A l'occasion de la Hiloula (jour anniversaire de décès) de notre maître Rav Yossef Yozel Horowitz, l'équipe Torah-Box est heureuse de vous faire découvrir très brièvement son parcours de vie. Celui qui parle du Tsadik de jour de sa Hiloula, celui-ci priera pour lui ! Allumez une bougie et dites "Likhvod haSaba miNovardok, zékhouto taguèn 'alénou" puis priez. Que son mérite protège tout le Klal Israel, Amen !

Une des figures les plus marquantes du début du XXème siècle parmi les Sages de la Torah contemporains, est sans conteste celle de rabbi Yossef-Yozel Horowits, surnommé par ses élèves le Saba de Novardok, et qui le restera pour la postérité.

Né en 1850 (5610) dans une famille d’érudits, il se distingue rapidement par ses talents dans l’étude de la Torah et son esprit incisif, et fait la fierté de son père, rabbi Chlomo-Zalman Ziv qui dirigeait la communauté de la ville de Kortovian en Lituanie. Il se marie à l’âge de dix-huit ans avec une jeune fille de la ville de Shvikshané, qui se situait non loin de la frontière avec la Prusse.

 Malheureusement, son beau-père décède entre les fiançailles et le mariage, laissant une femme et huit enfants en bas-âge. C’est alors que rabbi Yossef-Yozel décide de prendre à son compte la charge financière de sa nouvelle famille. Il se lance dans les affaires et y réussit remarquablement. Il se rend régulièrement pour affaires dans la ville de Memel et va y faire une rencontre décisive qui finira par bouleverser totalement sa vie ; il y rencontre le fondateur du Mouvement du Moussar (éthique juive), rabbi Israël Salanter.

 Celui-ci, le voyant un jour courir à ses affaires, l’interpella : « Avrekh (étudiant en Torah), où courez-vous comme cela ? » Rabbi Yossef-Yozel lui répondit qu’il vaquait à ses affaires. Rav Israël Salanter lui demanda la raison de tant d’empressement. Rabbi Yossef-Yozel lui rétorqua qu’il fallait bien avoir de quoi vivre… Ce à quoi, rav Israël Salanter lui répondit qu’il fallait aussi avoir de quoi mourir (!), laissant entendre par là, que l’homme devait se préparer un jour à rendre des comptes à son Créateur, et faire ici-bas des provisions spirituelles de Torah et de mitsvot. Après avoir entendu cette brillante réplique, rabbi Yossef-Yozel se décida à venir écouter les cours que donnait rabbi Israël Salanter en cercle privé. Au bout de la treizième conférence, rabbi Yossef-Yozel se décida à abandonner ses affaires pour se consacrer entièrement à l’étude de la Torah et du Moussar (dix-huit heures par jour !) sous la direction éclairée de rav Israël Salanter. Il avait alors vingt-neuf ans.

A contre-courant      

Sa décision, comme on l’imagine, ne fut pas du goût de sa famille, mais rabbi Yossef-Yozel n’en tint nullement compte, certain d’avoir trouvé le chemin de la vérité. Il décida de rester dans la ville de Memel, non sans avoir fait parvenir à sa famille une importante somme d’argent. Pendant deux ans, il fut très proche de la lumière du peuple juif qu’était rabbi Israël Salanter, en compagnie de ses autres grands élèves, rabbi Néta-Hirsh Finkel, le Saba de Slabodka, rabbi Eli’ezer Shoulovits, fondateur de la célèbre yéchiva de Lom’zé, et d’autres encore tel que rabbi Sim’ha-Zissle Ziv, le Saba de Kélem.

 C’est à cette époque que rabbi Israël Salanter fonda le collel de Kovna et rabbi Yossef-Yozel en fut un des premiers élèves. Sa femme vint le rejoindre à Kovna, mais un an après, elle mourut en couche. Rabbi Yossef-Yozel n’en fut pas brisé pour autant, mais décida de se renforcer dans son travail d’élévation spirituelle. A la suite de cela, il décida de s’isoler complètement du monde, dans une maisonnette sans porte, entièrement barricadée et équipée d’un mikvé. Il passa un an et neuf mois dans l’isolement le plus total, sans aucun contact humain, se contentant de recevoir ses repas par la fenêtre. Cet isolement volontaire ne manqua pas de susciter des critiques et rabbi Yossef-Yozel fut dénoncé aux autorités ; il reçut alors l’ordre de sortir de son isolement, rejoignant finalement son groupe d’origine sous la direction de rav  Israël Salanter.

