L’histoire tragique de Kora’h nous enseigne des leçons fondamentales sur la façon dont même les personnes importantes peuvent en venir à commettre de graves fautes à cause de défauts subtils. Les protagonistes de la rébellion de Kora’h étaient tous justes et vertueux et avaient des raisons apparemment valables de s’opposer à Moché Rabbénou, mais en fait, ils furent influencés par leurs Néguiot (préjugés) qui les entraînèrent à la faute.

Kora’h lui-même était à un très haut niveau : le Midrach[1] le décrit comme étant très sage ; il méritait de porter le Aron Hakodech. Rachi[2], affirme qu’il bénéficia même du Roua’h Hakodech (inspiration divine) ! Alors comment a-t-il pu en venir à croire que Moché Rabbénou avait inventé des passages de la Torah et à provoquer des dommages aussi graves au sein du Klal Israël ? Nos Sages expliquent que Kora’h a vu, par Roua’h Hakodech, qu’il aurait des descendants vertueux (et parmi eux, le prophète Chmouel). Cela le convainquit du fait qu’il sortirait indemne de cette rébellion et que ses actions étaient justifiées. Mais il faisait erreur ; cette illustre descendance lui fut accordée par le mérite de ses fils qui se repentirent. Kora’h était tellement sûr de la justesse de ses actes qu’il pensait qu’Hachem accepterait sa Kétoret plutôt que l’offrande d’Aharon. Il était vraiment certain d’avoir raison et d’agir Léchem Chamaïm.

Les deux cent cinquante Anciens qui ont également rejoint la rébellion sont également décrits comme de grands Tsadikim ; bon nombre d’entre eux étaient prophètes. Le Natsiv[3] explique que leurs intentions étaient pures et qu’ils désiraient atteindre une plus grande proximité avec Hachem en participant au service des Cohanim. Le Natsiv affirme même qu’ils pensaient mourir pour avoir effectué ce service, mais qu’ils étaient prêts à sacrifier leur vie pour pouvoir atteindre cette « proximité » avec Hachem, Le Natsiv les compare également à Nadav et Avihou qui désiraient également une plus grande proximité avec Hachem.

Onn Ben Pelet fut un autre membre de la rébellion. Il est décrit au début de la Paracha comme l’un des meneurs de la révolte, mais son nom disparaît ensuite, car il s’est retiré de la dispute. Le ’Hidouché Lev[4] souligne ses motifs apparemment purs[5]. La Guémara enseigne que son nom « Onn » fait allusion à son repentir quant à son implication dans l’insurrection, quand il affirma « Béaninout ». Le fait que l’on précise qu’il soit issu de Réouven (Bné Réouven) est une allusion au fait que « Hou Raa Véhévin » - il a vu et a compris que le comportement de Kora’h n’était pas correct et par conséquent, il s’est écarté de son assemblée.

Ainsi, tous les participants à la révolte avaient des motifs apparemment justes. Or, il est évident que s’ils avaient vraiment agi Léchem Chamaïm, il leur aurait été impossible de commettre une faute aussi grave. Une analyse plus approfondie montre qu’ils étaient tous affectés de défauts subtils qui influencèrent leur comportement.

En ce qui concerne Kora’h, nos Sages nous dévoilent le motif sous-jacent de ses « nobles » arguments selon lesquels Moché s’était emparé de trop de pouvoir alors que tout le peuple était saint. Yitsar, le père de Kora’h, était le deuxième fils de Kéhat, après Amram. Le fils d’Amram, Moché Rabbénou, a été choisi pour être le chef du peuple juif, et Aharon a été nommé Cohen Gadol. Kora’h, étant le fils aîné de Yitsar, s’attendait à être nommé Nassi de la tribu de Lévi, mais c’est plutôt Elitsafan qui fut choisi. Ouziel, le père de ce dernier, était le plus jeune des quatre fils de Kéhat. Kora’h estima que c’était illégitime, et cette « injustice » l’incita à attaquer Moché Rabbénou. Ainsi, sous ses arguments pharisaïques, Kora’h était en proie à la jalousie et à la recherche des honneurs. 

Les deux cent cinquante Anciens qui se sont aussi rebellés étaient en grande partie de la tribu de Réouven. Kora’h les encouragea à se rebeller contre Moché arguant que Réouven était l’aîné des tribus, et qu’il méritait donc la Kéhouna (le statut de Cohen). Malgré leur désir apparent de proximité avec Hachem, il semble qu’eux aussi aient été touchés par la jalousie et le désir d’honneurs.

Enfin, les véritables intentions de Onn Ben Pélet sont également révélées par la Guémara[6] qui raconte que la femme de ce dernier le persuada de se retirer de la discorde. Elle estimait qu’il n’avait rien à gagner à s’associer à la rébellion de Kora’h. Que Moché soit le chef, ou que Kora’h prenne le relais, Onn resterait soumis à une autorité, alors à quoi bon s’impliquer ? Cet argument a fonctionné et Onn a pris du recul, ce qui lui sauva la vie.[7] Le ’Hidouché Lev note une contradiction - cette Guémara montre que la véritable intention de Onn était bien de recevoir des honneurs et de monter au pouvoir. Or ’Hazal affirment qu’il s’était sincèrement repenti et avait réalisé son erreur. En fait, sa femme comprit qu’il désirait les honneurs et que cela dictait son comportement. Son repentir ultérieur fut secondaire par rapport à sa prise de conscience (qu’il n’avait rien à gagner à s’associer à la dispute).

Ainsi, d’illustres personnages furent convaincus qu’ils agissaient Léchem Chamaïm et pourtant, au fond, ils étaient motivés par des motifs moins nobles, ce qui eut des conséquences désastreuses. Chacun à son niveau doit se montrer très prudent quand il croit agir « Léchem Chamaïm » alors qu’en vérité, il est poussé par des motifs moins altruistes. Surtout lorsqu’une personne est impliquée dans des différends ou autres interactions négatives avec autrui, elle doit être très attentive à ses arrière-pensées. Il est essentiel de discuter de la situation avec un Rav ou avec un conseiller objectif qui peut l’aider à discerner ses véritables intentions et lui dire si ses actions sont vraiment justifiées.

Puissions-nous tous mériter de tirer leçon de ce passage tragique de la Torah et réaliser à quel point il peut être dangereux d’être convaincu que l’on agit Léchem Chamaïm.

 

[1] Bamidbar Raba, 18,3.

[2] Rachi, Bamidbar 16,7, « Rav Lakhem ».

[3] Emek Davar, Bamidbar 16,1.

[4] Sanhédrin, 109 b.

[5] ’Hidouché Lev Bamidbar 16,1.

[6] Sanhédrin, 109 b.

[7] La Guémara raconte également que lorsque les adeptes de Kora’h sont venus chercher Onn pour se joindre à la dispute, elle a découvert ses cheveux, ce qui les fit fuir.