“Question : J’aimerais ressentir de la joie, mais malgré tous mes efforts, je n’y arrive pas. Autour de moi, je vois des personnes heureuses, épanouies et satisfaites de leur vie. Et moi je retombe toujours dans la tristesse et je ne me sens jamais véritablement bien. Je me demande qu’est-ce qui est différent chez moi et pourquoi les autres parviennent à être heureux et épanouis, tandis que je me sens constamment triste et amer…”
Réponse du Rav Boyer :
Certains événements vécus particulièrement éprouvants ou un mauvais état physique peuvent avoir une influence sur l’humeur d’une personne. Mais de manière générale, la paracha de ‘Ékev nous enseigne un principe très important pour répondre à la question posée. Elle débute par les mots : « Véhaya ékev tichméoun » — « Et il adviendra, parce que vous écouterez ». Cette association de mots est très intéressante, car, à première vue, il n’existe aucun lien entre ces trois termes ! « Véhaya » est une expression de joie. « ‘Ékev » désigne le talon, situé à l’extrémité du pied. « Tichméoun » renvoie à l’écoute, qui relève de l’oreille.
Comment peut-on établir un lien entre la joie et le talon, qui représente la partie la plus grossière du corps humain ? Et comment relier ces deux éléments à la faculté d’écouter ? Quel est le point commun entre les trois ? L’explication est la suivante : l’une des choses qui procure une très grande joie à l’être humain est de bénéficier d’une grande délivrance, de connaître une réussite particulière ou même, tout simplement, de passer une bonne journée. Une telle chose élève naturellement la personne et la remplit de joie.
Cependant, une force présente en l’être humain s’oppose à la joie : la force de l’habitude.
Prenons l’exemple d’un homme qui a attendu longtemps avant de trouver son conjoint. Il a beaucoup prié, s’est rendu auprès des Grands d’Israël afin de recevoir leurs bénédictions et a pris sur lui différentes résolutions. Puis, finalement, la délivrance tant attendue est arrivée et lui a procuré une joie immense. Il s’est fiancé, puis marié, et durant toute cette période, sa joie ne connaissait aucune limite. Mais, après un certain temps, il s’est habitué à sa nouvelle situation. La grande émotion s’est dissipée. Cette délivrance ne lui procure plus la même joie qu’auparavant. Cet état d’exaltation a pris fin : il s’est tout simplement habitué.
La force de l’habitude est liée à celle de l’oubli. Sur le plan émotionnel, l’être humain oublie sous l’effet de l’habitude.
Autrement dit, l’habitude lui fait oublier la profonde émotion de joie qu’il avait ressentie. Les gens s’habituent parce qu’ils oublient. L’être humain oublie toutes les délivrances dont il a bénéficié, ainsi que toutes ses élévations et ses réussites. En y réfléchissant, on constate que la force de l’habitude est également liée au talon. Lorsqu’une personne marche, tout se fait par habitude. Elle ne réfléchit pas avant chacun de ses pas : elle bouge simplement les jambes et avance. C’est précisément ce que nos Sages ont évoqué en parlant des Mitsvot que l’homme foule de ses talons et des commandements accomplis machinalement, par simple routine. Le talon fait donc allusion à l’habitude, cette même habitude qui s’oppose à la joie. Il s’agit en réalité de deux forces contraires qui s’affrontent. Le talon grossier de l’habitude crée ainsi une difficulté considérable. Ce qui peut nous sauver de l’habitude, c’est « Tichméoun » : « vous écouterez ». L’écoute est liée au cœur, comme dans l’expression « un cœur qui écoute ».
Lorsque l’être humain écoute, entend, réfléchit et fait intervenir son cœur, il interrompt l’automatisme symbolisé par le talon et retrouve ainsi la joie.
Lorsqu’une personne se lève chaque matin, constate qu’elle respire et qu’elle est en vie, puis se souvient de tout ce que D.ieu lui a accordé, ainsi que de toutes les bonnes choses qu’elle a connues autrefois et dont elle bénéficie encore aujourd’hui, elle éveille son cœur afin qu’il commence à écouter. Elle prête attention à son passé, elle se souvient, et se reconnecte ainsi à la joie. « Véhaya ékev tichméoun » : en écoutant et en se souvenant de la joie ressentie par le passé, on surmonte le « talon », c’est-à-dire la force de l’habitude, et l’on parvient ainsi à demeurer dans la joie.
Nous vivons dans la génération de la « Ikvéta Déméchi’ha », la période précédant la venue du Machia’h, durant laquelle le Saint béni soit-Il déverse sur nous une abondance immense, sans précédent. Malgré cela, à cause du « talon », nous ne nous en réjouissons pas véritablement. La tristesse, l’oubli, la frustration et la dépression se répandent partout. La Paracha de ‘Ékev vient nous enseigner que ce qui nous sauvera de la tristesse propre à la période de la « Ikvéta Déméchi’ha », c’est « Tichméoun ». Nous devons écouter, nous éveiller, nous souvenir et nous reconnecter à l’immense abondance que le Saint béni soit-Il nous accorde, afin de vivre constamment dans la joie.




