En période de Covid, avec le masque, les distanciations et le stress ambiant, les gens ont parfois tendance à être froids et renfermés. Et si un vendeur voit son client le remercier, lui sourire ou lui souhaiter une bonne journée (réactions pourtant normales envers une personne qui nous a rendu service), il peut carrément en être étonné...

Pourtant, après des mois de confinement, nous devrions être contents de revoir des gens. Tellement de gens nous ont déjà quittés pendant cette pandémie.... Pourquoi ne pas apprécier ceux qui restent ? Peut-on se permettre, sous prétexte des difficultés que l'on a traversé ou que l'on traverse encore, d'avoir un comportement incorrect (d'indifférence, de tension ou même de méchanceté) envers notre entourage ?

Un jour, un homme est venu demander à Rav Israël Salanter : "En semaine, je suis très occupé, et je n'ai que cinq minutes par jour pour étudier la Torah. Que me conseillez-vous d'étudier ? La Michna ? La Guemara ? La Halakha ?". Mais Rav Israël Salanter lui conseilla d'étudier le Moussar (la morale). Car il est certes important d'étudier les Halakhot qui nous concernent, pour les connaître et les appliquer. Mais celui qui étudie du Moussar en viendra à la conclusion qu'en vérité, il peut consacrer bien plus que cinq minutes par jour à Hachem. Il constatera de lui-même qu'il est tout à fait possible, à condition de le vouloir, d'étudier bien plus que cinq minutes par jour. Et il en arrivera donc aussi à étudier la Michna, la Guemara, la Halakha ou tout autre sujet de Torah.

Rav Israël Salanter dit aussi que lorsqu'un homme est sur le point de faire une avéra, ce n'est pas le moment de lui faire du Moussar. Le Moussar doit être étudié dans les périodes paisibles ; et cette étude nous donnera des forces en période de difficultés, pour les surmonter.

La littérature juive abonde en livres de Moussar : le Hovot Halévavot, le Méssilat Yécharim, le Chaaré Téchouva... Par conséquent, que nous avons ou pas l'occasion de voir du monde, nous savons que chaque individu doit être respecté. Que le fait de dire bonjour aux gens que nous rencontrons n'est pas une option mais une obligation.

La Guemara raconte que Rabbi Yo'hanan ben Zakaï saluait toujours en premier ceux qu'il rencontrait, même s'il s'agissait de non-juifs qu'il ne connaissait pas. Car il était conscient du fait que, dans le monde, chaque personne est importante.

Aucune personne au monde n'a été préparée au Corona, et au confinement pendant plusieurs mois. Les psychologues et les psychiatres ont même dit qu'il serait peut-être préférable de laisser les gens se mélanger et risquer de se contaminer, plutôt que de les confiner plusieurs mois. Car les dégâts psychologiques pouvant être causés par un tel isolement sont parfois pires que la maladie.

Comment se fait-il alors que certaines personnes aient réussi à garder leur sang froid même dans cette période difficile ? A surmonter les difficultés, au lieu de se laisser submerger par elles ?

Au moment de la difficulté, on n'arrive pas à réfléchir pour bien réagir. Sauf si on a auparavant étudié la Torah, qui nous a dit quoi faire dans telle ou telle situation. Et à plus forte raison si on l'étudie depuis des années, car la bonne réaction pourra alors nous venir sans que nous ayons besoin de beaucoup réfléchir.

Le Moussar nous apprend la valeur des gens, et notre propre valeur. A ne pas penser seulement à nos propres intérêts.

Pour celui qui ne pense qu'à lui-même, le Covid n'est qu'un prétexte pour éloigner de lui les gens qui le dérangent. Mais en vérité, cette pandémie n'empêche pas de continuer à être bon envers les gens : à leur dire bonjour, à leur sourire, et à les aider autant qu'on en a le droit. Si on ne veut pas toucher une poignée de porte avec notre main, on peut quand-même ouvrir la porte avec le coude (ou avec un mouchoir) pour aider quelqu'un...

Plus on aura pensé aux autres auparavant, plus on continuera à le faire même en cette période.

La Torah nous demande de respecter tout le monde, et pas seulement les gens que nous que nous apprécions, pour leur caractère ou leur niveau religieux. Même envers une personne qui nous a fait du mal, nous ne devons pas perdre le contrôle de nous-mêmes...

Plus nous avons étudié (ou étudierons) le Moussar, plus nous réussirons à bien nous comporter dans chaque situation.