Il est une Mitsva de la Torah dont l’homme pourrait penser, à première vue, qu’elle est parmi les plus difficiles à accomplir. Et pourtant, c’est précisément à son sujet que la Torah nous dit :

« Car cette chose est très proche de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin de l’accomplir. »

Comme l’explique le Ramban, ces paroles se rapportent à la Mitsva de la Téchouva.

Et pourtant, force est de constater que, pour beaucoup, la Téchouva est précisément l’une des Mitsvot qui leur paraissent les plus éloignées. Elle suscite souvent un sentiment d’impuissance, de petitesse, voire de désespoir : comment pourrais-je réellement changer ? Comment pourrais-je réparer tout ce que j’ai fait ? Et même si je parviens à corriger quelque chose, quel changement véritable cela produira-t-il dans ma vie ?

Pendant la majeure partie de l’année, nous sommes malheureusement peu confrontés à cette question. Mais lorsque le mois d’Eloul arrive, puis les jours redoutables, la Téchouva devient soudain omniprésente. Nous entendons parler de regret, de confession, de résolution, de changement, d’élévation. Et paradoxalement, plus nous en entendons parler, plus nous pouvons avoir le sentiment que tout cela est au-dessus de nos forces.

Il faut pourtant savoir que le problème ne se trouve pas dans la Mitsva de la Téchouva elle-même. Le Saint, béni soit-Il, ne demande pas à l’homme ce qui dépasse ses possibilités. Si la Torah nous dit que la Téchouva est « très proche de toi », c’est qu’elle est réellement à notre portée.

Ce qui nous éloigne souvent de la Téchouva, ce sont certaines conceptions erronées que nous avons fini par y associer.

La Téchouva n’est pas une humiliation

Une première erreur consiste à concevoir la Téchouva comme un état d’humiliation.

L’homme a fauté. Selon la stricte justice, il devrait être puni pour sa faute. La possibilité de revenir, de réparer et d’obtenir le pardon apparaît alors comme une faveur extraordinaire, une sorte de dépassement de la justice par la miséricorde divine.

Cette conception contient certes une part de vérité : la possibilité de réparer ce qui a été détruit est assurément une bonté immense du Créateur. Mais si l’on s’arrête à cette seule perspective, il risque d’en résulter une conséquence très dommageable : l’homme finit par considérer que, même après s’être repenti, il demeurera toujours un être de « seconde catégorie ».

Il a fauté. Il a donc été souillé. Il peut certes faire Téchouva, mais il ne retrouvera jamais véritablement sa place première.

Une telle pensée suffit souvent à briser toute motivation.

Il existe une autre erreur, non moins répandue : considérer que la Téchouva consiste essentiellement à se sentir coupable. Il faudrait prendre conscience de la gravité de nos fautes, nous représenter notre indignité, mesurer combien nous avons déçu le Créateur et combien nous méritons, à cause de nos actes, de terribles conséquences.

Mais qui peut vivre longtemps avec une telle conception de lui-même ?

L’homme qui sort de Yom Kippour convaincu qu’il est mauvais, indigne et incapable de changer ne sort pas nécessairement renforcé dans sa 'Avodat Hachem. Il peut au contraire perdre toute confiance dans sa capacité à s’élever.

Il faut donc revenir à la question fondamentale : qu’est-ce que la Téchouva ?

La Téchouva appartient au dessein de la Création

Le ‘Hovot Halevavot, au début de la Porte de la Téchouva, développe longuement l’idée que la possibilité de la Téchouva appartient au dessein même de la Création.

Certes, la faute est une réalité grave, et selon la stricte logique, une transgression commise ne peut pas simplement être considérée comme n’ayant jamais existé. Mais le Créateur, dans Sa sagesse, a voulu que l’homme puisse réparer son éloignement et revenir vers Lui.

Et cette possibilité n’est pas un « arrangement de dernière minute », destiné à sauver une Création qui aurait échoué. Elle fait partie de l’ordre même selon lequel le monde a été créé.

L’homme a été créé avec des faiblesses. Il est soumis aux changements, aux fluctuations, aux épreuves et aux circonstances. Il peut tomber, se relever, puis tomber à nouveau. C’est précisément pourquoi le chemin de la Téchouva lui a été préparé.

