« Je suis Hachem, ton D.ieu, qui t’ai fait sortir de la terre d’Égypte, d’une maison de servitude. »[1]

Le premier des Dix Commandements correspond à la Mitsva de Émouna, de croire en Hachem, en tant que D.ieu unique, origine de toute existence, Qui crée constamment et pourvoie aux besoins de toute créature.[2] Un autre concept se joint à la Émouna, celui du Bita’hon, la foi en D.ieu. Est-ce une partie de l’obligation de Émouna ou bien une notion indépendante qui n’est incluse dans aucune Mitsva particulière ? Le ’Hazon Ich explique que le Bita’hon est intrinsèquement lié à la Émouna, c’en est même une conséquence logique ; le devoir de Émouna demande de croire à certains principes fondamentaux – la Providence divine, la Toute-puissance d’Hachem… – tandis que le Bita’hon c’est mettre cette croyance en pratique. Si l’individu n’en est pas capable, cela montre une faille dans sa Émouna.

Prenons l’exemple d’un homme que l’on nommera Réouven et qui exprime constamment sa Émouna, il déclare que tout ce qu’il a lui vient d’Hachem, que sa subsistance provient de D.ieu, qu’il n’y a aucune raison de s’en inquiéter. Un jour, quelqu’un ouvre un commerce concurrent au sien et soudain, la Émouna de Réouven s’affadit ; ce dernier commence à se préoccuper de son avenir. Sa foi semblait inébranlable quand tout allait bien, mais devant l’épreuve, il ne parvint pas à faire preuve de suffisamment de Bita’hon ; ce qui montre en fait que sa Émouna n’était pas si sincère.[3]

Le Nétivot Chalom développe notre compréhension du Bita’hon en précisant qu’il comprend deux niveaux. Il y a le Bita’hon passif et le Bita’hon actif. Le premier s’applique lorsqu’on se trouve dans une situation difficile, mais que l’on ne peut rien changer à la réalité – dans ce cas, notre tâche consiste à croire que tout ce qui arrive est pour le bien. Le Bita’hon actif devient nécessaire quand la personne doit faire quelque chose qui prouve sa confiance en D.ieu. Lors de l’ouverture de la Mer des Joncs, par exemple, Moché Rabbénou et le peuple juif ont imploré Hachem de les sauver de l’armée égyptienne. Hachem leur dit d’arrêter de prier et d’entrer dans la mer. Le Nétivot Chalom[4] explique que pour pouvoir mériter un tel miracle, les Bné Israël devaient montrer une foi totale en Hachem Qui est capable de transcender les lois de la nature. Ils devaient croire que si D.ieu souhaitait qu’ils traversent la mer, Il pouvait rendre l’impossible possible.

Nous déduisons des enseignements du ’Hazon Ich et du Nétivot Chalom qu’une réelle Émouna ne se manifeste que chez la personne prête à agir avec une foi totale en D.ieu, au point que, quand telle est la Volonté Divine, elle entreprenne certaines actions avec l’intime conviction qu’Hachem peut l’aider à réussir.

C’était le niveau que l’on pouvait trouver chez le Rav Noa’h Weinberg. Il vivait sa Émouna. Lors de ses Chiva (semaine de deuil), sa fille raconta qu’un champion d’échecs arriva un jour à la Yéchiva Aish Hatorah (que Rav Weinberg dirigeait), y étudia quelques jours, puis décida de s’en aller. Rav Noa’h lui lança comme défi une partie d’échecs ; si le disciple gagnait, il pouvait partir, mais dans le cas inverse, l’élève devrait rester. Étonnamment, c’est Rav Noa’h qui remporta la partie. Quand on lui demanda comment il avait osé proposer un tel pari, il répondit qu’il savait qu’Hachem voulait que le jeune homme reste, donc il était sûr qu’Il le ferait gagner.[5]

Ce niveau nous semble difficile à atteindre. Mais il faut savoir que sa grandeur dans ce domaine et dans bien d’autres n’était pas innée – elle était le résultat d’un long travail sur l’amélioration de sa relation avec Hachem. Il enjoignait toujours à ses élèves d’étudier et d’intérioriser les six Mitsvot Tmidiot (que l’on peut accomplir de manière constante), à commencer par la Émouna. C’est la clé pour atteindre le niveau de Bita’hon actif que les Juifs atteignirent lors de la traversée du Yam Souf et qu’incarnait rav Noa’h Weinberg.

Puissions-nous tous mériter d’apprendre de ce remarquable personnage et de concrétiser son rêve de voir tous les Juifs revenir vers leur Père.



[1] Parachat Yitro, Chémot, 20:2.

[2] Voir Rambam, Séfer Hamitsvot.

[3] Voir Émouna et Bita’hon du ’Hazon Ich, 2e Partie.

[4] Nétivot Chalom, Parachat Béchala’h.

[5] Entendu de la Rabbanite Guila Manolson.