Dans la Parachat ’Hayé Sarah, il est écrit dans le Midrach que le Satan tenta par tous les moyens de dissuader Avraham Avinou d’accomplir le sacrifice d’Its’hak, son fils. Ainsi, même lorsqu’un ange se révéla à Avraham et lui dit : « N’envoie pas ta main contre le jeune homme » (Béréchit 22:12), Avraham craignit que cela ne fût encore le Satan et ne voulut pas y croire, jusqu’à ce que Hachem Lui-même lui dise de ne rien faire au jeune homme. Que fit le Satan à ce moment-là ? Il est écrit dans Pirké Dérabbi Eliézer (32:8) que le Satan n’abandonna pas et se rendit auprès de Sarah Iménou. Il lui dit : « N’as-tu pas entendu ce qui se passe dans le monde ? Ton mari est devenu fou, il a pris Its’hak et l’a égorgé ». En entendant ces mots, Sarah, accablée par la douleur, perdit sa vie et mourut. Les commentateurs se demandent : est-ce cela la Torah et son juste salaire ? Comment est-il possible qu’un tel malheur s’abatte sur Avraham Avinou après qu’il ait montré une telle abnégation et après qu’il ait suivi le commandement de D.ieu, qu’il retourne maintenant chez lui pour voir Sarah, son épouse, mais qu’elle ne soit plus parmi les vivants ?

Mais la vérité est que le moment était venu pour Sarah de quitter ce monde, comme le dit la Torah : « Les années de la vie de Sarah furent de cent […] les années de la vie de Sarah » (Béréchit 23:1). Cependant, Hachem souhaita que Sarah quitte ce monde par le mérite d’une Mitsva, et non par une mort naturelle. C’est pourquoi elle mourut en lien avec la 'Akéda de Its’hak, afin que sa mort protège le peuple d’Israël dans le futur. Cependant, aux yeux du monde, cela ne semblait pas juste, car il semblait qu’il y avait eu une profanation du Nom divin – qu’Avraham Avinou, en écoutant D.ieu et en accomplissant Son commandement, ait perdu son épouse à cause de la 'Akéda. Peut-être aurait-Il dû empêcher la mort de Sarah pour éviter cette possible profanation du Nom divin ?

La réponse est remarquable. Il est écrit dans le Midrach que Haman le méchant avait l’intention d’exterminer, de tuer et de détruire tous les Juifs. De plus, en raison de sa grande perversité, il était aussi un homme astucieux. Il savait que pour le peuple d’Israël, il y a des fêtes et des moments sacrés et que, pendant ces périodes, il est impossible de leur faire du mal. C’est pourquoi il commença à examiner les mois, et lorsqu’il vit que le mois de Tichri était rempli de fêtes et de prières, et que le mois de Nissan comprenait la fête de Pessa’h, il chercha un mois sans fête. En arrivant au mois de ’Hechvan, il constata qu’il n’y avait pas de fête pendant ce mois-là, et qu’il semblait adapté pour mettre en œuvre son décret. Mais alors, il découvrit que Sarah Iménou était décédée dans ce mois-là, et il se dit que c’était la raison pour laquelle il ne pourrait rien faire contre eux. Finalement, il choisit le mois d’Adar, et pourquoi ? Parce que c’est dans ce mois que Moché Rabbénou mourut.

La question est poignante. Le Rav Chlomo Elkabets dans son livre « Manot Halevi » pose la question suivante : pourquoi, lorsque Haman vit la mort de Sarah, il s’abstint de choisir le mois de ’Hechvan, et pourquoi, lorsqu’il arriva au mois d’Adar, mois de la mort de Moché Rabbénou, il choisit ce mois pour tenter de nuire au peuple d’Israël ? Quelle est la différence entre la mort de Sarah et celle de Moché ?

Le Rav répond d’une manière remarquable, qui constitue la base de tout notre service de D.ieu dans ce monde. Il explique que la mort de Moché Rabbénou résulta d’un péché lié à la querelle des eaux de Mériva, comme Moché lui-même le dit : « Aussi, D.ieu s’irrita contre moi à cause de vous » (Dévarim 1:37). Si la mort de Moché est liée à une faute, alors on peut y voir matière à accusation, car une faute laisse une trace qu’il est difficile d’effacer rapidement, ce qui permet à l’accusateur de revenir à la charge pendant de longues années. Cependant, ce n’est pas le cas pour Sarah Iménou, qui mourut après l’épreuve de la 'Akéda. Par conséquent, sa mort était le résultat d’un acte de Mitsva et de Messirout Néfech. C’est pourquoi Haman, voyant cela, comprit qu’il ne pourrait rien faire contre le peuple d’Israël en ce mois-là, car Sarah mourut suite à un acte de dévouement pour D.ieu, et ses mérites protègent Israël.