Celui qui fait Téchouva n’est donc pas un homme de seconde catégorie qui bénéficierait d’une indulgence exceptionnelle. Il accomplit exactement ce pour quoi l’homme a été créé : reconnaître son éloignement, revenir vers son Créateur et réparer ce qui peut l’être.

C’est également ce qui ressort des paroles du Messilat Yécharim (chap. 4) : la miséricorde divine qui permet la Téchouva n’est pas contraire à la justice et à la logique. Le Saint, béni soit-Il, a établi Son monde de telle manière que la possibilité de revenir fasse elle-même partie de l’ordre du monde.

Ainsi, la Téchouva n’est pas un moyen artificiel permettant d’effacer miraculeusement une faute. Elle appartient à la structure même de la relation entre l’homme et son Créateur.

Quelle est donc la nature de la Téchouva ?

Il faut ici établir un principe fondamental.

La Téchouva n’est pas une sorte de mécanisme mystérieux qu’il faudrait alimenter avec trois éléments — le regret, le Vidouï et la résolution pour l’avenir — afin d’obtenir en retour l’effacement des fautes.

La Téchouva est avant tout un retour vers Hachem.

Le ‘Hovot Halévavot (Cha’ar Hatéchouva, chap. 1) définit ainsi son essence : préparer l’homme au service du Créateur après qu’il s’en est éloigné et qu’il a abandonné ce service, et rétablir ce qui a été perdu.

C’est pourquoi elle s’appelle Téchouva : parce que l’homme revient.

Il ne s’agit donc pas, à l’origine, d’une opération destinée à « effacer des péchés ». Lorsque l’homme revient véritablement vers Hachem et abandonne la voie qui l’en éloignait, les fautes sont alors susceptibles d’être pardonnées et effacées.

Cette compréhension permet également de comprendre pourquoi la Téchouva ne concerne pas uniquement les transgressions proprement dites.

Le Rambam écrit, dans les Hilkhot Téchouva (7, 3), que l’homme doit également faire Téchouva pour ses mauvaises dispositions et ses désirs, même lorsqu’ils ne constituent pas nécessairement une transgression précise. Pourquoi ? Parce qu’ils éloignent l’homme de son Créateur.

L’essentiel n’est donc pas uniquement de supprimer des actes interdits. L’essentiel est de revenir à une relation plus profonde avec Hachem.

C’est également dans ce sens que le Noda Biyéhouda écrit que l’essentiel de la Téchouva consiste dans l’abandon du péché, le regret sincère, le rapprochement et l’amour du Créateur : « qu’il revienne vers Hachem et s’attache à Lui ».

La faute est certes au centre du processus, puisqu’elle est précisément ce qui a créé l’éloignement. Mais elle n’en constitue pas le but ultime.

Le but est le rapprochement.

La Téchouva demande un travail concret

Cette conception nous permet également de comprendre que la Téchouva n’est pas uniquement une affaire d’émotion.

Il est certainement souhaitable que l’homme ressente, qu’il pleure, qu’il soit bouleversé devant la grandeur du jour et devant la gravité de ses actes. Mais la Téchouva ne se mesure pas au nombre de larmes versées.

Le Rambam, dans les Hilkhot Téchouva (2, 2), écrit :

« Que le pécheur abandonne son péché, l’écarte de sa pensée et décide dans son cœur de ne plus le commettre. »

Les premiers mots du Rambam méritent réflexion. Pourquoi parle-t-il d’abord du fait « d’abandonner son péché et de l’écarter de sa pensée », avant de parler de la résolution de ne plus le commettre ?

Il semble qu’il nous enseigne ici un יסוד גדול : avant même de prendre une résolution pratique, l’homme doit modifier son rapport intérieur à la faute.

Tant qu’un acte demeure, dans l’esprit de l’homme, quelque chose qui « fait partie de lui », il lui sera difficile de prendre une véritable résolution de s’en éloigner.

Chaque personne possède, consciemment ou non, certaines « lignes rouges ». Il existe des choses qu’elle considère comme absolument inconcevables et d’autres auxquelles elle s’est malheureusement habituée.

