J’ai toujours dit, sur le ton de la plaisanterie, que mes enfants deviendraient mes petits serviteurs. À l’époque où ils renversaient les caisses de jouets fraîchement triées et rangées ou lorsqu’ils vidaient le contenu de leurs assiettes sur le sol. Au lieu de me venger immédiatement en leur détruisant leurs constructions de Lego, je me disais qu’ils allaient devoir sérieusement se rattraper quand ils seraient plus grands !

Et finalement, huit ans après, les garçons sont devenus de vrais pros du ménage. Le pire, c’est qu’ils aiment ça. Je ne sais pas qui avait le plus de plaisir dernièrement lorsqu’ils ont nettoyé la voiture à fond avant Pessa’h : eux, ou moi qui les regardais tranquillement depuis la fenêtre, une tasse de café à la main. Une scène totalement impensable quelques années plus tôt.

Cela rappelle l’histoire de la bague de Chlomo Hamélekh sur laquelle était gravé : « Gam ze yaavor » — « Cela aussi passera ». Cette bague avait été conçue pour réconforter dans les moments difficiles et pour ne pas s’enorgueillir des moments de réussite. Il suffisait de la regarder pour se rappeler que rien ne dure, ni la douleur ni la gloire. 

Très loin de la gloire, je me raccrochais à cette idée à l’époque, à 23h, après avoir passé le balai pour la dix-huitième fois de la journée. Cela devenait presque une philosophie de survie. Et effectivement, ces moments sont passés : les nuits blanches, le désordre insoluble, les miettes de partout… Mais les bons moments aussi : leurs longs cheveux, leurs joues potelées, leurs petites phrases uniques et leurs réactions tellement mignonnes…

C’est peut-être là un troisième enseignement de ce message : profiter pleinement des bons moments, précisément parce qu’ils finiront eux aussi par passer. Les vivre intensément, même lorsqu’ils paraissent ordinaires. Encore faut-il être vraiment présent pour les vivre.

J’ai une tante qui vit à travers l’appareil photo de son téléphone. Aux repas de famille, elle filme les conversations. Les selfies sont obligatoires. Elle peut même vaincre son vertige en une seconde si le paysage en vaut vraiment la peine. Le précipice devenant un simple élément du décor ! Elle dira toujours « c’est passé trop vite ». Parce qu’elle n’est jamais là à 100 %.

Dans le genre « moments précieux », je me rappelle de mon mari vers la fin de notre soirée de mariage qui m’avait dit : « Tu te rends compte ? C’est bientôt fini. »

Non, ce n’était pas une façon originale d’annoncer notre divorce après seulement trois heures de vie commune... C’était juste cette sensation de voir ce moment tant attendu, bientôt terminé et derrière nous, pour toujours.

Mais même lorsqu’ils s’en vont, ces moments, laissent une trace lumineuse faite de joie, de rires et de souvenirs précieux. Ce serait dommage de les laisser filer entre les doigts.

Quant aux moments difficiles, eux aussi finissent par passer. Ils laissent parfois des cicatrices et des douleurs profondes. Mais Hachem nous a donné une force extraordinaire : le temps. C’est ce qui nous permet doucement d’apprendre à vivre avec certaines blessures, de les adoucir, parfois même de les transformer…

On ne peut pas dompter le temps, même si certaines crèmes anti-rides prétendent le contraire. Il ne se vit qu’en temps réel, sans pause ni accéléré. Alors si votre mari est en panne d’idée pour votre anniversaire, suggérez-lui l’idée de la bague de Chlomo Hamélekh. Au pire, il comprendra le message. Au mieux, il l'assortira de quelques diamants !