Alors qu’Israël bascule dans la guerre, une famille voit s’ouvrir un autre front, intime et bouleversant : celui de la survie d’un nouveau-né atteint d’une grave malformation cardiaque. Entre diagnostics sans espoir, prières, rencontres providentielles et décision médicale audacieuse, ce témoignage raconte un chemin où chaque étape semble avoir été guidée par une main invisible...
Le 7 octobre 2023, le pays tout entier bascule.
En quelques heures, Israël entre en guerre : les sirènes, les nouvelles, l’angoisse… La réalité que nous connaissions disparaît brutalement.
Mes deux fils et mon gendre quittent la maison sans préavis pour rejoindre leur unité. Comme tant d’autres familles, nous restons à l’arrière, avec une inquiétude permanente. La vie devient soudain faite d’attente, de tension et de prières.
Nous pensions déjà vivre une épreuve difficile, mais nous ne savions pas encore qu’un deuxième front allait s’ouvrir au sein de notre propre famille.
Le 11 octobre, ma fille Shirel m’appelle. Elle est enceinte de neuf mois de son premier bébé. Cette fois, sa voix est différente. Elle vient de passer une échographie et le médecin lui a demandé de se rendre immédiatement à l’hôpital.
Les premiers examens ne sont pas bons : il semble qu’il y ait une masse dans le cœur du bébé. Très vite, les médecins demandent une IRM du bébé en urgence. L’examen ne pouvant être réalisé sur place, elle doit sortir de l’hôpital pour l’effectuer dans un autre établissement.
Le lendemain, jeudi, elle passe l’IRM. Le vendredi matin, elle est de nouveau hospitalisée. Les résultats révèlent qu’il s’agit d’un cas unique, sans précédent, compte tenu de la taille et de l’emplacement de la masse dans le cœur. En tant que médecin, je demande à voir les résultats, mais ceux-ci ont déjà été transmis à l’hôpital qui les avait demandés. On me propose donc de reprendre contact avec les médecins de cet établissement.
Ces derniers organisent alors une visioconférence avec plusieurs spécialistes d’autres hôpitaux. De mon côté, je téléphone à mon fils, médecin en soins intensifs. Mais il ne répond pas : il se trouve sur le front. Je lui laisse un message pour l’informer. En fin de matinée, le directeur de l’hôpital, les chefs de service et un psychologue entrent dans la chambre.
Le diagnostic tombe comme un coup de tonnerre.
Une énorme masse non identifiée se trouve dans le cœur du bébé. Elle occupe presque tout le ventricule droit. Les médecins sont très pessimistes. Ils craignent qu’au moment de la naissance, le cœur ne puisse pas fonctionner.
Ils présentent trois possibilités :
– interrompre immédiatement la grossesse par une injection ;
– pratiquer une césarienne d’urgence ;
– ou laisser la nature suivre son cours.
Ma fille et son mari n’hésitent pas. Ils prennent une décision simple et absolue : ils sont déterminés à laisser la vie suivre son chemin. Mon épouse et la belle-mère de ma fille attendent dans la salle d’attente. Moi, je reste dans le couloir.
Je prends un livre de Téhilim et je commence à prier. Les heures passent.
Puis, soudain, l’atmosphère change. Des médecins et des infirmières courent vers la chambre. Tout devient confus. À ce moment-là, je lève les yeux vers le ciel et je dis :
« Maître du monde, si ce bébé naît vivant… je mettrai des Tsitsit. »
Les minutes qui suivent semblent durer une éternité. Puis la porte s’ouvre.
Un médecin sort avec le bébé dans les bras. Je le suis jusqu’à la salle de réanimation. Je me précipite derrière lui. Je vois la petite respirer. Puis on me demande fermement de sortir. Mais une chose est déjà certaine : elle est vivante.
Les jours qui suivent nous plongent dans un tourbillon d’examens et de consultations. Finalement, le diagnostic est posé : le bébé présente un énorme fibrome dans le cœur. Le seul traitement possible serait une opération extrêmement complexe. Mais une telle intervention n’a encore jamais été réalisée en Israël.
On nous conseille alors de contacter un spécialiste à Boston. Après avoir étudié le dossier, le médecin estime qu’une opération pourrait peut-être être envisagée, mais seulement si la petite survit jusqu’à l’âge de six mois. Le coût estimé s’élève à 2,5 millions de dollars.
La question de l’argent semble insurmontable. Mais à ce moment-là, ce n’est même pas notre première inquiétude : il faut avant tout tenir six mois. La petite subit régulièrement des chutes dramatiques de son taux d’oxygène. À plusieurs reprises, elle doit être réanimée. Plus d’une fois, ma fille nous appelle au milieu de la nuit pour nous demander de venir à l’hôpital, car la situation devient critique.