Un Ben Torah ne concevra jamais de renoncer à ses trois Téfilot quotidiennes. Il considérera naturellement que certaines bénédictions doivent être récitées. En revanche, dans d’autres domaines — la Kavana dans la Téfila, la vigilance dans les lois de la médisance, l’étude régulière de la Torah, la précision dans certaines Halakhot — il peut avoir pris l’habitude de considérer ses manquements comme faisant simplement partie de sa réalité.

Il ne s’en réjouit pas nécessairement. Mais, au fond, il ne les considère pas comme des choses qu’il est réellement impossible de continuer à faire.

La première étape de la Téchouva consiste précisément à déplacer cette frontière.

Ce qui était auparavant considéré comme « normal » doit progressivement devenir quelque chose que l’on ne veut plus accepter.

Il ne s’agit pas nécessairement de tout changer en un jour. Bien au contraire. L’homme qui veut tout réparer immédiatement risque de ne rien réparer du tout.

Mais lorsqu’il commence à prendre au sérieux un domaine jusque-là négligé, lorsqu’il étudie ses lois, réfléchit à leur importance et commence à modifier concrètement son comportement, il a déjà commencé à faire Téchouva.

C’est cela, en profondeur, que signifie « abandonner son péché et l’écarter de sa pensée ».

Commencer par quelques domaines

Il est impossible à un homme de concentrer toute son attention sur toutes ses faiblesses simultanément.

Il est donc préférable de choisir quelques domaines centraux et de travailler véritablement sur eux.

On peut distinguer, de manière générale, deux catégories de fautes.

La première concerne les fautes auxquelles l’homme ne s’identifie pas. Il peut lui arriver de tomber, mais lorsqu’il tombe, il ressent immédiatement que ce n’est pas sa place. Son cœur lui-même rejette l’acte.

Dans ce cas, la Téchouva consiste principalement à renforcer cette distance intérieure et à parvenir à un degré tel que, si la même épreuve se présentait aujourd’hui, il serait davantage en mesure d’y résister.

La seconde catégorie est plus difficile : ce sont les domaines qui sont devenus partie intégrante de notre conduite habituelle.

Nous savons qu’ils ne sont pas bons, nous aimerions les améliorer, mais nous continuons néanmoins à les pratiquer.

Dans ce cas, le travail de la Téchouva doit commencer par une transformation progressive du regard.

Étudier le sujet. Approfondir ses lois. Lire les paroles de nos Sages. Réfléchir à la valeur de ce domaine dans la vie d’un Juif.

Il arrive qu’une simple prise de conscience transforme profondément le comportement d’une personne.

Dans d’autres domaines, le travail sera beaucoup plus long.

Mais dès lors que l’homme cesse de considérer son manquement comme quelque chose d’inévitable et commence à s’en préoccuper véritablement, il a déjà commencé à sortir de cette situation.

Et souvent, lorsqu’un homme renforce sérieusement un ou deux domaines fondamentaux de sa 'Avodat Hachem, cela finit par influencer également les autres.

Car les différentes fautes ne sont pas toujours indépendantes les unes des autres. Elles peuvent être les manifestations d’une même faiblesse générale : le fait que le service de Hachem n’occupe pas dans notre conscience la place qu’il devrait occuper.

Comme l’explique le ‘Hazon Ich dans Emouna Ouvita’hon, une partie importante des échecs de l’homme provient de son manque de conscience de la réalité spirituelle et de son immersion excessive dans les vanités de ce monde.

Lorsqu’une personne rétablit en elle-même une véritable conscience d’un domaine essentiel, elle commence souvent à modifier l’ensemble de son rapport à la Torah et aux Mitsvot.

Le ‘Harata : regretter sans se briser

Il reste cependant un élément de la Téchouva qui nous semble particulièrement difficile : le ‘Harata, le regret.

Nous pouvons comprendre intellectuellement que nous devons abandonner nos fautes. Nous pouvons même prendre des résolutions concrètes. Mais lorsqu’arrive le moment de ressentir véritablement le regret, nous avons parfois l’impression d’atteindre un sommet inaccessible.

Nous essayons de nous émouvoir. Nous repensons à nos actes. Nous attendons les larmes.

Et rien ne vient.

