Un jeune Américain venu en Israël pour le tourisme accepte, presque par hasard, une invitation à un repas de Chabbath. Ce qui devait être une simple soirée devient un tournant décisif dans sa vie. Trois ans plus tard, il revient avec un secret et un cadeau… pour retrouver la table qui a tout changé !
Rav Eli Epstein, l’un des Rabbanim de la célèbre Yéchiva pour Ba’alé Téchouva américains, Or Saméa’h, située face au Kotel à Jérusalem, rapporte l’histoire suivante :
"Il y a quelques semaines, un ami à moi, enseignant dans le programme avancé de notre Yéchiva, m’a abordé avec une demande toute simple : ‘Eli, est-ce que cela te dérangerait de recevoir deux garçons de notre programme pour un repas de Chabbath ?’
Après en avoir parlé à mon épouse, nous avons convenu de les inviter pour le repas de Chabbath midi. Comme beaucoup de familles anglophones du quartier, nous recevons régulièrement des invités. Le samedi matin, les garçons sont arrivés avant que je ne rentre moi-même de la synagogue ; ma femme les a accueillis puis est retournée à la cuisine pour terminer les derniers préparatifs en vue du repas, les laissant patienter jusqu’à mon retour.
Une dizaine de minutes plus tard, je suis rentré de la synagogue et nous avons fait les présentations. Il s’est avéré qu’ils s’appelaient tous les deux Daniel, ce qui nous a permis d’alimenter une amorce de conversation, puis nous nous sommes attablés.
Rencontre inopinée
Au fil de l’échange, l’un des jeunes hommes, un sympathique garçon de 24 ans nommé Daniel Lubin, m’a raconté son histoire. Il était déjà venu en Israël adolescent. Il avait apprécié le voyage, mais sans chercher — ni trouver — la moindre expérience religieuse. À 21 ans, il était revenu pour un second séjour, là encore dans le simple but de passer du bon temps.
Après plusieurs semaines à cueillir des bananes dans un Kibboutz et quelques excursions dans le nord du pays, Daniel décida de passer son dernier week-end à Jérusalem. Son programme était clair : le Kotel le vendredi soir, puis la mer Morte le samedi matin.
Chabbath arriva. Au Kotel, Daniel observa les Juifs en chapeau noir en train de prier et les touristes sans couvre-chef prenant des photos. Au bout d’un moment, n’ayant plus rien de particulier à voir, il fit demi-tour pour quitter les lieux. Mais les choses ne se passèrent pas comme prévu.
Méïr Schuster, l’un de mes collègues à la Yéchiva, l’intercepta. ‘Où manges-tu ce soir ? Ça te dirait de vivre un véritable repas de Chabbath ?’
Daniel fut un peu surpris. Mais comme rien de plus excitant qu’une part de pizza n’était prévue à son programme, il accepta. Au pire, cette invitation ferait une anecdote de plus à raconter à ses amis de retour aux États-Unis. Et si la nourriture était vraiment mauvaise, il pourrait toujours aller s’acheter sa pizza plus tard.
Schuster l’associa à un autre jeune homme — un grand Australien, barman de profession, en voyage autour du monde — et les voilà partis découvrir leur premier Kuggel de pommes de terre.
‘Eh bien, poursuivit Daniel, ce repas a changé ma vie. J’ai passé un moment incroyable. La nourriture était délicieuse, la conversation passionnante et les chants magnifiques. Et tout ça a duré jusqu’à 1h du matin ! Et j’ai su, à cet instant précis, que je me devais de creuser un peu plus cette histoire de religion. Je n’avais jamais eu l’impression qu’il me manquait quelque chose… mais soudain, j’ai compris que la vie pouvait avoir une dimension bien plus riche’.
Des nouveaux horizons qui s’ouvrent
Le lendemain matin, Daniel partit tout de même pour la mer Morte. Le dimanche, il prit son vol retour pour rentrer chez lui.
