En général, les gens connaissent et citent la première partie de la célèbre parabole de l'Admour Hazakèn : « le Roi est dans les champs ». On a même pris l'habitude de chanter les mots de cette parabole sur une mélodie bien connue. Pour ceux qui ne la connaissent pas, rappelons-en brièvement le sens.
Cette parabole enseigne qu'en temps ordinaire, celui qui souhaite rencontrer le roi doit se rendre au palais et tenter d'obtenir une audience selon les règles particulières de la cour royale. Chaque demande est examinée. Si une entrevue est accordée, il faut se présenter convenablement vêtu et satisfaire à de nombreuses autres exigences. En revanche, il existe des moments où le roi sort dans les champs. Alors, chacun, sans exception, peut venir à sa rencontre, sans rendez-vous ni préparation préalable.
Mais lorsqu'on relit le texte original de l'Admour Hazakèn, on découvre qu'au-delà de l'idée que le roi se trouve dans les champs, il ajoute quelques mots essentiels : « Le roi accueille chacun avec un visage bienveillant et montre à tous un visage souriant. » Autrement dit, non seulement il est possible de rencontrer le roi, mais le roi, de son côté, accueille chacun avec bonté et bienveillance.
Imaginez le sentiment merveilleux que vous éprouvez lorsqu'une personnalité importante vous accueille avec un sourire. Lorsqu'une telle personne me sourit, je me sens aimé, désiré et pleinement accepté. À l'inverse, si, à D.ieu ne plaise, quelqu'un m'accueille avec un visage fermé ou sévère, je ressens immédiatement que quelque chose ne va pas chez moi. Même si son air renfrogné n'a absolument rien à voir avec moi — peut-être est-il simplement malade ou confronté à un problème personnel, comme une fuite d'eau chez lui — malgré tout, mon ressenti est que c'est moi qui ne vais pas bien.
Or, pendant le mois d'Éloul, Hachem nous offre précisément cette merveilleuse sensation d'un visage qui nous sourit. Cette parabole nous invite à un véritable exercice de visualisation. Elle nous aide à renforcer en nous la conscience que nous sommes aimés d'Hachem. Grâce à cela, nous pouvons renouveler nos forces intérieures et retrouver la motivation de changer. Lorsqu'une personne se sent aimée et désirée, elle est capable de se reconnecter à ses ressources profondes et aux forces de son âme qui sommeillent en elle. Cette connexion intérieure peut nous transformer bien davantage que tous les reproches du monde.
Il est d'ailleurs remarquable de constater que lorsque l'on accueille quelqu'un tel qu'il est et que l'on se réjouit simplement de sa présence, cela ne l'encourage pas à rester passif ni à demeurer dans sa situation actuelle. Bien au contraire. C'est précisément cette attitude qui lui donne encore davantage la force de transformer sa personnalité.
Un jour où je donnais un cours sur ce sujet, j'ai demandé aux participantes d'écrire ce qu'elles ressentaient lorsqu'elles imaginaient une personne les accueillant avec un visage bienveillant et souriant. L'une a écrit : « La sécurité. » Une autre : « La joie et l'élévation du cœur. » D'autres encore ont répondu : « L'estime de soi », « l'ouverture », « l'éveil de l'âme », « la proximité », « un sentiment de vitalité », ou encore : « Je me sens bonne. »
Voir son visage rayonner
En réalité, il nous faut franchir une étape supplémentaire dans cet exercice. Il s'agit d'apprendre à illuminer nous-mêmes le visage d'autrui. Autrement dit, durant le mois d'Eloul, nous devons nous efforcer d'offrir un visage souriant à toutes les personnes que nous rencontrons. À partir du moment où je souris à quelqu'un avec le sourire d'Eloul, je deviens l'envoyé du Maître du monde pour apporter de la lumière à un autre Juif.
À ce propos, j'ai lu un jour une histoire concernant le Chalia'h 'Habad en Hollande, le Rav Daniel Mayers. C'était un immense 'Hassid et le tout premier émissaire du Rabbi de Loubavitch à Amsterdam, et plus largement dans toute la Hollande. On raconte qu'au début de sa mission, le Rabbi lui donna une consigne étonnante : se promener dans les rues de la ville avec un sourire sur le visage. À première vue, cette instruction paraît surprenante. Le Rabbi ne lui demanda pas d'aller rencontrer quelqu'un en particulier. Il lui demanda simplement de marcher dans les rues avec un visage rayonnant. Mais vous pouvez imaginer combien de personnes se sont finalement approchées de lui grâce à la chaleur et à la lumière que dégageait son sourire.
Certes, le Rav Mayers avait reçu cette instruction du Rabbi pour une époque et un lieu bien précis. Mais il me semble que, grâce à la parabole de l'Admour Hazakèn, nous avons nous aussi une formidable occasion de nous exercer, pendant les jours d'Eloul qu'il nous reste, à illuminer le visage des autres.
Marchons comme les envoyés du Roi, et offrons un visage souriant à tous ceux que nous rencontrons — même à celui qui est passé devant nous dans la file d'attente ou à celui qui n'a pas répondu à notre message. De même que le Roi montre un visage souriant à chacun, montre, toi aussi, un visage souriant à tous…
Rav Mi’hi Yossefi