Puis nous nous souvenons des récits sur les grands maîtres de Kelm, de Rabbi Éliahou Lopian, de Rabbi ‘Hatskel et de tant d’autres Guedolé Israël. Nous entendons parler de leur terrible exigence envers eux-mêmes, de leur capacité à se juger avec une rigueur extraordinaire.

Et nous nous demandons : où en sommes-nous, nous ?

Il faut alors dire les choses avec simplicité : nous ne sommes pas eux.

Et nous n’avons pas besoin de devenir eux.

Nous devons être ce que Hachem attend de nous.

Pour comprendre ce qu’est le regret, il faut d’abord comprendre ce qu’il cherche à produire.

Le ‘Hovot Halévavot (Cha’ar Hatéchouva, chap. 4) écrit que le regret est le signe que les actes de l’homme lui apparaissent désormais comme répréhensibles.

Voilà l’essentiel.

Le regret signifie que l’homme a commencé à se détacher intérieurement de l’acte.

Lorsqu’une personne ne regrette pas une faute, cela signifie qu’au fond, elle continue à l’accepter comme faisant partie d’elle-même.

Le ‘Harata vient créer une distance.

Ce n’est plus : « C’est moi. »

C’est : « J’ai fait cela, et je regrette de l’avoir fait. Ce n’est pas la voie que je veux suivre. »

Cette distinction est fondamentale.

Regretter l’acte, et non mépriser sa propre personne

Il existe deux manières de ressentir le regret.

La première est constructive :

« Je sais que je désire faire le bien. Je sais que je veux servir Hachem. J’ai pourtant agi d’une manière qui ne correspond pas à ce que je veux être. Quel dommage que j’aie agi ainsi. Je regrette cet acte et je veux m’en éloigner. »

La seconde est destructrice :

« Je suis mauvais. Je suis un pécheur. Je suis incapable de changer. Je déçois Hachem. Je ne vaux rien. »

La première condamne l’acte.

La seconde condamne l’homme lui-même.

Or ce ne sont pas deux formulations différentes d’une même pensée. Elles produisent deux mouvements spirituels opposés.

Celui qui dit : « Cet acte ne me correspond pas » ouvre une porte vers l’élévation.

Celui qui dit : « Je suis mauvais » ferme cette porte.

Il faut bien sûr que l’homme reconnaisse la gravité de ses fautes. La Téchouva n’est pas une manière de minimiser le péché. Mais reconnaître la gravité d’un acte ne signifie pas mépriser la personne qui l’a commis.

Nos Guedolé Israël pouvaient parfois se juger avec une rigueur qui nous dépasse totalement, précisément parce qu’ils possédaient une grandeur intérieure qui leur permettait de supporter cette exigence sans perdre leur joie ni leur confiance dans leur 'Avodat Hachem.

Nous devons connaître nos propres forces.

Une exigence qui élève le grand homme peut briser celui qui n’a pas encore atteint son niveau.

Il faut donc faire Téchouva avec sérieux, mais sans tomber dans le désespoir.

Le Vidouï : parler à Hachem

Il faut également revoir notre manière de comprendre le Vidouï.

Ces dernières années, la récitation du Vidouï a parfois pris une forme qui peut nous éloigner de son véritable sens.

Afin de ne rien oublier, nous trouvons dans les Ma’hzorim de longues listes détaillant quantité de fautes. Nous les récitons les unes après les autres, encore et encore, et il arrive que nous ayons le sentiment de ne rien ressentir.

Puis, soudain, nous rencontrons une faute qui nous concerne directement.

Nous nous disons alors : « Enfin ! Voilà quelque chose qui me concerne vraiment. »

Et nous revenons presque avec soulagement à la formule générale : « Pour le péché que nous avons commis devant Toi… »

Mais le Vidouï n’a jamais été conçu comme une simple liste destinée à appliquer une sorte de « correcteur » sur les fautes.

Que nous enseigne le Rambam ?

Dans les Hilkhot Téchouva (2, 2), après avoir défini les éléments de la Téchouva, il écrit que l’homme doit « se confesser par ses lèvres et dire les choses auxquelles il a résolu dans son cœur ».

Le Vidouï est donc l’expression verbale de ce qui se passe dans le cœur.

