Les élections prochaines doivent donner matière à réflexion : miroir d’une réalité, ou mirage d’un espoir. Miroir serait le reflet d’une situation tandis que mirage serait une apparence souvent trompeuse. Remarquons d’abord que les élections sont, en théorie, la preuve d’une démocratie. À Athènes, berceau de la démocratie, le peuple se réunissait sur l’Agora (la place publique) et décidait des lois selon la volonté de la majorité des citoyens. La réalité est que des élections démocratiques étant le critère de la démocratie peuvent être contournées. C’est un vote démocratique, en 1933, en Allemagne, qui a porté Hitler au pouvoir ! Aujourd’hui, le pouvoir législatif des assemblées élues démocratiquement se trouve en rivalité avec le pouvoir judiciaire qui a pour rôle de contrôler les lois émises par le législatif. Aujourd’hui, le « prétoire » (juges) met en péril la démocratie, a-t-on écrit.
Où doit être ici la lecture de la Torah ? Le ‘Hazon Ich estimait qu’il fallait une présence du monde de la Yéchiva pour que l’on comprenne quelle est la vraie base du peuple d’Israël. Association, présence, ne signifie pas intégration. Il avait donné des instructions précises à son représentant à la Knesset : ne pas devenir ministre mais faire acte de présence active. Cela fut, cela est et cela sera la position du monde de la Torah : collaboration mais pas intégration.
C’est pour cette raison que le monde de la Torah n'a jamais voulu faire partie de l’Organisation Sioniste, car ici se cache une idéologie non intégrée dans la Torah. La Torah est la seule constitution qui règle la vie du peuple juif, depuis plus de 3000 ans, écrite dans les Cinq Livres de la Torah, commentée dans le Talmud et fixée dans le Choul’han ‘Aroukh. Mais au-delà de cette évidence, il importe, assurément, de s’intégrer dans le système démocratique. Le ‘Hazon Ich a fixé qu’il est important qu’il y ait une présence yéchivique à la Knesset. Il avait nommé pour cela le Dr Deusch, qui avait été directeur à Budapest et qui fut l’un des fondateurs du ‘Hinoukh Haatsmaï (l’éducation indépendante) en 1948.
Lors de la conquête d’Israël par les Juifs, 40 ans après la sortie d’Égypte, l’attribution des territoires aux tribus, en Canaan, se fait selon un double processus, apparemment contradictoire. D’une part, il est précisé que chaque tribu devait recevoir un territoire selon le nombre de membres de sa population. Le texte dit clairement : « Aux plus nombreux, tu donneras une plus grande part, et aux moins nombreux, une part plus petite ». D’autre part, il est écrit que c’est le SORT qui doit décider quelle part reçoit chaque tribu. C’est ainsi que Yéhochou'a et Eléazar distribueront le pays « selon le sort ». Si c’est selon le sort, alors pourquoi recommander que la distribution soit faite selon la taille de la tribu ? Cela se réalisera d’ailleurs ainsi : le SORT donnera à chaque tribu un territoire selon le nombre de personnes qui composent sa population. Pourquoi ce double processus, ce double enseignement ? En réalité, il faut d’abord accomplir ce qui a été ordonné – c’est le travail de l’homme, et d’autre part, le sort décide la même chose. Ici, c’est l’intervention divine. D’une part, l’on doit obéir à l’ordre divin, c’est-à-dire AGIR selon l’instruction de la Torah, mais, en deuxième lieu, et finalement, c’est D.ieu qui donne Son avis. Hichtadlout de l’homme d’une part, mais d’autre part, la Hachga’ha (Providence) réalise ce qui doit se passer. Pourquoi ne pas voir ce double processus dans la perspective des élections ? L’homme agit, choisit et élit selon les instructions des Sages de la Torah, mais le résultat (le SORT), c’est D.ieu qui le dirige. Il nous faut intervenir, agir, mais la réalisation dépend du Créateur.
Il n’est pas nécessaire de donner une valeur transcendante aux élections, mais il faut faire ce que les Sages nous disent. Le résultat dépend d’Hachem car c’est Lui Qui dirige le monde.
Obéir aux Sages, aller voter, marquer la présence de la Torah au sein du peuple juif, c’est notre rôle. Pour cette raison, il FAUT voter, d’une part, mais ressentir qu’on obéit à D.ieu. C’est le sens de l’ordre donné au partage des tribus. Faisons ce qu’il FAUT faire, mais n’oublions pas que c’est du SOUVERAIN de l’univers que dépend le résultat. Allons voter, comme l’a recommandé le ‘Hazon Ich, mais le sort – c’est-à-dire la Volonté divine – décide du résultat. Ainsi, le fidèle, le Juif observant, est certain de faire la Mitsva de l’obéissance aux Sages.




