Parmi les nombreux Sages et érudits qu’a produits la Tunisie, il en est un qui est connu du monde juif dans son ensemble : Rabbi Its’hak ‘Haï Taïeb Lo Met, qui vécut à Tunis dans la seconde moitié du XVIIIème siècle.

Rabbi Its’hak ‘Haï Taïeb fut l’un des Sages les plus éminents du judaïsme tunisien. Son érudition, sa sagesse, sa modestie et les nombreux miracles dont il fut l’auteur firent de lui l’une des figures les plus marquantes du judaïsme de Tunisie. Il n’est pas rare d’entendre aujourd’hui encore les femmes juives tunisiennes invoquer son nom en signe de vénération et de révérence…

Un Sage dès son plus jeune âge

Rabbi Its’hak ‘Haï naquit en 1743 (en 1760 selon d’autres) à Tunis. Dès son plus jeune âge, il fit preuve d’une assiduité à l’étude sainte et d’une compréhension des textes hors du commun. Très jeune déjà, il était expert dans les écrits du Talmud, des Décisionnaires mais aussi et surtout de la Kabbale, étude dans laquelle il se distingua tout au long de sa vie.

Rabbi Its’hak ‘Haï vécut toute sa vie dans le dénuement. S’adonnant exclusivement à l’étude de la Torah, il devait sa subsistance à de généreux donateurs, qui profitaient de son enseignement et le vénéraient pour sa sagesse. Toute sa vie durant, il fit sienne l’injonction de la Michna dans Avot (1,10), qui préconise de s’éloigner de la fonction rabbinique ; ainsi, il n’accepta d’occuper aucun poste et sur aucun document officiel de l’époque, on ne peut entrevoir sa signature.

Dans son œuvre Maagal Tov (journal de bord écrit pendant ses pérégrinations en diaspora), le ‘Hida ne tarit pas d’éloges sur les érudits de Tunisie, (pays qu’il visite en 1774), allant jusqu’à écrire : « Tunis compte d’éminents érudits. J’y ai vu des jeunes de 14 ans avec un esprit remarquablement vif et répondant juste à chaque question ». Le jeune auquel il fait plus précisément allusion était justement Rabbi Its’hak ‘Haï Taïeb qui, du haut de ses 14 ans, était déjà capable de donner la réplique à des Sages bien plus avancés en âge et en connaissances que lui.

Ses ouvrages

Malgré la très vaste érudition de Rabbi Its’hak ‘Haï, très peu nombreux sont ses écrits qui subsistèrent jusqu’à aujourd’hui. De son vivant, il aurait rédigé une quarantaine d’ouvrages traitant de tous les sujets de la Torah, mais l’histoire veut que ceux-ci aient disparu par le feu. Selon une source, sa mère, qui ne savait pas lire, aurait un jour pris ses caisses remplies d’écrits épars pour de vieux papiers, auxquels elle aurait mit le feu. Depuis ce jour, on raconte que Rabbi Its’hak ‘Haï fut inconsolable : face à ses années de labeur anéanties en quelques instants, il eut depuis lors tendance à consommer de l’alcool de temps à autres, de la Boukha plus précisément…

La seule œuvre que nous avons de lui, le ‘HélevHitim (publié à Tunis quelque 60 ans après son décès) est une compilation de commentaires originaux sur la Michna, suivant la méthode spécifique à Rabbi Its’hak ‘Haï Taïeb.

Le secret de la sagesse

On raconte que l’émissaire d’Erets Israël, le Rav Moché Souzine (qui devint plus tard Richon Létsion), fut un jour de passage à Tunis. Ce jour-là, un notable de la ville, M. Silvera, fêtait justement la Bilada de son premier fils. Voici ce qu’il s’était passé : après des années d’attente en vue d’avoir un enfant, Rabbi Its’hak ‘Haï Taieb avait eu vent du fait que M. Silvera souhaitait prendre une seconde femme afin d’avoir enfin une descendance. Ayant entendu que son épouse en était très peinée, le Rav leur avait accordé sa bénédiction et, un an après, la femme venait en effet de mettre au monde un enfant.

Une assistance nombreuse composée d’éminents Rabbanim (parmi lesquels le Gaon Rabbi Yéhochoua Bessis) était donc réunie en l’honneur de ce grand événement et attendait impatiemment l’arrivée du vénéré rabbin afin de pouvoir commencer le repas et l’étude. Or, lorsque Rabbi Its’hak ‘Haï arriva, vêtu très simplement comme à son habitude, l’envoyé d’Erets Israël ne put cacher sa surprise. Mais son étonnement grandit encore lorsque Rabbi Its’hak ‘Haï et Rabbi Yéhochoua Bessis se mirent à plonger dans les profondeurs de la Torah, naviguant avec une aisance déconcertante dans les eaux de la Michna, du Talmud, de la Halakha et de la Kabbale.

