Les pleurs du bébé, jusqu’à l’âge de trois mois, provoquent souvent une augmentation de la tension et de l’angoisse, en particulier chez les jeunes mères. Faut-il, pour autant, prendre le bébé dans les bras dès qu’il pleure ?
Nous savons que chaque enfant est différent, y compris ceux issus d’une même mère. Ce sujet, en apparence anodin, présente pourtant un véritable intérêt pédagogique, car il touche aux réactions non-dites, à la communication non verbalisée entre la mère et l’enfant. Les conseils et les ajustements de comportement ne peuvent, eux aussi, se mettre en place que dans l’intimité « secrète » de la relation mère-enfant.
Peut-on laisser pleurer un enfant sans éprouver de culpabilité ou de ressentiment ? De nombreuses études affirment que pleurer est bénéfique pour les poumons… et même pour les yeux ! Les pleurs sont-ils un caprice ? De l’ennui ? Un appel à l’aide ? Un langage à part entière par lequel le bébé cherche à communiquer ? L’enfant peut pourtant s’exprimer autrement : par des balbutiements, des sourires, des mouvements. Lorsqu’il pleure, cela signifie donc autre chose. Mais quoi exactement ?
Valérie me confie : « Mon enfant pleurait toute la nuit. C’était très dur. Après de nombreuses tentatives, il a fini par dormir grâce à un médicament. » L’enfant a aujourd’hui grandi, mais tous deux ont gardé un sentiment de « faillite » intérieure. Valérie se sent encore, des années plus tard, profondément désolée par cette expérience.
Que faut-il en penser ?
Différence entre besoin et désir
Certaines personnes estiment que si un enfant pleure, c’est nécessairement parce qu’il a besoin de sa mère, plus qu’un autre enfant. Ce serait un besoin interne, fondamental, qui, s’il n’est pas comblé à cet âge, deviendrait plus difficile à satisfaire plus tard.
Une telle affirmation interpelle et soulève une question délicate : à quoi peut conduire une telle interprétation ? Maman, tu n’as plus de liberté. Tu es obligée de prendre ton enfant dans les bras. C’est presque une question de vie ou de mort. Une telle pression peut provoquer des dégâts et des blessures, à D.ieu ne plaise.
Chaque mère doit pouvoir se libérer de cette angoisse et se positionner en éducatrice, en pédagogue. Elle se sentira alors plus apaisée. Oui, le bébé pleure parce qu’il désire la présence de sa mère. Et quoi de plus proche, de plus réconfortant que les bras maternels ? Mais en a-t-il besoin pour autant ?
Un besoin est objectif et nécessite une réponse adaptée. Il se distingue du désir, qui peut être satisfait… ou non.
Chaque enfant possède une perception extrêmement fine, un don accordé par Hachem, qui lui permet de ressentir très précisément l’état émotionnel de sa mère. Il sent son agitation, son inquiétude, et comprend qu’elle est prête à tout lorsque les pleurs surgissent. Toute mère cherche naturellement la cause des pleurs : la faim, l’inconfort, la couche sale, une mauvaise position. Si tout est en ordre, les pleurs ne font que confirmer une chose : le bébé désire être dans les bras de sa mère.
Et l’enfant le sait. Il a déjà fait l’expérience que cela fonctionne. Il est donc prêt à pleurer longtemps pour obtenir ce qu’il souhaite et il a raison.
Éducation
Chaque bébé doit se développer et s’adapter aux exigences de la vie. Il a besoin… d’éducation. L’éducation commence à la naissance, et même avant. Un enfant doit apprendre à attendre, à se maîtriser, à différer ses exigences, à collaborer et à comprendre qu’il fait partie d’une famille.
Tant que l’enfant perçoit que sa mère est malheureuse, anxieuse, ou qu’elle redoute ce qui pourrait arriver si elle ne le prend pas dans les bras, il intensifiera ses pleurs pour la convaincre qu’elle doit vraiment le faire. Il pleurera, criera, hurlera, jusqu’à obtenir satisfaction.
