Si nous ne savions pas faire preuve d’indulgence, que ferions-nous ? Comment pourrions-nous vivre sans la possibilité de demander parfois, tout simplement : « Pardonne-moi » ?!

Par nature, l’homme n’est pas une machine qui fonctionne selon des modes de travail fixes et précis. Chaque personne peut parfois se tromper et commettre une erreur. Un employé occupe un poste important. On lui confie une responsabilité sérieuse. Et voilà qu’un jour, par manque d’attention, il commet une erreur et provoque, par une faute humaine, un incident qui entraîne une perte pour l’entreprise. En apparence, son sort est scellé. Il sera licencié sur-le-champ et perdra son gagne-pain. Il est désespéré et cherche un moyen de réparer. Y a-t-il une chance ? Certainement ! Va voir ton patron, parle à son cœur, efforce-toi de l’apaiser et de lui présenter tes excuses. Il est probable que, lorsqu’il verra ton sérieux et l’expression de ton regret, il acceptera lui aussi de faire un pas vers toi et d’arranger les choses.

La capacité de pardonner

Le monde repose sur la capacité de pardonner et de faire des compromis. Entre un homme et ses amis. Dans son foyer. Entre associés. Partout, des incidents peuvent se produire et des désaccords peuvent surgir. Mais toute personne sensée comprend qu’il est impossible de mener une vie harmonieuse sans être capable de faire des compromis. Cette obligation incombe à chacune des parties : faire un pas l’une vers l’autre, céder, présenter ses excuses et aussi pardonner. Il est toujours possible de trouver un compromis et de réparer les déchirures. Mais cela exige du sérieux, qui doit nécessairement se manifester par des paroles. Plus on investira d’efforts dans la discussion et les explications, plus la réconciliation sera profonde. Chaque cas est particulier : parfois, une simple conversation de clarification suffit ; parfois, les parties ont besoin de davantage. Le principe est simple : toute déchirure peut être réparée, mais il faut y investir des efforts, principalement par la parole.

Ces choses sont également vraies, et surtout, pour le lien entre l’homme et son Créateur, et pour sa finalité sur terre. Notre attachement à Hachem, béni soit-Il, et à Sa sainte Torah est éternel. Cependant, « il n’est pas de juste sur terre qui fasse le bien sans jamais fauter ». Dès lors, sur quoi le monde repose-t-il ? Sur le pardon et la rémission. Car ce n’est pas pour rien que Hachem, béni soit-Il, est appelé Celui qui pardonne la faute et la transgression, miséricordieux et bienveillant.

Telle est la vérité. Derrière les coulisses, dans la dimension intérieure, le pardon miséricordieux de Hachem, béni soit-Il, attend chaque homme, même celui qui faute et se trompe le plus. C’est la raison pour laquelle la vie peut exister, et c’est la réalité même. Mais cette vérité, bien entendu, n’est pas présentée extérieurement. Car il est impossible de faire fonctionner un monde uniquement sur la mesure de l’indulgence. Prenons l’exemple du directeur. Aussi bienveillant et indulgent soit-il, il ne pourra jamais se permettre de se montrer trop conciliant envers ses employés. Car, dans ce cas, personne n’accomplirait correctement ce qui lui incombe. Diriger exige une certaine fermeté et une certaine exigence. Et c’est ce visage que nous présente la conduite ordinaire de la réalité quotidienne. Puis arrive Yom Kippour et, une fois par an, la vérité se révèle aux yeux de tous. Le Cohen Gadol entre dans le Saint des Saints et œuvre pour le pardon, le salut et la miséricorde : « Car en ce jour, Il fera expiation pour vous afin de vous purifier… » Tous comprennent alors que notre Père est le Père miséricordieux, qui désire rendre chaque âme juive pure et limpide, propre et purifiée de toute souillure. En vérité, ce désir et cette miséricorde sont toujours présents. Car, sans eux, nous ne pourrions survivre ne serait-ce qu’un seul jour sous le poids de nos défaillances. Mais un jour par an, à Yom Kippour, cette miséricorde éclaire chacun dans toute sa plénitude.