Ebahi, des larmes se mirent à couler des yeux de Rabbi Moché Souzine, car il était incapable de suivre le fil de leurs pensées… C’est alors que l’envoyé quitta soudain la pièce, sortit à l’extérieur et, levant ses mains vers le Ciel, implora D.ieu de lui accorder la sagesse nécessaire pour saisir les paroles des deux Sages.

Lorsque peu après, il regagna la table d’honneur, Rabbi Its’hak ‘Haï stoppa son exposé. Il fixa l’envoyé de ses yeux bienveillants et lui dit affectueusement : « Mon fils, pourquoi avoir demandé la sagesse auprès de D.ieu ? Sache que celle-ci est à ta portée, il te suffit de t’adonner au labeur de l’étude afin de l’acquérir… »

Familier des prodiges

Un autre miracle attribué à Rabbi Its’hak ‘Haï est le suivant : un matin, alors que le rabbin était de retour chez lui après la prière du matin à l’aube, il demanda à son épouse de lui préparer une tasse de café. Très surprise, son épouse lui fit remarquer qu’un jeûne avait été décrété par les rabbins de la ville suite à la sécheresse qui persistait cette année-là ; comment son époux pouvait-il donc lui réclamer une boisson chaude ?

Suite à ces paroles, Rabbi Its’hak ‘Haï Taïeb sortit dans la cour de sa maison, leva les mains vers le ciel bleu et dit : « Maître du monde ! De grâce, fais tomber la pluie afin que tous puissent manger à satiété et que moi, je puisse profiter d’un café chaud… »

A peine Rabbi Its’hak ‘Haï eût-il fini de prononcer ces paroles que d’épais nuages apparurent au loin. Un vent violent se mit à souffler et bientôt, une pluie diluvienne s’abattit sur la contrée…

Effrayée par cet orage violent et subit, son épouse lui dit : « Rabbi Its’hak, avec de telles précipitations, le monde va être submergé ! » A ces paroles, le vénéré rabbin retourna dans la cour et s’adressa à nouveau à D.ieu : « Maître du monde, de grâce, envoie une pluie de bénédiction qui pourra permettre au paysan de cultiver son champ et aux enfants de manger à satiété… » De suite, la violence de l’orage s’apaisa pour laisser place à une pluie agréable ; le jeûne fut annulé sur-le-champ et de toutes parts, des chants d’allégresse et de louanges résonnèrent dans la ville de Tunis…      

Pour l’anecdote, on raconte qu’un voisin arabe de Rabbi Its’hak ‘Haï Taieb fut témoin de toute la scène. Saisi d’effroi, il alla trouver le propriétaire de sa maison, lui indiquant qu’il souhaitait déménager car son voisin constituait un véritable danger : « Ce rabbin est en mesure de parler avec D.ieu et de Lui dicter Sa conduite à sa guise : d’abord, il Lui a demandé la pluie, puis a prétendu qu’elle était trop forte et qu’il fallait donc calmer l’intempérie… Si demain, il vient à me chercher querelle, je pourrais me retrouver mis à mort par décret divin ! »

Ayant eu vent de la chose, Rabbi Its’hak ‘Haï Taieb alla rassurer l’homme en lui promettant que tant qu’il vivrait en bon voisinage avec les Juifs, il n’aurait rien à craindre…  

Vivant et qui n’est pas mort

Concernant l’appellation surprenante « Lo Met » (« qui n’est pas mort ») qui est accolée à son nom, le Rav Méir Mazouz rapporte l’histoire suivante (dans ‘Hovéret Ich Hapélé) : « Lorsque notre maitre rendit l’âme en 1836, l’artisan qui prépara sa pierre tombale – probablement un homme fruste peu au fait des usages – écrivit : "Ci-git Rabbi Its’hak ‘Haï Taïeb, mort le… année…". La nuit suivante, le rabbin lui rendit une visite courroucée, le réprimandant vertement pour avoir ignoré l’enseignement de nos Sages selon lequel les Justes sont appelés "vivants" même après leur mort. Dès le lendemain, l’artisan alla réparer son erreur : il inséra le mot "Lo" ("n’est pas") entre le nom du Rav et le mot "mort"… »

La Hiloula de Rabbi Its’hak ‘Haï Taïeb Lo Met (que certains célèbrent le 16 Iyar) le 19 Kislev est un évènement scrupuleusement observé par les Juifs tunisiens. Dans toutes les synagogues portant son nom (à Ramlé, Béer-Chéva ou encore Jérusalem) ainsi que dans diverses communautés, on organise des Séoudot en son honneur, accompagnées de l’étude du passage du Zohar et de la Michna.

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