Un changement décisif    

Rabbi Simha-Zissle Ziv, qui deviendra plus tard le Saba de Kélem et qui fondera le fameux Talmoud-Torah de Kélém duquel sortiront d’éminents talmidé-‘hakhamim, (tels que rabbi Yérou’ham Leibovits, machgui’a’h de la yéchiva de Mir en Lituanie, rav Eliyahou-Eli’ezer Dessler, auteur du « Mikhtav mé Eliyahou »,  rabbi Yé’hezkel Lévinstein, machguia’h de la yéchiva de Mir, à Shangaï notamment), aura une influence décisive sur rabbi Yossef-Yozel et le persuadera que l’époque n’est plus à l’isolement, mais bien au contraire qu’il fallait se consacrer à influencer les autres. Avec une ouverture d’esprit remarquable, accomplissant ainsi le précepte du roi David « De tous mes maîtres, j’ai appris » (Téhilim 119,99), rabbi Yossef-Yozel  acceptera de changer son approche du tout au tout, amorçant ainsi le tournant qui allait faire de lui l’un des plus éminents propagateurs de la Torah de son époque.

C’est ainsi qu’il fonda la yéchiva de Berditchov, allant de maison en maison pour recruter des élèves. Lorsqu’il eut réuni deux cents élèves, il invita un roch-yéchiva à prendre la direction de la nouvelle yéchiva. Il procéda ainsi dans chaque ville où il allait, et poursuivait son chemin, semant la Torah partout où c’était possible. Quant au financement des institutions qu’il créait, il mettait en place un comité de donateurs issus de la ville même de la yéchiva nouvellement fondée.   

Le dernier isolement

Cependant, avant de se lancer définitivement dans l’arène publique, rabbi Yossef-Yozel désira, à l’image des plus grands de notre peuple, comme le Ari Hakadoch, s’offrir encore une longue période d’isolement où il pourrait se consacrer entièrement à l’étude de la Torah et à la prière. C’est ainsi que par un concours de circonstances, il rencontra un riche propriétaire terrien appartenant à la communauté juive, qui lui  accorda le droit de construire dans son vaste domaine une « maison d’isolement ». Rabbi Yossef-Yozel resta neuf ans dans cette maison qui se situait au cœur de la forêt, aux alentours de Zitel. Toutes ces années d’isolement virent rabbi Yossef-Yozel s’élever en spiritualité et atteindre une stature religieuse impressionnante.

Enfin dans l’arène

A la fin de ces neuf ans d’isolement, avec l’aide de plusieurs disciples de rabbi Israël Salanter, rabbi Yossef-Yozel décida de fonder toute une série de collélim (structure d’étude de la Torah pour personnes mariées) de haut niveau, dont les avrekhim (étudiants) étaient tous d’éminents talmidé-‘hakhamim, qui souhaitaient progresser sans se fixer de limites arbitraires, à la fois dans la connaissance des textes fondamentaux du judaïsme et également dans le domaine du perfectionnement moral, incarnant par là l’idéal de la tnou’at hamoussar (Mouvement d’éthique juive) fondé par rav Israël Salanter. Plusieurs collélim de ce type furent fondés par rabbi Yossef-Yozel dans les villes de Novardok, Zitle, Loubès, Dvinsk et Lida.

La fondation de la yéchiva de Novardok

Novardok était une ville de cinq mille habitants en Biélorussie, à forte population juive et qui comptait de ce fait une quinzaine de baté-midrash (lieux consacrés à l’étude de la Torah). Sa configuration isolée (elle était très éloignée de la station de chemin de fer la plus proche) en faisait un lieu idéal pour y implanter une yéchiva. Le grand-rabbin de la ville était rav Yé’hiel-Mikhel Epstein, auteur émérite du célèbre ouvrage « ‘Aroukh hachoul’han », à ne pas confondre avec l’auteur du non moins célèbre « Choul’han ‘Aroukh », rabbi Yossef Caro zatsal. Rabbi Yossef-Yozel trouva en la personne de rabbi Yé’hiel-Mikhel Epstein un soutien important dans la fondation de la yéchiva de Novardok en 5656 (1896), qui allait donner son nom et ses lettres de noblesse à ce qui allait devenir finalement le mouvement de Novardok sous l’impulsion de celui qu’on allait également appeler le Saba de Novardok.