Le Rambam donne lui-même, au début du chapitre, un exemple de cette confession :

« De grâce, Hachem, j’ai fauté, j’ai commis une faute, j’ai transgressé devant Toi et j’ai fait telle et telle chose ; voici, je me suis repenti et j’ai honte de mes actes, et jamais je ne retournerai à cette chose. »

Remarquons la structure de ces paroles.

Il ne s’agit pas uniquement de dire : « J’ai péché. »

L’homme se tient devant Hachem et Lui parle.

Il reconnaît ce qu’il a fait. Il exprime sa honte. Il manifeste son regret. Il parle de sa résolution pour l’avenir.

Le Vidouï est donc, en vérité, un dialogue entre l’homme et son Créateur.

Faut-il détailler les fautes ?

Il est vrai que le fait de détailler les fautes peut avoir une grande utilité.

D’un point de vue halakhique, cependant, le principe du Vidouï ne dépend pas nécessairement du fait de détailler chaque faute. Le Choul’han 'Aroukh rapporte qu’il est possible de dire simplement : « J’ai fauté. »

Pourquoi alors détailler les fautes ?

Le Maguen Avraham explique que cette précision peut conduire l’homme à un repentir plus profond : lorsqu’il nomme la faute et la regarde en face, il peut davantage prendre conscience de ce qu’il regrette.

Mais il faut distinguer le principe de sa mise en pratique.

Lorsqu’on en vient à tenir sous son Ma’hzor des pages entières, dont la longueur semble presque rivaliser avec celle de l’exil, il est permis de se demander si cette abondance de détails produit encore l’effet recherché.

Si l’homme récite des dizaines de pages sans savoir ce qu’il dit, sans identifier ce qui le concerne et sans parvenir à parler à Hachem, il est possible que la quantité de mots éloigne précisément de l’objectif du Vidouï.

Il y a donc une grande valeur à ce que chacun prenne également le temps de formuler, avec ses propres mots, une prière personnelle devant Hachem, sa prière de repentance.

Dire ce que l’on regrette.

Dire ce que l’on souhaite réparer.

Demander pardon pour ce qui a été fait.

Parler à Hachem de ses difficultés et de ses aspirations.

Puis Lui dire ce que l’on souhaite entreprendre pour l’avenir.

Un tel Vidouï n’est pas une répétition supplémentaire du texte imprimé. Il est l’expression vivante de la Téchouva.

C’est là en réalité le véritable « Vidouï ».

Comment est-il possible de faire Téchouva chaque année ?

Une question profonde vient parfois troubler l’homme au moment où il se prépare à faire Téchouva. Elle est susceptible, si elle n’est pas correctement comprise, de le plonger d’emblée dans un profond découragement.

L’homme sait en effet qu’il devra, l’année prochaine encore, faire Téchouva. Il sait qu’il aura de nouveau des fautes à regretter, des manquements à réparer et des décisions à prendre. Dès lors, comment peut-il se présenter aujourd’hui devant le Créateur et prendre sincèrement sur lui de changer ? S’il sait déjà qu’il risque de retomber, la Téchouva qu’il fait aujourd’hui ne serait-elle pas, à Dieu ne plaise, une sorte de tromperie envers lui-même ?

Après tout, se dit-il, je ne vais pas réellement changer.

Cette difficulté repose sur une conception erronée de la Téchouva. Elle suppose que l’homme qui se repent véritablement devrait parvenir à ne plus jamais fauter. Dès lors, s’il retombe après Yom Kippour, il faudrait en conclure que sa Téchouva n’était pas sincère, que ses résolutions n’étaient que des paroles, et qu’il ne faisait finalement que se tromper lui-même.

Mais ce n’est pas ainsi que nos Sages nous enseignent à considérer la nature humaine.

Les Richonim expliquent que l’homme est naturellement exposé à la faute, précisément parce qu’il est soumis aux changements, aux fluctuations de son état d’esprit et aux différentes circonstances de la vie. Voir à ce sujet les paroles du ‘Hovot Halévavot, au début du chapitre consacré à la téchouva.

Il faut donc distinguer deux choses : la sincérité de la Téchouva présente et la possibilité d’une chute future.

Le fait qu’un homme soit susceptible de retomber demain ne rend pas mensongère la décision qu’il prend aujourd’hui. Si, à cet instant, il reconnaît véritablement sa faute, regrette ses actes et désire revenir vers Hachem, alors sa Téchouva est réelle. Elle constitue une élévation véritable par rapport à l’état dans lequel il se trouvait jusqu’alors.