Nous nous tournons alors vers les Rabbanim. Tous nous disent la même chose : « Priez. »
Très vite, une immense chaîne de Téhilim se met en place. Des personnes prient pour elle en Israël, en France, au Canada et aux États-Unis. Le temps passe. Six mois. Nous envoyons de nouveau le dossier à Boston. La réponse tombe : l’opération est impossible. Nous envoyons également le dossier à Paris. Même réponse.
Dans l’hôpital où elle est suivie, les médecins commencent à parler de soins palliatifs.
Le chirurgien de l’hôpital nous dit même cette phrase terrible : « Mourir dans son lit ou sur la table d’opération… c’est la même chose. À vous de choisir. » Ces mots nous frappent de plein fouet. Mais, au fond de nous, quelque chose refuse d’abandonner.
Le Rav de ma communauté me conseille alors de contacter un cardiologue de l’hôpital Hadassah. Il étudie le dossier et nous oriente vers deux chirurgiens : l’un à Hadassah, l’autre à Tel Hashomer. Nous les rencontrons.
Leur réponse est simple : « C’est une opération extrêmement difficile. Elle n’a jamais été réalisée en Israël. Mais si D.ieu veut… nous pouvons réussir. »
Quelques jours plus tard, quelque chose d’étrange se produit. Un matin, dans mon cabinet, un patient vient me consulter. Il me confie qu’il se sent inexplicablement stressé ce jour-là. Pendant la consultation, il me demande soudain : « Docteur, êtes-vous déjà allé prier chez Rabbi Chim’on Bar Yo’haï ? » Je suis surpris. Cela fait des années que je n’y suis pas allé. Il me propose alors de nous y rendre ensemble le jour-même.
Il ne sait rien de l’histoire de ma petite-fille. Sur la route de Méron, je lui raconte tout. Une fois arrivés, après la prière de Min’ha, il me confie qu’il est donateur de la Yechiva des Mékoubalim. Nous décidons alors d’aller les rencontrer. Le Roch Yéchiva nous reçoit et nous donne une bénédiction pour la guérison. Nous étudions un peu de Zohar avec un rav, puis nous allumons une bougie. Pendant la visite, il nous montre une grande salle utilisée pour différentes réceptions : coupes de cheveux, Bar-Mitsva et Sé’oudot Hodaya.
Soudain, sans réfléchir, je lui demande : « Est-ce que je peux réserver cette salle pour une Sé’ouda Hodaya à l’occasion de la guérison de ma petite-fille ? » À ce moment-là, nous étions encore très loin de pouvoir imaginer une guérison. La réservation est faite. Sans date.
Sur le chemin du retour, un sentiment étrange m’envahit. Pour la première fois, je commence à envisager la guérison. Finalement, la décision est prise. L’opération aura lieu à Tel Hashomer, avec les deux chirurgiens. La date est fixée : Tou Béav.
La veille de l’intervention, une grande soirée de prières est organisée en présence du Grand Rabbin d’Israël, le rav David Lau, ainsi que des Rabbanim de la ville. Le matin de l’opération, nous prions Cha’harit au lever du soleil, près de Ra’hel Iménou. Puis vient l’attente. Les heures passent, très lentement.
Enfin, les portes du bloc opératoire s’ouvrent. Les chirurgiens sortent. Ils sourient. L’opération a réussi. Ils sont parvenus à retirer 90 % de la masse, sans aucune complication.
Aujourd’hui, Shalevet-Émouna est sortie de l’hôpital. Comme nous l’a dit le chirurgien, elle ne pourra probablement pas courir un marathon, mais elle mènera une vie normale.
Évidemment, nous avons organisé une Sé’ouda Hodaya à Méron, dans la Yéchiva des Mékoubalim, entourés de notre famille et de nos amis. Ce fut un moment très émouvant de nous retrouver là, avec Shalevet-Émouna, et de repenser à tout ce parcours.
Au début, nous pensions être seuls face à la médecine et à un diagnostic presque sans espoir. Mais avec le recul, nous voyons que chaque étape nous a conduits exactement là où il le fallait. Vers les bonnes personnes. Vers les bons médecins. Vers ce moment où ils nous ont dit : « Si D.ieu veut… nous pouvons réussir. »
Et tout au long de ce chemin, une main invisible nous guidait, même lorsque nous ne la voyions pas...
Dr Chlomo Chemouny




