Le mois de Iyar est marqué par le compte de l’’Omer (depuis Pessa'h jusqu’à Chavou’ot) et par la période de deuil (entre Pessa'h et Lag Ba’omer) sur les 24 000 élèves de Rabbi ‘Akiva. La Guémara enseigne que les disciples de Rabbi ‘Akiva décédèrent parce qu’ils ne se vouaient pas suffisamment de respect mutuel. Bien évidemment, nous ne sommes pas au niveau de juger ni de comprendre ces hommes dont la vertu nous dépassait de loin ; il n’est pas à nous d’affirmer que des Tsadikim (qu’il s’agisse de personnages bibliques, talmudiques, etc.) agirent erronément, mais nous pouvons lire les versets de la Torah ou les enseignements de la Michna/Guémara et, une fois la faute déclarée par la Torah (écrite ou orale), à nous d’essayer de tirer leçon des divers comportements et d’améliorer notre attitude pour nous rapprocher de Hachem.
Cela dit, essayons de nous pencher sur le Kavod – le respect – et de nous focaliser sur cette Midda au sein du couple.
Et si tout commençait par le Kavod ?
Tout d’abord, définissons le concept de Kavod. Respecter l’autre revient à lui donner la place qui lui revient ; ni de le rabaisser ni de le flatter et le mettre à un niveau qui ne lui sied pas, ce qui serait hypocrite (donc une marque de « faux Kavod »).
La Rabbanite Kanievsky racontait que la plupart des femmes qui venaient se lamenter et raconter leurs problèmes de Chalom Bayit étaient des femmes avec un bon statut social, un superbe poste et une excellente Parnassa. Mais elles se sentaient seules dans leur vie de couple. La Rabbanite expliquait ce phénomène en rapportant les paroles de son beau-père, le Steipler. Ce dernier affirme que « le besoin essentiel de la femme (outre ses divers autres besoins qui ne sont pas à délaisser pour autant – vêtements, meubles, respect, rémunération, valorisation…), c’est de sentir que son mari l’aime. Et quand elle se rend compte que ce n’est pas le cas, elle en souffre tant que sa vie est presque en danger : elle se sent comme une “veuve mariée”, 'Hass Véchalom ». Parallèlement, le besoin essentiel du mari, c’est de se sentir honoré, de sentir que son Ratson (volonté) est respecté, que ses désirs sont satisfaits. C’est un besoin que Hachem a mis en l’homme, au même titre qu’Il a mis chez la femme le besoin d’être aimée.
Donner de la place pour recevoir de l’amour
Or, la seule et unique façon d’entrer dans le cœur du mari (= besoin essentiel de la femme), c’est de suivre son Ratson (= besoin essentiel du mari). Quand le mari sent son besoin comblé, il est disposé et capable de combler celui de sa femme.
C’est d’ailleurs le sens du verset qui parle de la malédiction de 'Hava : « ואל אישך תשוקתך והוא ימשול בך – Et vers ton mari sera ton désir et il te dominera ». (Béréchit 4,16)
Le verset suit une logique : pour que tu sois aimée, fais de ton mari un roi ! Respecte-le et il te fera la plus grande place dans son cœur.
Sur le verset précité, le Or Ha'haïm explique que 'Hava tenta d’être au-dessus de tout le monde (même de Hachem !!) en consommant du fruit interdit. En guise de Tikoun (réparation), Hachem lui rajouta un « מושל » : en plus de sa soumission à Hachem, elle va devoir soumettre ses volontés à celles de son mari et respecter ses désirs.
Mais comme nous l’avons expliqué, ceci est pour son bien, étant donné que finalement, cela lui permet de satisfaire son besoin fondamental d’être aimée.
En effet, sans ce Kavod, l’homme est capable d’obéir à sa femme et de faire tout ce qu’elle lui demande, mais il ne l’aime pas. La femme pense alors avoir le dernier mot, être celle qui prend les décisions et dont les volontés prévalent, mais finalement, elle a comblé quelques besoins annexes (de valorisation, etc.), mais elle perd son lien profond avec son mari, qui est son véritable besoin.
Bien entendu, cela ne veut pas dire qu’il est interdit d’avoir un avis différent de celui du mari, ni même de l’exprimer ! Mais il s’agit de ne pas s’imposer et de détruire le côté « Ba’al, maître », qui est en l’homme.
Fais de lui un roi et tu seras une reine !
Et bien entendu, on ne dit pas au mari d’être un dictateur et d’imposer son avis et ses désirs ! Le verset s’adresse à la femme qui doit apprendre à accepter le Ratson du mari afin d’être aimée. Hachem n’a jamais demandé à Adam Harichon : « ואתה תמשול בה – Tu la domineras. » Le Chalom Bayit réside quand la femme – d’elle-même fait de son mari le roi ! C’est dans ce genre de foyer que la Chékhina (Présence divine) s’installe.
La Guémara affirme aussi qu’il n’y a pas de femme plus « כשרה – apte, vertueuse » que celle qui respecte les volontés de son mari. L’auteur du Ménorat Hamaor garantit d’ailleurs que la femme qui fera de son mari un « maître » sera aimée. Lui sera roi et il fera de sa femme une reine !
On m’a déjà fait la remarque (dans le cadre de cours donnés aux femmes sur le Chalom Bayit) que tout cela s’appliquait certainement dans les temps anciens, mais que de nos jours, les femmes travaillent et sont indépendantes et d’un autre côté, les hommes sont plus à la maison et secondent leurs épouses. Il est vrai que la société a changé, mais ce besoin de Kavod chez l’homme et ce besoin d’amour chez la femme n’est pas un phénomène sociétal et il n’est pas non plus signe de mauvaises Middot. C’est tout simplement hormonal ! C’est ainsi que Hachem a créé les filles et les garçons et il suffit d’ailleurs d’observer les comportements des petites filles qui s’attachent à leurs poupées, à leurs maitresses, à leurs copines, etc., comparé aux petits garçons qui sont intéressés par des jeux dans lesquels ils ont un rôle de « leader ». Dès leur plus jeune âge, ils s’amusent à devenir des policiers, des pompiers, des chauffeurs de bus ou de camions…
Ce n’est pas fortuit si l’hormone prédominante chez la femme – l’ocytocine – est surnommée « hormone de l’amour » et que l’hormone prédominante chez l’homme – la testostérone – se fait appeler l’hormone du pouvoir. Un homme est, bien sûr, intéressé par le lien avec sa femme, mais à condition que son besoin fondamental ne soit pas compromis. Si son Kavod est ébranlé, il est parfois prêt à mettre de côté le lien conjugal !
Je vous souhaite un excellent mois de Iyar. Je vous ai donné du pain sur la planche (Pessa'h est fini😊) = essayer de travailler sur le Kavod du mari et de faire de cette tâche notre mission pour ces jours de Tikoun sur le manque de Kavod des disciples de Rabbi ‘Akiva.
PS : Je tiens à préciser que ce développement (le fait que le respect voué au mari permet à la femme d’être aimée) est valable et vérifié dans la plupart des couples, dès lors que la femme est disposée à travailler sur cette Midda (trait de caractère). Mais il existe des cas exceptionnels dans lesquels, malgré le Kavod sincère voué au mari, ce dernier utilise la place que sa femme lui donne pour la rabaisser et la soumettre davantage, au lieu de lui manifester son amour. Dans ce genre de situations, il convient de faire appel à un professionnel !