Ces cris expriment un désir puissant — le désir d’être pris dans les bras — mais ce n’est pas un besoin vital. Un désir peut parfois être satisfait, parfois non. La mère n’est pas obligée de l’assouvir.
Il se peut que ce soit le moment pour elle de se reposer, de manger, de dormir, de cuisiner ou de s’occuper d’un autre enfant. Dans ces situations, la mère a elle aussi de véritables besoins — pour elle-même ou pour sa maison. Et un besoin ne doit pas être annulé au profit d’un désir, aussi fort soit-il.
Message transmis
Lorsque cette distinction est intégrée par la mère, elle peut être transmise naturellement à l’enfant. Comment ? L’enfant, doté de ses « sens aiguisés », comprendra que maman ne le prend pas automatiquement après chaque cri. Elle pourra dire calmement : « Mon chéri, ton frère a aussi besoin de moi. », « Je dois faire une machine à laver. », « Attends, je reviens. », « Je dois cuisiner. »
Et même : « J’aurais aimé jouer avec toi, mais je te laisse avec ce jouet, ou avec ton frère. Et si tu choisis de pleurer, c’est aussi possible. Quoi qu’il arrive, je t’aime. »
Prononcées avec sérénité, sincérité et sans culpabilité, ces paroles sont comprises. L’enfant capte le message verbal ou non, et apprend que réclamer les bras à tout prix n’est pas la seule solution. Pour se renforcer, la mère pourra se rappeler que des chercheurs ont constaté que les pleurs sont bénéfiques pour le corps !
Un désir n’est pas sans importance, mais il reste inférieur à un besoin réel.
Sans mots
Un enfant peut supporter de ne pas être pris dans les bras sans subir de dommages irréversibles. En revanche, pour son éducation, il est indispensable qu’il reçoive un message clair, unique et cohérent. Les messages paradoxaux troublent profondément et ne construisent pas. Et il va de soi que nous parlons ici de messages… sans mots.
Chère mère, si vous ne pouvez pas — ou même si vous ne voulez pas — vous n’avez pas moins de droits que votre enfant. Chaque mère définit ses besoins et ses limites. La fatigue doit être prise en compte.
Les sens de l’enfant sont extrêmement affûtés. Il absorbe bien plus que les paroles. Les messages non verbaux sont souvent plus puissants que les actions elles-mêmes. Et même lorsque nous tentons de couvrir nos actes par des mots, les enfants savent lire… au-delà des mots.
Conclusion
La Torah ne demande jamais à l’homme — ni à la mère — de s’annuler. Elle enseigne au contraire la justesse, la mesure et la vérité intérieure. Un enfant a besoin de sécurité, de stabilité, d’amour. Mais l’amour authentique ne consiste pas à répondre à chaque désir immédiat ; il consiste à transmettre un cadre clair, apaisant et cohérent.
Le roi David Hamélèkh décrit l’état spirituel le plus élevé non comme une fusion permanente, mais comme une paix intérieure acquise après le sevrage : « Tel un enfant sevré auprès de sa mère, mon âme est calme en moi » (Téhilim 131,2). Ce verset nous enseigne que la maturité — affective comme spirituelle — naît précisément de cette capacité à ne pas tout recevoir immédiatement, à tolérer l’attente, à intégrer la frustration sans perdre le lien.
Rabbi Na'hman enseigne également que les pleurs apportent du Da’at, une forme de clarté et d’intelligence.
Nos Sages rappellent que celui qui satisfait tous les désirs ne fait que les multiplier. Le désir non structuré ne se calme jamais, tandis que le besoin reconnu et satisfait à bon escient apaise profondément.
Ainsi, une mère qui agit avec sérénité, sans se forcer, ni se culpabiliser, transmet à son enfant un message fondamental : Je t’aime, même lorsque je ne te prends pas dans les bras. Ce message silencieux, mais puissant, construit un être capable d’aimer sans dépendre, de désirer sans exiger, et de grandir sans se perdre.
L’éducation commence dès les premiers pleurs — non pas pour réprimer, mais pour orienter, non pas pour frustrer, mais pour structurer. Et c’est précisément cette clarté tranquille qui transforme l’amour maternel en véritable force éducative...




