Chaque année à la même période, je sens une pression monter en moi. Le mois de Kislev, ‘Hanouka sont pour moi une nouvelle occasion de me rapprocher du Créateur du Monde et de Lui présenter de nouveau ma requête. Vais-je cette année trouver les mots pour qu’Hakadoch Baroukh Hou accède à ma demande et m’envoie un enfant ? Vais-je cette année mériter ? Je sors alors mon feuillet de berakhot de ‘Hanouka duquel s’échappe un papier, LE papier. Il s’agissait d’une prière que j’avais écrit quelques années auparavant, un jour où mon cœur était lourd, une prière que je ne quittais pas une seconde durant toute cette journée d’intenses supplications. A la vue de ce papier griffonné, je me sentais submergée par les émotions et mes yeux se remplirent de larmes.

Il était corné et froissé, combien de fois avais-je agrippé ce morceau de papier de toutes mes forces ? L’écriture devenait de moins en moins lisible, car effacée par les larmes qui avaient coulé sur ce texte plusieurs années d’affilée. Mais je n’avais pas besoin de lire ce texte, je le connaissais par cœur. Je l’avais lu pendant toutes ces années, les yeux fermés et le cœur ouvert.

« Hachem, Roi du monde, Maître de l’Univers, je me présente de nouveau cette année devant Ton Trône céleste. Si ma requête est inchangée, ma foi et mon amour en Toi, eux, se sont décuplés. Je ne me suis jamais sentie aussi proche de Toi Hakadoch Baroukh Hou. Laisse-moi Te parler comme une fille parle à son père qu’elle aime tant et qui fera tout pour accéder à son bonheur. En ce jour de ‘Hanouka, la fête des miracles, fais un miracle pour moi, Hachem : rends moi Maman !

Mon cœur déborde d’amour pour ce petit être que je ne connais pas encore. Mes bras ne demandent qu’à l’étreindre des nuits entières, mes mains ne demandent qu’à caresser son magnifique visage endormi, mes oreilles ne demandent qu’à entendre son premier « maman », mes yeux ne demandent qu’à voir son premier sourire, ma bouche ne demande qu’à entonner de douces berceuses à ses oreilles. Mon cœur ne bat d’année en année que dans l’espoir de pouvoir porter la vie dans mes entrailles. Hachem, ne me laisse pas repasser une autre année dans la déception d’une attente longue et douloureuse. Je veux faire de mon mari un papa. Je veux mettre au monde un enfant et le faire grandir dans un foyer de Torah pour en faire un soldat d’Hachem, fort, loyal et courageux. Hachem, Toi qui as créé l’univers, Toi qui es Tout Puissant, permets-moi de donner la vie cette année. ‘Hanouka  l’année prochaine, je viendrai les bras chargés d’un magnifique bébé, Te chanter des louanges et Te remercier pour ces nuits blanches et ce souci qui me ronge à chaque minute. Car n’est-ce pas ce qui caractérise le cœur d’un parent, se soucier pour son enfant en permanence ? Mon Père, Toi qui Te soucie pour moi, envoie-moi la délivrance cette année. »

Cela faisait cinq ans que Le Maître du monde avait béni notre union sous le dais nuptial. Et depuis, nous avions tellement prié pour avoir un enfant. Je ne voulais plus de ces regards compatissants lors de Brit Milot de la famille, ces regards qui nous prenaient en pitié, nous, le couple défaillant. Je ne voulais plus entendre des « bientôt chez vous » avec ce ton condescendant qui disait « il faudrait peut-être se résigner ».

Me résigner ? Non !! Hors de question. Hachem a fait toutes les matriarches stériles, ce n’est pas sans raison. En effet, Hakadoch Baroukh Hou chérit particulièrement les prières des Tsadkaniot. Qu’à cela ne tienne. Je suis une Echet ‘Hayil, mon vaillant mari me le répète tous les vendredis soirs. Je décidai de me battre, de devenir une guerrière de la prière. J’allais inonder les cieux de mes Téfilot. Hachem en verrait de partout de toutes les couleurs et à toutes les heures, des prières que je chanterais tantôt, des prières que je pleurerais tantôt.

Il existe une Téfila spécifique pour trouver son conjoint, pour trouver une maison, pour guérir de tel ou tel mal être, mais il n’en existe pas pour avoir un enfant. Ce n’est pas sans raison. En effet, chaque femme prie à sa manière, avec son émotion qui lui est propre. Aucune femme n’emploiera les mêmes termes pour épancher son cœur. Une prière formelle et conventionnelle mettrait des limites, des barrières à cette émotion qui ne demande qu’à déborder. Chacune son flux, chacune ses mots, chacune son moment, et chacune son énergie.

J’accepterais d’attendre le temps qu’il faudra pour avoir un enfant. Mais je me refusais à attendre dans la tristesse et le désespoir. Non ! La délivrance viendra dans la joie. Je me remettais entre les mains d’Hakadoch Baroukh Hou. Lui Seul savait quand Il pourrait m’envoyer cette Yéchou’a (délivrance). En attendant que mes entrailles portent mon enfant, je profiterais de consolider mon couple, de telle sorte que nous formerions un refuge de douceur et de foi lorsqu’Hachem nous jugerait prêts à accueillir cette Néchama (âme).

Qu’Hachem bénisse chaque foyer juif avec l’arrivée de Néchamot Téhorot (âmes pures), et qu’Il puisse faire connaître à chaque femme du peuple, l’immense bonheur de pouvoir donner la vie. Amen Kèn Yéhi Ratson.