C’est ici que l’on commence

Le pardon est, en réalité, le fondement de la foi et la racine de la proximité avec Hachem. Car toute la capacité de s’éveiller pour s’élever dans la sainteté, étudier, prier et se purifier repose sur un seul fondement : à quel point tu te sens désiré par Hachem et proche de Lui. Si, à D.ieu ne plaise, une pensée d’échec et de désespoir, un sentiment d’éloignement et de perte, venait à se glisser dans le cœur, d’où pourrions-nous puiser la force de servir le Créateur ? Ce n’est que lorsque le passé et ses erreurs ne pèsent plus sur la réalité et sur le présent qu’il devient possible de s’élever et de se sanctifier. À propos de l’immense force de la Téchouva à tout moment, il est rapporté dans le Tanna Devé Eliyahou (chapitre 5) : « … Un homme qui a commis de nombreuses fautes et sur lequel une condamnation à mort a été prononcée… puis qui est revenu et a fait Téchouva, a lu la Torah, les Prophètes et les Écrits, a étudié la Michna, le Midrach, les Halakhot et les Aggadot, et a servi les Sages. Même si cent décrets ont été prononcés contre lui, Hakadoch Baroukh Hou les écarte de lui… »

Cette foi et cette connaissance sont donc la condition nécessaire à l’accomplissement de la Mitsva « Soyez saints ». Car, sans elles, les pensées sont entièrement plongées dans le passé et dans le désespoir face à l’avenir. Seule une confiance absolue dans la miséricorde d’Hachem et dans Sa volonté d’accueillir notre demande de pardon permettra à l’homme d’avancer sur le chemin de la sainteté et de se sanctifier. 

Ils œuvrent pour toi

La vérité cachée du pardon et de l’expiation est liée, dans la Torah, au service du Cohen Gadol à Yom Kippour. Rabbi Nathan enseigne, à partir de la célèbre interprétation de nos Sages sur « Elle est plus précieuse que les perles » — « plus que celui qui entre dans le Saint des Saints » —, à quel point le niveau d’un érudit en Torah est encore plus élevé que celui du Cohen Gadol. Car le niveau des Tsadikim d’une élévation exceptionnelle correspond aux degrés de sainteté dont s’occupe le Cohen Gadol à Yom Kippour. Ils s’élèvent et œuvrent pour susciter le pardon et une grande miséricorde. Et leur force est encore plus grande, car ils accomplissent cela constamment : chaque fois qu’un homme se consacre à la Téchouva et expose sincèrement sa prière devant Hachem, béni soit-Il, ils éveillent sur lui la miséricorde du jour saint et le pardon infini.

[...]  Rabbi Na’hman de Breslev enseigne que chaque homme peut obtenir le pardon et le renouveau à tout moment. Pour cela, il nous est simplement demandé de nous approcher de Hachem, béni soit-Il, et de Lui demander pardon avec simplicité. Mais ceux qui désirent atteindre une véritable proximité, faire partie de ceux auxquels s’adresse « Soyez saints », doivent bien entendu y consacrer régulièrement du temps chaque jour. S’occuper de la sainte Torah, des livres des Tsadikim, et réserver un temps fixe pour s’isoler dans la Hitbodedout, prier et chercher à apaiser. Demander et supplier de mériter de faire entrer toutes les qualités de l’âme dans la sainteté, de les maîtriser, de les réparer et de les améliorer, exactement comme doit le faire celui qui désire atteindre la proximité. [...]

Tel est peut-être le principe essentiel avec lequel nous devons nous préparer à Yom Kippour : demander la pureté, implorer le pardon et nous avancer vers ce jour saint avec la foi et la confiance qu’Hachem attend notre retour, qu’Il accueille notre Téchouva avec amour et qu’Il désire nous purifier et nous rapprocher de Lui. 

Traduit et adapté du feuillet “Ale letroufa”