Et s’il retombe demain ?

Cette nouvelle souillure pourra, elle aussi, être effacée. Il pourra de nouveau se relever, revenir vers Hachem et entreprendre une nouvelle fois le chemin de la Téchouva.

Hachem sait que cela pourra arriver. Il connaît déjà les faiblesses de l’homme et sait qu’il risque de tomber encore. Et pourtant, Il lui demande aujourd’hui de revenir vers Lui.

Hachem ne demande pas à l’homme d’être aujourd’hui celui qu’il sera demain.

Il lui demande d’être sincèrement celui qu’il peut être aujourd’hui, avec l’honnêteté de ce moment, avec le désir de revenir qui habite actuellement son cœur. 

L’homme a-t-il été créé pour ne jamais tomber ?

On pourrait toutefois pousser la réflexion plus loin.

Si le fait que l’homme pèche régulièrement était la preuve qu’il est, par essence, indigne de sa mission, comment comprendre que la faute soit une réalité si universelle ? Tous les hommes, sans exception, sont confrontés à leurs faiblesses. Tous connaissent des chutes. Tous ont besoin, à un moment ou à un autre, de demander pardon et de revenir.

Faudrait-il en conclure que la Création n’a pas atteint son objectif ? À D.ieu ne plaise !

Prenons une simple parabole.

Imaginons un homme chargé de concevoir et de construire un bâtiment de la première pierre jusqu’à la dernière : architecture, ingénierie, fondations, électricité, plomberie, acoustique et tous les autres aspects nécessaires à son fonctionnement.

Une fois le bâtiment achevé, les problèmes commencent à apparaître. Un jour, une canalisation tombe en panne. Le lendemain, un problème électrique survient. Quelques jours plus tard, on découvre une fissure dans un mur. Puis un autre défaut apparaît.

Que penserions-nous du concepteur ?

Nous serions naturellement portés à conclure qu’il n’a pas correctement accompli son travail.

Mais imaginons maintenant que l’on nous explique que cet homme est précisément le plus grand expert au monde dans chacun de ces domaines. Il maîtrise parfaitement l’architecture, l’ingénierie, l’électricité, la plomberie et toutes les autres disciplines nécessaires à la construction.

Notre perception changerait immédiatement.

Nous comprendrions que si, malgré son expertise, il a laissé subsister ces difficultés, c’est qu’elles ont été prévues dès le départ. Peut-être avait-il une raison particulière de les prévoir ainsi ; peut-être même avait-il conçu l’ensemble du système de manière à ce que ces réparations soient elles-mêmes nécessaires au fonctionnement de l’édifice.

De même, lorsque nous constatons que tous les hommes sont confrontés à la faute, nous ne devons pas en déduire que l’homme a été « mal conçu », pour ainsi dire. Bien au contraire.

La possibilité de la chute fait partie de la condition humaine telle que Hachem l’a voulue.

L’homme a été créé avec des faiblesses, avec des passions, avec des fluctuations et avec une tendance naturelle à se tromper. Et précisément parce que le Créateur savait que l’homme tomberait, Il lui a préparé, avant même la chute, le chemin du retour : la Téchouva.

Il ne s’agit évidemment pas, à Dieu ne plaise, de justifier la faute. La faute demeure une faute et l’homme demeure responsable de ses actes.

Mais il faut comprendre une chose fondamentale : le fait que la chute soit proche de l’homme ne signifie pas que la chute soit sa destination.

Elle fait partie des épreuves auxquelles il est confronté, tandis que la Téchouva lui permet de se relever et de poursuivre son chemin.

Ainsi, lorsque l’homme accomplit ce qui est à sa portée et revient vers Hachem avec sincérité, il ne doit pas se laisser écraser par la pensée qu’il risque de tomber à nouveau avant le prochain Yom Kippour.

Il doit faire aujourd’hui sa part.

Et pour demain, il fera de nouveau sa part.

Ces idées sont développées notamment dans le Beth Élokim du Mabit, dans le Cha'ar Hatéchouva, chapitre 3, ainsi que dans les écrits de Rabbi Saadia Gaon, dans Émounot Védéot. Des paroles allant dans ce sens ont également été rapportées au nom du ‘Hazon Ich.