Mais quelque chose en lui avait changé
De retour dans sa routine confortable et familière aux États-Unis, Daniel ressentait désormais un manque inexplicable. Il n’arrivait pas à oublier l’expérience vécue à cette table de Chabbath, à Jérusalem. À la première occasion, il se mit en contact avec la communauté juive orthodoxe locale, afin de trouver des ressources à même de lui en apprendre davantage sur son judaïsme. Hachem mit sur son chemin plusieurs rabbins compétents et dévoués qui l’aidèrent dans son cheminement. Sous leur direction, de nouveaux horizons s’ouvrirent à lui. Il s’y plongea avec un entrain et un enthousiasme sans pareil. Rapidement, il devint un véritable Ba’al Téchouva et découvrit par lui-même l’intensité de l’étude approfondie de la Torah et d’une vie fidèle à ses principes. Il aspirait à intégrer une Yéchiva et à étudier à plein temps, mais estima plus prudent de terminer d’abord ses études universitaires.
Son diplôme en poche, Daniel revint en Israël — là où son aventure avait commencé trois ans plus tôt. La boucle semblait désormais bouclée.
Un repas qui change la vie
Enfin, presque.
J’écoutais le récit du jeune homme avec intérêt et admiration. Lorsqu’il eut terminé, je fis une remarque à première vue anodine : ‘Je ne savais pas que Méïr Schuster recevait lui-même des invités pour le Chabbath. Je pensais qu’il envoyait les jeunes dans d’autres familles. Quelle chance d’avoir mangé chez lui, ça doit être une expérience extraordinaire !’
Daniel répondit : ‘Non, vous avez mal compris. Je n’ai pas mangé chez Schuster. Il m’a envoyé dans une famille américaine.
- Ah bon ? Laquelle ?’
Mais au lieu de répondre, Daniel désigna la table. Je le regardai, perplexe.
- ‘Comment ça ? C’était quelqu’un dans cet immeuble ?’
Il hocha la tête. Je commençai à énumérer les noms de mes voisins anglophones. Mais Daniel secoua la tête.
- ‘Non. C’était ici, dans cette maison !
- Vraiment ? Quelle coïncidence ! Qui vivait ici il y a trois ans ?’
À peine fini ma phrase, et sous le regard hébété de mon épouse, je me souvins soudain que nous habitions cet appartement depuis à peu près 7 ans…
Daniel sourit.
- ‘Tu veux dire que tu as mangé ici, chez nous ?’ Il acquiesça :
- ‘Oui.
- Tu le savais depuis le début, alors ? C’est toi qui as fait en sorte de venir chez nous pour ce repas ?
- Exactement. Cela fait trois ans que je rêve de revenir ici. Je suis même venu avec un petit cadeau. Je me suis souvenu que nous avions bu un petit Lé’haïm et que vous n’aviez pas de verres à liqueur. Alors je vous ai acheté ce petit service pour vous remercier — pour le repas… et pour tout le reste !’
Cette fois, la boucle était vraiment bouclée !
Pour la première fois depuis très longtemps, je restai sans voix. Mais en vérité, aucun discours n’était nécessaire. Je me contentai de m’imprégner du moment, bouleversé et heureux de constater que moi et ma famille avions eu un tel impact dans la vie d’un autre Juif, et tout cela grâce à un simple repas de Chabbath. Et avec si peu d’effort.
Voilà la véritable raison pour laquelle je raconte cette histoire. Non pour me vanter de nos merveilleux repas de Chabbath — le mérite en revient à ma femme. Ni simplement pour partager une anecdote sympathique. Je la raconte parce qu’elle prouve que chacun d’entre nous a la capacité de changer le monde. Et cela ne demande pas d’efforts extraordinaires, mais un minimum d’attention. Est-ce si difficile d’inviter un hôte à sa table du Chabbath ?"
Source : Or Saméa’h






