D.ieu a mis à sa disposition, alors le préjudice touche à la fois le monde et l’homme. L’homme qui consomme des aliments nocifs pour sa santé, ou bien qui consomme de trop grandes quantités d’aliments, s’expose assurément à des ennuis de santé. Mais plus que cela, c’est au monde de D.ieu qu’il porte atteinte. En effet, la nourriture que D.ieu met à notre disposition vise à maintenir l’homme en vie. Comment dès lors envisager de détourner les bienfaits de D.ieu vers des objectifs opposés ? Ce serait détruire l’essence même du monde ! C’est en ce sens que la faute de l’homme a pour conséquence première de l’éloigner de D.ieu et, en un second temps, de détériorer le monde.
Connaître ses priorités
Ces réflexions nous obligent quelque peu à nous recentrer. Les outils que D.ieu a mis entre nos mains – et D.ieu sait qu’ils sont nombreux à notre époque – sont-ils employés à bon escient ? Si le téléphone portable est une invention extraordinaire et a grandement facilité la communication à travers le globe, qu’en est-il des précieuses heures perdues à parler à travers ce petit appareil ? Allons-nous nous interrompre en pleine Téfila pour répondre à un appel urgent ? Où est notre priorité ? La spiritualité est-elle à nos yeux réellement plus importante que la matérialité ? Pourtant, nous savons que le Choul’han ‘Aroukh stipule que l’heure d’étude quotidienne du Juif ne saurait être perturbée sous aucun prétexte…
Roch Hachana nous invite justement à entamer cette réflexion. Rassurez-vous, D.ieu n’attend pas de vous que vous atteigniez instantanément avec Roch Hachana le niveau des anges célestes… Mais le seul fait de se pencher sur ces questions essentielles et d’esquisser un programme pour l’année à venir est déjà un grand pas en vue d’un futur changement.
"Invoquez D.ieu lorsqu’Il est proche"
Pour conclure, nous rappellerons une fois de plus l’importance extrême de ces jours si particuliers. Chaque acte, parole et même pensée doivent être soigneusement pesés, car leur impact est essentiel pour l’année à venir. Le mois d’Eloul, Roch Hachana et Yom Kippour, ainsi que les jours qui les séparent de Sim’hat Torah, sont marqués par le sceau de la proximité divine.
C’est le moment idéal pour invoquer D.ieu, ainsi que le préconisent nos Sages, et pour exploiter au maximum chacun de ces instants !





