Menahem Begin fut sans doute le Premier ministre le plus adulé et le plus vilipendé de tous ceux qui ont gouverné Israël.

Orateur de génie, il savait dénoncer une injustice, remettre en place une élite insolente et recadrer un chancelier allemand qui osait tenir des propos moralisants et indécents envers Israël, moins de quarante ans après la Shoah.

Lorsqu'il discourait, une ferveur le traversait qu'il transmettait à son public.

Plein d'humour, il s'adressera à Shimon Peres et Yitzhak Rabin assis sur les bancs de l'opposition, après presque 3 décennies de domination travailliste, en ces termes :

« Que faire ! Vous vous étiez habitués au pouvoir. Il va falloir vous y faire, vous n'y êtes plus. Et vous êtes encore sous le choc. Eh bien, maintenant : habituez-vous !! »

Délicieux, et toujours correct. Lorsque Begin prenait la parole à la Knesset, personne ne restait dans les couloirs...

Miroir sur Israël - Mena'hem Begin en 3 discours chocs...!

Le renversement

Rembobinons.

Avant sa victoire mythologique de 1977, celle où le pays passe pour la première fois de son histoire du Maarakh au Likoud (de la gauche à la droite), un humoriste israélien bien mal inspiré moque les Sépharades dans l'un de ses sketchs, les traitant de tire-au-flanc à l'armée et leurs accolant le très peu flatteur qualificatif de « tcha'h-tcha'h », un terme péjoratif ridiculisant leur prononciation.

Son intervention déclenche un tollé dans une population déjà très scindée.

Begin, le lendemain, monte aux barricades. Il va récupérer l'insulte et en faire un smash de génie. Son revers de balle ne sera pas seulement politique (nous sommes à deux jours des élections législatives), il sera surtout moral. Il va donner son plus beau discours devant une foule qui l'attend, rassemblée place Malkhé Israël à Tel Aviv :

« Jusqu'à ce matin, je ne connaissais pas le mot “tcha'h-tcha'him” et je ne savais pas ce qu'il signifiait. Tcha'h-tcha'h ? Quel est ce mot ? À qui fait-il référence ? Aux Juifs orientaux... ? » Et de continuer, avec sa fougue, en crescendo :

« Feinstein, Barazani... Ashkénaze ! Irakien ! Juifs ! Frères ! Tous combattants !!!! »

Et il transforme le terme insultant en instrument de fierté collective, en ciment de solidarité intercommunautaire.

Miroir sur Israël - Mena'hem Begin en 3 discours chocs...!

Est-ce ce discours qui envoya la gauche sur la touche ? Toujours est-il que deux jours plus tard, le 30 juin 1977, Begin remportera les élections et formera le nouveau gouvernement.

Le comique en question présentera ses excuses dans les journaux, mais trop tard. Le bien aura déjà été fait...

Réponse au Chancelier

En 1981, cette fois, alors qu'il est Premier ministre depuis quatre ans, il intervient à la télé, Kippa noire sur la tête, et interpelle le chancelier allemand Helmut Schmidt, alors en place, qui s'est pris de défendre publiquement le droit des Palestiniens à l'autodétermination et pousse à un accord international leur promulguant un État. Israël à cette époque, a déjà essuyé un nombre incalculable d'attentats plus meurtriers les uns des autres, fomentés par les "petits protégés" de son honneur le chancelier Schmidt.

Miroir sur Israël - Mena'hem Begin en 3 discours chocs...! Miroir sur Israël - Mena'hem Begin en 3 discours chocs...!

À ce moment, Begin explose et, comme au temps de la Résistance, il mitraille de ses mots l'insolence de l'Allemand qui se permet de donner des leçons de sécurité et d'humanisme au peuple juif.

« De vous, chancelier Schmidt, nous allons entendre les conseils ? Vous ? Vous allez nous dicter la politique de sécurité d'Israël ? J'ai été nommé pour veiller à la sécurité de ce peuple, et cette fonction est sacrée. Et il (Schmidt) donne des conseils, comment nous obliger à accepter un État palestinien... ? Et d'où vient-il ? Du peuple responsable du massacre de 6 millions des nôtres... ? Après tout cela, c'est lui qui va nous dire qu'il faut créer un État palestinien et mettre 3 millions et demi de citoyens israéliens en danger d'extermination... ??? ! »

Rappelons que Begin était l'un des fers de lance de la campagne contre l'indemnisation monétaire allemande comme réparation de la Shoah. Dès janvier 1952, il dénonçait cet argent comme du « sang » qu'on ne pouvait d'aucune façon accepter. 

Épilogue

Mais Begin n'était pas une bête politique. C'était d'abord un homme. Les lourdes pertes humaines de la guerre du Liban et l'affaire de Sabra et Chatila, que ses détracteurs voulurent lui faire endosser, eurent raison de lui. Begin avait également perdu celle qui fut la femme de sa vie, son amour de jeunesse et des premières heures du combat, sa fidèle épouse Aliza.

Il démissionnera du poste de Premier ministre en septembre 1983, après avoir annoncé quelques semaines auparavant le fameux : « Je ne peux plus — Eini yakhol od ». Lucide et circonspect, comme d'habitude, il reconnaissait que ses forces morales et physiques ne lui permettaient plus de diriger le pays comme il fallait.

Miroir sur Israël - Mena'hem Begin en 3 discours chocs...!

Ce survol de sa carrière n'est bien sûr pas exhaustif. Comment ne pas rappeler que c'est lui (à droite de l'échiquier politique !!) qui osa tendre la main à l'ennemi juré, l'Égypte, pour un accord de paix durable, maintenu d'ailleurs jusqu'à aujourd'hui. Et lui encore, qui savait prendre conseil auprès des Guédolim, chaque fois qu'une décision cruciale pour le pays devait être prise. Né à Brisk, il savait intuitivement où se trouvait la Sagesse.

Miroir sur Israël - Mena'hem Begin en 3 discours chocs...!

Miroir sur Israël - Mena'hem Begin en 3 discours chocs...!


À l'approche des prochaines élections en Israël, on s'interroge.

Le langage tenu à la Knesset par nos élus, leur comportement, les dissensions entre les camps serrent le cœur.

Certains partis continuent à brandir leur « Juif » de service, – celui sur lequel il est si facile de se défouler –, comme coupable de tous les maux et dysfonctionnements du pays : économiques, sociaux, militaires...

Miroir sur Israël - Mena'hem Begin en 3 discours chocs...!

Heureusement, Israël, ce n'est pas que ça. Mais c'est aussi ça.

On aurait voulu, à l'aune de ces élections, un peu du Begin des années 1970. Une once de sa verve, de son engagement pour son peuple, de son leadership qui n'était pas que politique.

Comment disent nos Sages ?

À la fin des temps, il n'y aura plus personne vers qui se tourner, plus de chef, plus de dirigeant digne de ce nom, sans doute pour mieux nous faire sentir notre vulnérabilité et notre égarement.

On se tournera alors vers le Seul qui pourra rétablir la Paix au sein du peuple et entre les hommes sur terre.

Amen, pour très bientôt.