Chaque jour, dans nos prières, nous demandons à Hachem de reconstruire Jérusalem et de nous apporter la délivrance. Mais attendons-nous réellement la venue de Machia’h ? Pour nos maîtres, cette attente ne se limitait pas aux paroles prononcées dans la prière. Elle faisait partie de leur quotidien, au point d'influencer leurs décisions et leurs habitudes. Ils vivaient avec la conviction que Machia’h pouvait venir à tout instant, et se préparaient concrètement à l’accueillir. 

Rav Moché Feinstein : rester prêt pour le Sanhédrin

Quelques années avant son décès, Rav Moché Feinstein devait subir une intervention pour recevoir un stimulateur cardiaque. Tous les médecins consultés la jugeaient nécessaire. Son gendre, Rav Moché David Tendler, lui avait expliqué les raisons de cette recommandation. Pourtant, le Rav tardait à donner son accord. Cette hésitation surprenait son entourage, lorsqu’un problème de santé était identifié, il acceptait habituellement les soins nécessaires et prenait ses décisions rapidement. Plusieurs jours passèrent. Rav Tendler finit par lui demander ce qui le retenait. Rav Moché expliqua, avec l’humilité qui le caractérisait, que malgré le jugement modeste qu’il portait sur ses propres connaissances, il pouvait être choisi parmi les soixante et onze membres du Sanhédrin lorsqu’il serait rétabli. Or un défaut corporel pouvait rendre un homme inapte à y siéger. L’implantation de cet appareil risquait-elle de le disqualifier ? Son hésitation tenait à cette question : pourrait-il encore participer au Sanhédrin lorsque Machia’h viendrait ? Rav Tendler reprit alors avec lui les détails de l’intervention. Il lui montra des schémas pour préciser exactement ce que les médecins allaient faire. Rav Moché les examina attentivement et conclut que l’opération ne lui donnerait pas le statut de Ba’al Moum, un homme présentant un défaut disqualifiant. Il demanda aussitôt que le rendez-vous soit fixé, et l’intervention eut lieu. 

Même à l’approche d’une opération indispensable, Rav Moché pensait au jour où Machia’h viendrait. Il fallait préserver sa santé, mais aussi demeurer prêt à servir.

Baba Salé : renoncer à voir Machia’h pour sauver son peuple

Baba Salé attendait Machia’h avec une telle ferveur qu’il craignait de manquer l’instant de sa révélation. Ses proches remarquaient qu’il ressortait parfois des toilettes presque aussitôt après y être entré, malgré ses problèmes de santé. Son épouse lui demanda un jour pourquoi il se pressait ainsi. Il lui répondit que Machia’h pouvait venir à chaque instant et qu’il redoutait de se trouver alors dans un endroit impur.

Pour l’accueillir, il avait préparé un manteau spécial. Il avait également annoncé à Rav Mordékhaï Eliyahou qu’ils auraient tous deux le mérite de voir Machia’h. Vers la fin de sa vie, Baba Salé le fit pourtant revenir auprès de lui. Il lui confia qu’il avait vu de terribles décrets menacer Israël et qu’après s’être efforcé de les annuler, il avait demandé à quitter ce monde en expiation pour la génération. Sa demande avait été refusée, car il avait reçu la promesse d’accueillir Machia’h. Pour protéger son peuple, il avait alors accepté de renoncer à cette promesse.

Baba Salé remit à Rav Eliyahou le manteau qu’il s’était réservé. Il lui demanda de le porter lorsque Machia’h viendrait, avec des poils tombés de sa barbe, afin qu’une partie de lui participe encore à cet accueil. Il avait renoncé à voir lui-même la délivrance, mais désirait encore y avoir sa part, ne serait-ce qu’à travers ce manteau porté par un autre.

Le ‘Hafets ‘Haïm : prêt à partir pour Jérusalem 

Le ‘Hafets ‘Haïm avait préparé une tenue de Chabbath pour accueillir Machia’h. De temps à autre, il la revêtait et s’asseyait pour l’attendre. Une valise contenant ses affaires indispensables était également prête : lorsque viendrait la délivrance, il pourrait partir sans tarder pour Erets Israël. Mais il se préoccupait aussi de ce qui l’attendrait à Jérusalem. Lui-même Cohen, il exhortait les Cohanim à étudier les lois des sacrifices et du service du Beth Hamikdach. Le Temple serait reconstruit ; ils devaient être capables d’y accomplir leur tâche. Il insistait : Éliyahou viendrait éclaircir les questions demeurées sans réponse, mais il ne viendrait pas enseigner à chacun les lois qu’il aurait pu apprendre auparavant. Il fallait les étudier dès maintenant.

Cette conviction se retrouvait jusque dans les conseils qu’il donnait. Lorsque Rabbi Meïr Karelitz le consulta au sujet d’un poste de rabbin, le ‘Hafets ‘Haïm proposa de laisser la décision à Éliyahou Hanavi. La Chémita approchait, et nos Sages avaient annoncé qu’à l’issue de la septième année, le fils de David viendrait. Puisqu’Éliyahou devait le précéder, mieux valait attendre et lui soumettre la question. L’un des hommes présents esquissa un sourire. Le ‘Hafets ‘Haïm le saisit par la manche et lui demanda : “Vous en doutez ? Pour moi, c’est une certitude !”

Il s’affligeait de ne pas retrouver cette attente autour de lui. Un vendredi, au crépuscule, un grand maître entra chez lui et le salua. Le ‘Hafets ‘Haïm lui demanda aussitôt : “Que dit-on dehors au sujet de Machia’h ?” Le visiteur n’eut rien à répondre. “Voilà justement notre malheur : on ne parle pas de Machia’h ! Pourtant, il est écrit : “Je l’attendrai.” Alors comment se fait-il qu’on ne l’attende pas ?”

Rav Yossef Chlomo Kahaneman : une Yéchiva prête à les accueillir

Après la Shoah, Rav Yossef Chlomo Kahaneman entreprit de reconstruire à Bné Brak la Yéchiva de Poniovitz. Il parcourut le monde pour réunir les fonds nécessaires et offrir aux élèves un lieu où étudier la Torah. Malgré l’ampleur de cette tâche, il veilla à y réserver deux places bien particulières.

Lorsqu’il acquit le Aron Hakodech de la grande salle d’étude, il fit préparer un siège de chaque côté. L’un accueillerait le roi Machia’h, l’autre Éliyahou Hanavi. Pour le Rav, leur arrivée était assez proche pour qu’il prenne soin de leur préparer une place dans la Yéchiva qu’il bâtissait. 

Lors de l’inauguration du bâtiment de la petite Yéchiva, il exprima également sa certitude qu’ils passeraient par cet endroit.

À Presbourg, même le déjeuner attendait Machia’h !

Cette attente ne se retrouvait pas seulement chez les grands Rabbanim. Rabbi Yossef ‘Haïm Sonnenfeld raconta que, lorsqu’il étudiait à Presbourg, il surprit un jour une conversation entre deux femmes. La première demanda à son amie ce qu’elle avait cuisiné ce jour-là. "Des haricots", répondit-elle. "Et demain, que vas-tu préparer ?", poursuivit la première. Son amie s’exclama alors : "À D.ieu ne plaise ! Ne donne pas prise au Satan ! Si Machia’h n’est pas venu d’ici demain, je préparerai des lentilles !"

Même lorsqu’il s’agissait simplement de prévoir le repas du lendemain, la venue de Machia’h restait une possibilité bien réelle !

Ariel Marciano