La Torah nous ordonne à plusieurs reprises de nous réjouir pendant SouccotMais qu’a donc cette fête de particulier pour que la joie y occupe une telle place ? Et que pouvons-nous mériter grâce à cette joie ?

L’injonction de se réjouir à Souccot apparaît à trois reprises dans la Torah : "Vous prendrez, le premier jour, le fruit d’un bel arbre, des branches de palmier, des rameaux de myrte et des saules de rivière, et vous vous réjouirez devant Hachem votre D.ieu pendant sept jours" (Vayikra 23, 40).

La Torah dit également : "Tu célébreras la fête de Souccot pendant sept jours […] et tu te réjouiras pendant ta fête […] et tu ne seras que joyeux" (Dévarim 16, 13-15).

Pourquoi cette insistance particulière sur la joie ?

1. La joie du pardon

Le Gaon de Vilna explique que le verset du Chir Hachirim : "Le Roi m’a introduite dans Ses appartements ; exultons et réjouissons-nous en Toi" fait allusion à la fête de Souccot. "Le Roi m’a introduite dans Ses appartements" évoque l’ordre d’entrer dans la Soucca, tandis que "exultons et réjouissons-nous en Toi" renvoie à Souccot, appelé dans la Torah Zman Sim’haténou, le temps de notre joie.

Mais de quoi devons-nous nous réjouir ?

Lorsque les Bné Israël commirent la faute du Veau d’or, les Nuées de Gloire qui les accompagnaient dans le désert disparurent. À Yom Kippour, le peuple obtint le pardon, lorsque Hachem déclara à Moché Rabbénou : "J’ai pardonné selon ta parole."

Le lendemain, le 11 Tichri, Moché transmit au peuple l’ordre de construire le Michkan. Les 13 et 14 Tichri, les Bné Israël apportèrent leur or et leur argent pour sa construction. Le 15 Tichri, les travaux commencèrent et les Nuées de Gloire revinrent entourer le peuple.

Les Bné Israël purent ainsi constater concrètement qu’Hachem leur avait pardonné. Voilà l’une des grandes joies de Souccot : celle qui suit le pardon obtenu à Yom Kippour. Cette joie nous accompagne encore aujourd’hui. Après avoir bénéficié nous aussi du pardon et de l’expiation de Yom Kippour, nous entrons dans la Soucca, qui rappelle les Nuées de Gloire et représente un lieu où repose la Présence divine.

Le Sfat Émet explique dans le même esprit que la joie apparaît précisément après Roch Hachana et Yom Kippour : une fois purifié de ses fautes, le cœur de l’homme retrouve sa droiture, et la joie peut à nouveau s’y éveiller.

2. La joie de la récolte… tournée vers Hachem

Le Midrach enseigne qu’à Souccot, les âmes ont déjà obtenu leur acquittement à Yom Kippour. Nous sortons donc de Yom Kippour acquittés et pardonnés : c’est déjà une immense raison de nous réjouir. Mais Souccot correspond également à la période des récoltes. Les greniers sont remplis, les fruits ont été cueillis et le vin est entreposé. Le Séfer Ha’hinoukh explique qu’à cette époque de l’année, la joie vient naturellement. L’homme contemple le fruit de son travail et l’abondance qu’il a pu accumuler. Mais précisément à ce moment-là, la Torah lui demande de prendre cette joie matérielle et de l’élever, en la dirigeant vers Hachem.

C’est également l’une des raisons de la Mitsva des quatre espèces : au moment où l’homme pourrait se laisser absorber par la satisfaction de sa réussite matérielle, il tient entre ses mains des éléments qui lui rappellent que sa joie véritable doit être consacrée à Hachem et à Son service (Séfer Ha’hinoukh, Mitsva 324).

3. La Soucca, comme une étreinte d’Hachem

Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, le Ba’al Hatanya, explique que Souccot correspond au verset : "Sa droite m’étreint."

Lorsqu’une personne en enlace une autre par amour, elle l’entoure de ses bras et ne veut pas la laisser s’éloigner. De la même manière, à Souccot, le Skakh et les parois de la Soucca nous entourent de tous côtés.

Et l’image est d’autant plus parlante que, selon la Halakha, une Soucca réglementaire doit être constituée d’au moins trois parois latérales, deux longues et une plus courte. Cette structure évoque le bras qui se replie autour de quelqu’un pour l’enlacer : deux parties du bras entourent la personne, tandis que la main vient compléter l’étreinte.

4. Remettre les choses à leur juste place

Quitter sa maison pour s’installer dans une demeure provisoire nous transmet également un enseignement essentiel : notre vie dans ce monde est passagère.

Les difficultés que nous traversons ne sont pas éternelles. Ce sont des épreuves temporaires, destinées à nous faire progresser. De même, toutes les réussites matérielles après lesquelles nous courons ne nous accompagneront pas dans le monde éternel.

Regarder la vie sous cet angle procure une profonde sérénité. Les problèmes prennent une autre dimension ; les déceptions matérielles perdent de leur importance. Ce monde est provisoire, et ses difficultés le sont elles aussi, tout comme la Soucca dans laquelle nous habitons quelques jours.

Cette prise de recul est elle-même une source de joie.

5. La joie, un réceptacle pour la sainteté

À l’époque du Beth Hamikdach, lors du sacrifice quotidien du matin, on versait du vin sur l’autel. Pendant Souccot, on procédait également à une libation d’eau puisée à la source du Chiloa’h au lever du jour. Chaque nuit de ‘Hol Hamo’èd, à l’exception de Chabbath, une immense célébration accompagnait le puisage de cette eau et sa libation sur l’autel : la célèbre Sim’hat Beth Hachoéva.

La Guémara décrit l’intensité extraordinaire de ces réjouissances et rapporte cette phrase de nos Sages : "Celui qui n’a jamais vu la joie de la Sim’hat Beth Hachoéva n’a jamais vu de joie de sa vie."

Le Sfat Émet révèle une idée remarquable sur la puissance de la joie pendant Souccot. Il explique que la Sim’hat Beth Hachoéva porte ce nom parce que l’on y "puisait" l’inspiration divine : la joie est le récipient qui permet de puiser les eaux de la vie, c’est-à-dire le Roua’h Hakodech. Plus encore, enseigne-t-il, l’illumination de toute l’année dépend, dans une certaine mesure, des sept jours de Souccot. Et quel est le réceptacle permettant de recevoir cette lumière ?

La joie !

Chouli Chemoueli