C’est fou, il y a des familles qui sont capables de faire des histoires quand on se rapproche de D.ieu comme si on était tombé dans la drogue. Et puis vous savez comment ça se passe. Les regards en coin, les réflexions. Les sœurs qui s’en mêlent. Le gendre qui ronge son frein...

C’était un repas de Chabbath comme un autre. Vous voyez ? Il est 14h30, on traîne à table. Tata Monique n’en finit pas de  proposer des makrouds en précisant "C’est très léger, je t’assure". Les enfants tournent dans le salon en hurlant "Od Yoter Tov" et ton neveu qui est venu avec sa fiancée débarrasse deux assiettes pour lui prouver qu’elle a fait le bon choix. Bref, c’est un repas de Chabbath comme un autre. Quand tout à coup, tu captes.

Chabbath, makrouds et tensions familiales

Tu captes que Tata Monique et sa fille ne se sont pas adressé la parole. Tu as senti des gestes agacés, tu as saisi au vol des yeux levés au ciel. Tu as entendu très distinctement des soupirs qui se croyaient silencieux. Tu as bien tenté de créer un "eye contact" avec ta cousine pour l’interroger du regard avec la délicatesse d’une bande de casseurs aux abords d’un magasin sur les Champs-Elysées le 17 octobre dernier, mais sans succès.

Tata Monique c’est ma tata préférée, elle est marrante et surtout elle fait les meilleurs gâteaux de la terre. Avant de partir, elle m’a serré dans les bras, plus fort que d’habitude en me chuchotant : "Tu as vu Sarah, elle se couvre la tête tout le temps, maintenant. Avant c’était que le Chabbath. Il y a un an, elle portait des jeans. Elle a vendu tous ses débardeurs sur Vinted. Jusqu’où ça va aller ?" En me préparant 3 tupperwares de gâteaux, elle m’a lâché dans la cuisine : "Prends soin de toi ma fille et surtout reste celle que tu es. Toi au moins tu ne changes pas". Pas sûr que ce soit un compliment. Mais bon. Tata Monique faut pas la contrarier, surtout quand elle l’est déjà un peu.

Quand la Téchouva dérange la famille

Toute la semaine, ce truc a tourné dans ma tête. Alors oui quand Sarah m’a appelée, je n’ai pas pu m’empêcher de lui en parler. Elle m’a tout raconté. Raconté qu’elle était en plein processus de Téchouva. Et que sa mère avait du mal. C’est fou, il y a des familles qui sont capables de faire des histoires quand on se rapproche de D.ieu comme si on était tombé dans la drogue. Et puis vous savez comment ça se passe. Les regards en coin, les réflexions. "Eh ben alors, tu n'embrasses plus ton cousin pour lui dire bonjour ?" "Ben non, pas là maman. Il revient du padel, il est tout en transpiration". Les sœurs qui s’en mêlent. Le gendre qui ronge son frein.

Sarah, elle fait son truc dans son coin, sans rien imposer à personne, mais elle sent bien. Elle sent bien les regards appuyés. Elle sent le jugement. Elle voit que quand son père fait Motsi le Chabbath, il la regarde avec insistance en précisant : "On n’est pas ‘Habad, on a toujours fait comme ça". Et je te parle pas de ses belles-sœurs qui trouvent, en chœur, que depuis qu’elle est Tsanou’a, elle se laisse aller.

Opération défense de Sarah !

En ramenant ses tupperwares à Tata Monique – qu’elle a recomptés en inspectant les couvercles comme si elle bossait au guichet à la Banque de France – j’ai décidé de mettre les pieds dans le plat. 

"Il se passe quoi avec Sarah ?" Tata a marmonné des explications vaseuses, alors je l’ai regardée droit dans les yeux et je lui ai dit : "Sarah elle ressent le besoin de se renforcer. Tu devrais être fière. Elle ne remet pas en cause l’éducation juive qu’elle a reçue. Au contraire, elle s’en sert pour prendre de l’élan. Et avancer. Elle ne vous impose rien. Elle continue à manger chez toi, alors que hein bon, le croissant du boulanger en bas, Tonton ça y va... C’est quoi le problème ? Elle se met plus en maillot. La belle affaire ! Dans le 92, les plages il n'y en a pas à tous les coins de rue. Ah tu crois que ça vient de son mari ? Qu’elle n’est pas capable de penser toute seule ? Eh ben ça y va les clichés sur la place des femmes. On n’est plus à Tunis. Sarah, c’est pas une suiveuse. C’est une adulte. Elle réfléchit comme une grande. Elle trace sa route. Elle a besoin de soutien, pas de vos jugements".

Bon j’avoue. J’ai été un peu dure mais Tata Monique m’a finalement remerciée. Elle a convenu que l’important c’était que sa fille soit heureuse. En me raccompagnant à la porte,  elle m’a dit : "Tu as raison. Tant qu’elle ne fait pas son ‘Alyah". J'avoue, j'ai pas osé lui annoncer. D’ici juillet 2027, on a le temps de voir venir.