Les idées du Saba de Novardok

Le Saba de Novardok était fasciné par la personnalité de rabbi ‘Hiya, telle qu’elle est décrite dans le traité Baba Metsia 85b : « Au cours d’une discussion, rabbi ‘Hanina dit à rabbi ‘Hiya : si Israël en venait à oublier la Torah, D. nous en préserve, je la rétablirai par mon raisonnement. Rabbi ‘Hiya répondit : « Voudrais-tu te mesurer à moi qui ai évité que la Torah soit oubliée en Israël ! Comment ai-je opéré ? J’ai semé du lin avec lequel j’ai ensuite tissé des filets. Avec ces filets, j’ai capturé des daims. J’en ai donné la viande à des orphelins et j’ai préparé des parchemins avec les peaux. J’ai recopié sur les peaux les cinq livres de la Torah. Je me suis ensuite rendu dans une ville (où l’éducation des enfants n’était pas assurée) et j’ai enseigné les cinq livres à cinq enfants, un livre par enfant, et les six ordres de la Michna à six autres enfants, un ordre par enfant. A tous j’ai recommandé : « Jusqu’à mon retour, transmettez-vous les uns aux autres ce que vous avez appris pour que la Torah ne soit pas oubliée ! » Ce sont tous ces actes de rabbi ‘Hiya que loua rabbi Yéhouda Hanassi lorsqu’il s’exclama : « Combien sont grandes les œuvres de ‘Hiya » ».

Le Saba de Novardok, commentant ce passage dans son livre « Madrégat Haadam » (« Grandeur de l’homme »), s’exprime en ces termes : « L’analyse des actes de rabbi ‘Hiya montre que leur grandeur réside dans l’extrême dévouement dont il fit preuve envers ses contemporains, ne recherchant rien d’autre que leur bien. Alors qu’il aurait pu rester auprès de ceux qui recherchent la perfection, il n’en fit rien, préférant agir pour que son œuvre laisse à jamais ses traces sur les générations à venir. Plutôt que de compter uniquement sur son influence, il décida de former des disciples qui continueront de diffuser ses enseignements même en son absence, partout où ils se trouveront. Son approche peut se définir par le principe : « Instruisez-vous les uns les autres », qu’il utilisa abondamment afin d’inculquer à ses élèves le devoir de se mettre au service de la communauté. »

Le Saba de Novardok eut constamment l’exemple de rabbi ‘Hiya devant les yeux et n’eut de cesse, comme lui, de se mettre au service de la communauté et de former des disciples qui eux-mêmes en formèrent d’autres (tels que rav Avraham Yaphan, son gendre, ou rav Ben-Tsion Brouk), au point qu’on a pu parler d’un réseau d’une soixantaine de yéchivot Novardok, qui avant la seconde guerre mondiale, ne comptait pas moins de quatre mille élèves ! Il existait pour lui un devoir sacré de transmettre la Torah et il n’admettait pas que l’on puisse se soustraire à ce devoir, sous quelque prétexte que ce soit. C’est ainsi qu’il transmet cette idée dans les chapitres de «  Mézaké Harabim » (« Celui qui donne du mérite au public »), issus de « Madrégat Haadam » : « Qui sont les plus sensibles à l’absence de Torah et de crainte de D. sinon ceux qui sont plongés dans l’étude de la Torah nuit et jour ! Qui mieux qu’eux peut appréhender la pleine valeur du perfectionnement moral, et par la même le caractère faux et trompeur du système éducatif laïque. Plus que n’importe qui, ils doivent engager leur force et leur temps dans cette bataille, sans rechercher les prétextes les plus futiles pour se dérober, ou privilégier leur perfectionnement personnel, car c’est la vie spirituelle du peuple juif qui est menacée. »

Les yéchivot Novardok

Les yéchivot du réseau Novardok qui répondaient toutes au nom générique de « Beit Yossef », (signifiant « Ecole de Yossef », un peu comme « Beit Hillel » signifiait l’Ecole d’Hillel, du nom du fondateur du mouvement Novardok, rabbi Yossef-Yozel) étaient animées d’une dynamique peu commune et d’un dévouement à la Torah hors norme… Qu’on en juge ! Nous prendrons comme exemple la yéchiva « Beit Yossef » de Bialystok, qui est l’ancienne yéchiva de Novardok, transférée en Pologne à cause des persécutions communistes en URSS, et notamment des persécutions de la Yevsektia, section juive du Parti communiste, qui débutèrent en 1921. Cette yéchiva comptait près de deux cents étudiants de différents âges.