N’exige de toi que ce qui est à ta portée

Il reste cependant une difficulté.

Peut-être ce que nous venons de dire pourrait-il donner l’impression que nous cherchons à nous écarter de l’exigence de la Téchouva telle qu’elle apparaît dans les récits consacrés aux grands hommes d’Israël.

Nous avons tous entendu ces récits bouleversants au sujet des Guedolé Israël qui, lorsqu’ils faisaient leur examen de conscience, se montraient d’une extraordinaire sévérité envers eux-mêmes. Ils s’accusaient, se reprochaient leurs manquements avec des termes qui peuvent nous paraître extrêmement durs et s’imposaient des exigences qui dépassent de très loin celles que nous sommes capables de supporter.

Comment concilier cela avec ce que nous venons de dire ?

Serait-il possible de faire Téchouva sans se briser ? Cette approche ne semble-t-elle pas contredire les nombreux récits qui nous ont été transmis, ainsi que les paroles de Rabbénou Yona dans Cha'aré Téchouva, où il insiste à plusieurs reprises sur la nécessité du remords, de la prise de conscience et de l’exigence envers soi-même ?

La réponse est qu’il faut connaître sa propre mesure.

Il est évident que plus l’homme est grand, plus grandes sont ses possibilités et plus grandes sont également ses obligations.

Les grands hommes d’Israël pouvaient exiger d’eux-mêmes des niveaux qui nous paraissent extraordinaires. Ils pouvaient examiner leurs actes avec une rigueur absolue, se demander s’ils avaient accompli leur devoir à la perfection et ne rien laisser passer à leur propre égard.

Mais précisément parce qu’ils étaient de grands hommes, ils possédaient les forces nécessaires pour porter une telle exigence.

L’homme ne doit pas mesurer son propre service de Dieu à l’aune de ce qui était demandé aux plus grands de nos maîtres.

Il doit connaître ses forces et travailler à l’intérieur de leurs limites.

Plus encore : il ne lui est pas permis de prendre sur lui des engagements qui dépassent réellement ses capacités. Car s’il exige de lui-même ce qu’il est incapable de tenir, il ne gagnera pas un niveau supérieur ; il risque au contraire de perdre même ce qu’il était réellement capable d’accomplir.

C’est pourquoi Rabbénou Yona écrit, au début de la première porte de Cha'aré Téchouva :

« Il existe de nombreux degrés dans la Téchouva, et pour chaque Téchouva, tu trouveras le pardon. »

Il existe donc différents degrés de Téchouva.

L’homme doit s’engager à accomplir tout ce qui est à sa portée, mais précisément tout ce qui est à sa portée.

Ce qui est au-delà de ses forces n’est pas son niveau actuel.

Il existe parfois une forme d’orgueil spirituel qui pousse l’homme à vouloir immédiatement atteindre des degrés qui ne correspondent pas à sa situation. Il se voit déjà à un niveau supérieur, se fixe des résolutions qu’il ne pourra pas tenir et méprise, par la même occasion, le petit progrès qui était réellement à sa portée.

Mais la véritable humilité consiste à connaître sa place.

Ne demande pas de toi ce que Hachem ne te demande pas aujourd’hui. Demande-toi plutôt ce que tu peux véritablement accomplir aujourd’hui, et accomplis-le avec toute ta force.

C’est également une forme authentique de Téchouva.

Et pour cette Téchouva-là aussi, Rabbénou Yona nous enseigne qu’il existe un pardon.

Il y a de l’espoir

C’est peut-être précisément ici que se trouve l’une des dimensions les plus profondes de Yom Kippour.

Yom Kippour n’est pas seulement un jour de crainte et de tremblement. C’est également un jour de joie.

La Michna, à la fin du traité de Ta'anit, enseigne que Yom Kippour compte parmi les jours les plus heureux de l’année, parce qu’il est le jour où sont pardonnées les fautes d’Israël.

Rabbénou Yona, dans Chaaré Téchouva (IV, 18), explique également l’une des raisons de la Mitsva de manger la veille de Yom Kippour : l’homme se réjouit parce que le moment de son expiation est arrivé.

