Question : “Je me suis beaucoup investi dans l’éducation spirituelle et religieuse de mes enfants, en essayant de leur transmettre la Torah et les Mitsvot. Pourtant, en grandissant, ils n’ont pas vraiment suivi la voie que j’espérais pour eux. Cette situation est très douloureuse, surtout lorsque je vois autour de moi des parents qui ont beaucoup de satisfaction de leurs enfants. Comment comprendre cette épreuve malgré tous mes efforts, l’accepter et trouver la force de continuer ?”
Réponse du Rav Boyer :
Dans la Paracha de Lekh Lékha, le Saint béni soit-Il ordonne à Avraham Avinou de partir : « Va pour toi, hors de ton pays, de ton lieu de naissance, et de la maison de ton père. » Selon le sens littéral (Pchat), Avraham Avinou reçut l'ordre de se lever et de sortir de son pays et de son lieu de naissance, ainsi que de la maison de ses parents, c'est-à-dire de se séparer de son père et de sa mère.
Mais les livres saints rapportent qu'il y a dans cet ordre un aspect supplémentaire, beaucoup plus profond. Il y a ici une instruction et des outils avec lesquels Avraham Avinou devait se mettre en route, un chemin qui s'acheva avec l'arrivée du peuple d'Israël, le peuple élu. C'est un commandement particulier qui vaut aussi pour les générations suivantes.
Le Saint béni soit-Il dit à Avraham Avinou : « Lekh lékha » (va pour toi), et Rachi explique : « pour ton bien et pour ton profit », c'est-à-dire que cette mission sera finalement pour ton bien. Mais pour que la mission réussisse, elle doit précisément venir de ces trois éléments : « de ton pays, de ton lieu de naissance et de la maison de ton père ». Selon le sens littéral, il s'agit des trois lieux dont il doit sortir, mais selon notre interprétation, l'intention est qu'il doit se mettre en route avec un bagage, qu'il emporte de son pays, de son lieu de naissance et de la maison de son père. Pour mériter de devenir Avraham Avinou, le père du peuple d'Israël, il devait emporter avec lui le contexte de son pays, de son lieu de naissance et de la maison de son père. Ce sont là, en apparence, des choses qui, du point de vue d'un homme ordinaire, ne sont pas du tout faciles ni simples.
Avraham Avinou n'a pas eu une vie facile. Il a grandi dans un pays où on l'a jeté dans la fournaise ardente, et l'état spirituel de son père était lui aussi mauvais. Le Midrach rapporte pourquoi il s'appelait Téra'h : « car Téra'h fit bouillir (Irtia'h) de la colère contre son Maître ». De même, au sujet de sa mère Amtelaï bat Karnevo, les livres saints rapportent des choses très difficiles. Et en effet, à cause de leurs actes, les parents d'Avraham Avinou connurent une réincarnation (Guilgoul). Téra'h se réincarna en Iyov (Job), et Amtelaï bat Karnevo en Dina. Tout ce qui leur arriva n'était que des réparations (Tikounim).
Si, dans notre génération, il y avait un homme avec un contexte familial aussi difficile que celui d'Avraham Avinou, et même seulement une partie de ce contexte, il aurait sans aucun doute énormément de mal à faire face à la vie. Lorsqu'un homme observe et voit un entourage si difficile — qui sont ses parents, qui sont ses enfants, qui est son conjoint, etc. — c'est en soi une très grande épreuve.
Mais voici que nous apprenons, à partir de l'ordre du Saint béni soit-Il, qu'Avraham Avinou a pu parvenir là où il est parvenu précisément à partir de l'endroit où il se trouvait. Cela, à cause de choses qui nous sont cachées, qui ne nous sont pas connues et que nous ne comprenons pas non plus. Ce sont là des secrets cachés chez le Créateur du monde, et ce n'est que parfois qu'Il décide d'en révéler un peu à Ses serviteurs justes : pourquoi les choses arrivent, pourquoi elles doivent précisément venir de l'endroit où ils se trouvent, et quelle est exactement la mission. En réalité, l'homme a le choix dans la manière de traverser son épreuve. Si l'homme vit uniquement pour lui-même et ne se soucie que de lui-même, dans ce cas l'épreuve lui est véritablement très difficile. Il lui est difficile de faire face à tout ce qui compose son contexte — comme les enfants et la famille, les talents et les réussites. Finalement, cela brise l'homme. Mais si l'homme sait qu'il se trouve en mission dans ce monde-ci, et qu'il y a Quelqu'un qui fait tourner les causes, et que nous ne sommes, en fin de compte, que des envoyés accomplissant Sa volonté, alors l'épreuve lui est beaucoup plus facile. Il doit simplement continuer à accomplir son rôle précisément à sa place, précisément avec de tels enfants, précisément avec une telle épouse, précisément avec un tel mari, précisément avec de tels parents, précisément avec de telles données — car c'est précisément de là que l'homme tient sa mission, et son contexte en fait partie intégrante.
Voilà le sens du commandement : « Lekh lékha » — tu dois partir, mais précisément de ton pays, précisément de ton lieu de naissance et précisément de la maison de ton père. C'est précisément de là que cela sera « pour ton bien et ton profit », et c'est précisément de là que tu parviendras « au pays que Je te montrerai ». Si tu sortais d'un autre contexte et emportais avec toi d'autres choses, tu ne pourrais pas atteindre le repos ni l'héritage, et le chemin ne serait pas pour ton bien et ton profit pour l'éternité.
Le contexte dont dispose l'homme lorsqu'il vient affronter son épreuve est, d'emblée, de la catégorie du « Lékhat'hila » (ce qui est voulu dès le départ, de la meilleure manière). Il n'y a ici absolument rien qui relève du « Bediavad » (un pis-aller, une solution après coup). La compréhension de ces choses et la perception de la situation constituent une très grande épreuve pour l'homme.
Mais lorsqu'il intériorise ces choses, il relâche ses inquiétudes, et alors sa douleur et ses frustrations s'estompent, et il peut alors investir toutes ses pensées et toutes ses forces dans le chemin « vers le pays que Je te montrerai ». Et au bout du chemin, il voit lui aussi que tout cela n'était que pour son bien et son profit.




