« Question : Je n’aime pas la compagnie des gens et je ne ressens pas le besoin d’être avec d’autres personnes. Je me sens bien quand je suis seul avec moi-même, je ressens que c’est ce qui me convient le mieux et que c’est ainsi qu’il m’est le plus facile de réaliser ma mission dans ce monde. Pourtant, tout le monde me dit que cette solitude n’est vraiment pas bonne pour moi, y’a-t-il vraiment un problème à cela ? »
Réponse du rav Boyer :
Voici les paroles de nos Sages à ce propos : « Ou la compagnie, ou la mort » (Ta’anit 23a), dites à propos de l’épisode avec les compagnons de Iyov, comme l’explique Rachi : « Si les amis d’un homme ne lui témoignent plus de respect comme auparavant, il lui est préférable de mourir ».
La réponse à la question de cette personne se trouve dans la Paracha Tazria, qui traite du sujet des plaies. La plaie de Tsara’at (lèpre) peut apparaître dans la maison de l’homme ou sur son vêtement, mais elle apparaît surtout sur la peau de l’homme. Qu’a-t-elle donc de particulier ?
Lorsqu’on y réfléchit, on voit que la peau qui enveloppe l’homme constitue en réalité son principal outil de communication avec son environnement.
Cette communication existe dans tous les domaines, aussi bien entre l’homme et son prochain que dans sa relation avec ses objets ou avec lui-même. Par exemple, si l’homme veut savoir si un aliment est chaud ou froid, s’il est mou ou dur, il le touche et le palpe avec ses mains. Le sens du toucher de l’homme se trouve dans sa peau.
Avant que le bébé n’arrive au monde, il se trouve dans l’endroit le plus protégé dont nos Sages ont dit : « Il n’y a pas de jours où l’homme se trouve dans un état de bien-être plus grand que ces jours-là » (Nida 30b). Mais lorsqu’il sort et arrive dans l’air de ce monde, il reste sans rien, complètement seul. Durant les terribles années de la Shoah en Europe, les nazis (que leur nom soit effacé) ont mené une expérience sur de jeunes enfants : ils les ont enfermés dans une pièce, seuls, leur ont donné de la nourriture mais ne les ont pas touchés. Finalement, tous les enfants sont morts de solitude. La raison pour laquelle un nouveau-né reste en vie est le lien avec son environnement. Sa mère s’occupe de lui sans arrêt : elle le prend dans ses bras, le caresse, le serre et l’embrasse. Le bébé ressent son premier lien avec le monde à travers la peau.
Le contact de la peau apaise l’âme de l’homme et constitue le principal outil de sa communication avec son environnement. Lorsque l’homme s’isole et coupe le lien avec la société, il porte atteinte à son outil de communication. S’il est en colère contre la société et ne supporte pas la proximité des gens, il en souffre également sur le plan psychique. Même s'il pense que cela ne l’affecte pas et qu’il est convaincu que la coupure sociale est bonne pour lui, en réalité la peau qui enveloppe son corps ressent pleinement cet éloignement. Lorsque des professionnels évaluent des personnes qui ont été blessées par d’autres, on constate un phénomène récurrent : les personnes atteintes ne supportent aucun contact physique extérieur, et lorsqu’on essaie de les toucher, elles sursautent et se retirent brusquement. La raison en est que leur peau n’est plus capable d’intégrer un lien avec l’environnement.
Nous voyons ici comment la communication de l’âme s’exprime à travers la communication qui passe par la peau de l’homme.
Il est très important que les parents comprennent combien il est essentiel que les enfants ressentent un lien de proximité avec leurs parents. La communication par la peau influence l’âme de l’enfant, et chaque lien de ce type élargit son âme et développe l’amour.
Lorsque l’homme vit dans la solitude avec lui-même, peu à peu son âme se replie sur elle-même, et la peau qui l’enveloppe commence elle aussi à le ressentir. Outre son rôle d’outil de communication, la peau a encore d’autres fonctions dans la vie de l’homme. La peau possède des pores par lesquels une énergie est libérée vers l’extérieur. Cette énergie évacue des déchets du corps de l’homme. Il peut s’agir de déchets physiques comme la sueur et diverses toxines. Nous savons que l’homme doit laver son corps régulièrement afin de nettoyer les pores de la peau. En plus de cela, la peau libère également des déchets et des impuretés d’ordre psychique et spirituel. Lorsque la peau de l’homme est atteinte par le manque de communication, elle ne fonctionne plus correctement. En conséquence, les pores se ferment et les impuretés restent dans le corps de l’homme sans pouvoir sortir. Lorsque ces impuretés s’accumulent dans le corps, elles peuvent lui causer de graves dommages et provoquer des maladies, tant physiques que psychiques.
C’est pourquoi il est très important pour chaque personne d’être en lien étroit avec les autres, de ne pas s’isoler mais de vivre une vie de communauté et de famille. Lorsque les gens se rencontrent, ils ont l’habitude de se serrer la main afin de se sentir mutuellement. De même, nous trouvons plusieurs fois dans la Torah que lors d’une rencontre, chacun tombait au cou de son frère. Cela s’est produit lors de la rencontre entre Yossef et Binyamin, lors de celle entre Ya’akov et Yossef, ainsi que dans d’autres cas. La raison en est que cette proximité apaise profondément l’âme, en particulier dans des situations tendues et sensibles.
Les vêtements de l’homme constituent eux aussi une forme de communication avec l’environnement, de même que sa maison. Une personne qui s’éloigne des autres et n’accueille pas d’invités chez elle porte atteinte à cet outil de communication avec l’environnement, et alors même la maison peut être atteinte de plaies. Là aussi, l’homme peut subir de grands dommages dans son corps et dans son âme.
Mais lorsque l’homme vit une vie sociale et reste lié à son environnement, sa peau fonctionne de manière saine, et il ressent les effets de la libération d’énergie dans toute sa manière de vivre, aussi bien dans la santé du corps que dans la santé de l’âme…