Mais une question demeure :

D’où vient cette joie ?

Yom Kippour n’apporte l’expiation qu’à travers la Téchouva. Or, nous venons de voir que l’homme ne peut pas atteindre une Téchouva parfaite et définitive, puisqu’il demeure exposé à la chute.

Pourquoi donc se réjouir ?

La réponse est précisément ce que nous venons de comprendre.

La Téchouva n’est pas réservée à quelques hommes qui seraient capables de se transformer en un instant et de ne plus jamais tomber.

Elle est à la portée de tout homme qui accepte de faire ce qui dépend de lui.

Si l’homme se tient aujourd’hui devant Hachem avec sincérité, s’il reconnaît ses fautes, les regrette et prend sur lui de progresser dans la mesure de ses forces, alors sa Téchouva possède une véritable valeur devant le Créateur.

Il y a donc lieu de se réjouir.

Car nous ne venons pas à Yom Kippour avec la prétention de devenir des êtres parfaits. Nous venons avec la volonté de faire notre part.

Et lorsque l’homme fait véritablement sa part, il peut avoir confiance que le Saint béni soit-Il fera la Sienne.

Voilà peut-être le véritable message de Yom Kippour : ne pas se laisser écraser par la distance qui nous sépare encore de l’homme que nous voudrions être, mais se réjouir du pas que nous sommes capables de faire aujourd’hui.

Nous tomberons peut-être encore.

Nous devrons peut-être encore faire Téchouva l’année prochaine.

Mais cela n’enlève rien à la vérité de la Téchouva d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, Hachem nous appelle à revenir vers Lui. Aujourd’hui, nous pouvons répondre à cet appel. Et cela, nul ne peut nous le retirer.

Téchouva — 10 idées essentielles

  1. La Téchouva est à notre portée.
    La Torah affirme qu’elle est « très proche de toi ». Hachem ne demande pas à l’homme ce qui dépasse ses capacités.
  2. La Téchouva est un retour vers Hachem.
    Elle n’est pas seulement destinée à effacer des fautes. Son objectif principal est de rétablir et approfondir la relation entre l’homme et son Créateur.
  3. La chute fait partie de la condition humaine.
    L’homme a été créé avec des faiblesses et la possibilité de tomber. La Téchouva a été préparée précisément pour lui permettre de se relever et de continuer son chemin.
  4. La Téchouva exige un changement concret.
    Il ne suffit pas de ressentir de la culpabilité. Il faut abandonner ce qui nous éloigne d’Hachem, modifier notre rapport à la faute et prendre des décisions pratiques.
  5. Il vaut mieux progresser dans quelques domaines que vouloir tout changer.
    Choisir quelques points essentiels et travailler sérieusement dessus permet une progression réelle. Les petits changements sincères peuvent progressivement transformer l’ensemble de l’'Avodat Hachem.
  6. Regretter la faute ne signifie pas se détester.
    Il faut condamner l’acte sans condamner sa propre personne. Dire « cet acte ne correspond pas à ce que je veux être » ouvre la voie au changement ; se considérer comme mauvais conduit au découragement.
  7. Le Vidouï est une conversation avec Hachem.
    Il ne doit pas être une récitation mécanique. Il consiste à reconnaître ses fautes, exprimer son regret, demander pardon et parler sincèrement à Hachem de ce que l’on veut réparer.
  8. Retomber ne rend pas la Téchouva précédente mensongère.
    Une résolution sincère est vraie au moment où elle est prise. Le fait que l’homme puisse de nouveau tomber demain ne retire rien à la sincérité de son retour aujourd’hui.
  9. Il faut connaître sa propre mesure.
    Chacun doit prendre sur lui ce qu’il est réellement capable d’accomplir. Des résolutions irréalistes peuvent conduire au découragement ; une progression adaptée à ses forces permet de construire durablement.
  10. La Téchouva est porteuse d’espoir et de joie.
    Nous n’avons pas besoin de devenir parfaits. Hachem nous demande de faire aujourd’hui notre part avec sincérité : reconnaître, regretter, revenir et avancer. Même si nous devons recommencer demain, le pas accompli aujourd’hui a une véritable valeur.

Traduit d'un cours du Rabbi Yaakov Butchkovsky