 D’une part, la direction de la yéchiva avait à cœur de promouvoir la progression des élèves en matière de connaissance de textes, ainsi que leur développement intellectuel à proprement parler, en termes de compréhension et d’analyse. La connaissance des textes incluait bien évidemment le Talmud et les Richonim (commentateurs principaux du Talmud sur une période s’étendant  du 11ème au 15ème siècle), au point de pouvoir rédiger des ‘hidouchim, interprétations originales du Talmud.

 D’autre part, la yéchiva avait comme souci d’octroyer à ses étudiants une vision du monde conforme à la Torah et à l’éthique juive, ainsi que de développer leur force de caractère (ce dernier point étant spécifique à Novardok). Les enseignants de la yéchiva souhaitaient que leurs élèves développent leur crainte du Ciel, avec les sentiments profonds et délicats qui l’accompagnent. Ils souhaitaient également que leurs élèves fassent un travail sur leur personnalité et leurs traits de caractères pour les améliorer de façon tangible.

 Le Saba de Novardok professait que pour réparer ses midot (traits de caractère), il était nécessaire d’agir de manière concrète. Cela signifie que si l’on souhaite combattre la peur qui nous habite, il est nécessaire de faire un exercice qui nous oblige à nous confronter à quelque chose d’effrayant, comme l’explique rav Ya’acov Galinsky, un des élèves de la yéchiva de Bialystok. Si l’on souhaite développer son bita’hon (confiance en D.), il est nécessaire de se mettre dans une situation où on devra faire appel à cette notion pour réussir. Par exemple, aller prendre un train sans acheter au préalable de billet de train, tout en espérant qu’Hachem enverra une personne qui nous offrira de quoi acheter le billet…

Le séder (temps d’étude) à la yéchiva débutait à huit heures du matin par la téfila du matin, où la présence de tous était indispensable. A neuf heures, les bancs étaient déjà remplis d’étudiants qui étudiaient la Torah à haute et intelligible voix. A quatorze heures, l’étude de la Guémara (Talmud) s’interrompait pour laisser place à la prière de Min’ha (prière de l’après-midi), ainsi que pour l’étude du Moussar (éthique juive). A quatorze heures trente, l’étude de la Guémara reprenait jusqu'à 21 heures. Ensuite, il y avait étude du Moussar pendant une demi-heure, suivie de la prière de arvit (prière du soir)Puis il y avait le repas du soir qui était pris en commun et qui ne durait pas plus d’un quart d’heure. Et à nouveau le beit hamidrash (salle d’étude) se remplissait et l’étude de la Guémara reprenait jusqu’à trois heures du matin ! De nombreux étudiants se levaient tôt, à six heures du matin, pour étudier avant la téfila

Les élèves du Saba de Novardok

Cette extraordinaire assiduité dans l’étude donna des fruits remarquables. Certains étudiants parmi les plus brillants de la yéchiva eurent le privilège de voir leurs ‘hidouchim imprimés, alors qu’ils étaient encore sur les bancs de la yéchiva. Faut-il rappeler que la yéchiva de Bialystok compta parmi ses étudiants rabbi Ya’acov-Yisraël Kaniewski, surnommé le Steipeler, qui deviendra l’une des sommités de la Torah dans le peuple juif et qui résidera à Bné-Brak en érets-Israël…

 Les juifs de France ont quant à eux, eu le privilège de connaître et de voir évoluer au sein de leur communauté rav Guerchon Liebman, surnommé Rabbénou, qui implanta en France les institutions Novardok, notamment à Armentières. Rav Guerchon Libman, fidèle à l’esprit du Saba de Novardok, qui préconisait la diffusion de la Torah à grande échelle, ne fonda pas moins de quarante ( !) institutions religieuses en France après la Seconde Guerre mondiale (dont la yéchiva Or Yossef), pour garçons et filles (bien évidemment sans mixité), étudiants et personnes âgées et se préoccupa beaucoup de faire revenir à la Torah les juifs éloignés de la pratique religieuse.   

Le Saba de Novardok quitta ce monde en 1919 (5679), bien avant la Seconde Guerre mondiale. Cependant son empreinte est toujours sensible, car il a marqué son époque de manière indélébile de par sa grande personnalité, en nous enseignant le dévouement le plus grand qui soit dans l’étude et la diffusion de la Torah. Puisse son exemple nous guider et nous inspirer dans notre vie au quotidien.

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