Cela montre le mérite de la Messirout Néfech, qui protège le peuple d’Israël pour les générations futures, durant le mois de ’Hechvan. En revanche, le péché des eaux de Mériva restera un souvenir dans les générations futures, et quiconque cherchera à nuire au peuple d’Israël à cause de ce péché pourra, malheureusement, le faire. Cela souligne la gravité d’un péché. Parfois, une personne peut penser : « Si je transgresse une seule Mitsva, ce n’est pas grave, car la plupart du temps je respecte les Mitsvot, j’étudie la Torah et je sers D.ieu. Que pourrait-il se passer à cause d’une seule transgression ? » Mais si cette personne savait combien une faute altère les mondes supérieurs, elle serait terrifiée à l’idée de commettre même un seul péché. C’est ainsi que le péché laisse une empreinte durable dans les générations futures.

Lorsque Roch Hachana tombe un Chabbath, on ne sonne pas du Chofar. La raison donnée dans le Talmud est qu’il existe une crainte qu’une personne prenne le Chofar, aille rechercher un expert pour apprendre à souffler dedans, et, en chemin, porte le Chofar dans la rue pendant quatre Amot, ce qui est interdit le Chabbath. C’est pourquoi les Sages ont décrété qu’on ne sonne pas du Chofar le jour de Roch Hachana quand il tombe un Chabbath. Mais de qui parle-t-on ici ? Il s’agit d’une personne qui pourrait ne pas savoir comment souffler dans le Chofar. En général, la personne qui souffle dans le Chofar avant Roch Hachana s’entraîne des mois à l’avance et est expérimentée dans cet art. Pourquoi cette règle s’applique-t-elle à quelqu’un qui sait souffler dans le Chofar ? La réponse est qu’il pourrait arriver qu’un Ba’al Tokéa, ne se soit pas préparé, qu’il n’ait pas appris les souffles nécessaires et qu’il attende le dernier moment, se rendant ainsi chez quelqu’un pour qu’il lui apprenne, ce qui l’amènerait à porter le Chofar dans la rue, ce qui est interdit.

Les Sages ont décrété que l’on ne sonne pas du Chofar le Chabbath, bien que cela soit un acte d’expiation pour le peuple d’Israël. Il est écrit dans ’Hazal que D.ieu descend du trône de justice et s’assoit sur le trône de miséricorde. Le Chofar attire la défense pour les enfants d’Israël, et grâce à cela, ils obtiennent l’expiation et une bonne année. Cependant, si le Chofar peut entraîner une personne à fauter, on annule toute sonnerie du Chofar le Chabbath. Il est impressionnant et effrayant de voir à travers ces paroles la puissance de la faute. Cela était aussi le cas pour Adam Harichon, qui a péché avec une faute légère, et c’est le serpent qui l’a tenté. Pourtant, jusqu’à aujourd’hui, nous souffrons à cause de la faute d’Adam Harichon, et cette faute ne sera corrigée que dans le futur.

Il est donc nécessaire que chaque personne, avant de penser, que D.ieu préserve, à commettre une faute, même la plus petite, prenne conscience de ce qu’elle s’apprête à faire. En effet, elle commet quelque chose dont personne ne peut savoir si cela pourra être réparé. Bien qu’il soit certain qu’il existe une réparation pour toute chose, toutefois il est très difficile d'atteindre le niveau spirituel d’avant le péché.

Il y a de nombreuses années, dans la ville du Maharcha, deux associés se lancèrent dans le commerce des tissus. Ils apprirent l’existence d’une affaire rare dans une ville éloignée. Une veuve, dont le mari avait laissé un grand stock de tissus précieux, souhaitait les vendre à bas prix. L’un des associés se rendit pour conclure l’affaire, et les bénéfices devaient être partagés entre eux. Il arriva chez la veuve un vendredi, ils s’accordèrent sur le prix, mais il restait encore des points à discuter. Voyant l’heure du Chabbath approcher, il dit à la veuve qu’il ne voulait pas conclure dans la précipitation et demanda de reporter l’affaire après Chabbath. La veuve accepta, et il retourna dans sa chambre, respectant le Chabbath comme il se doit.

Cependant, au milieu du Chabbath, la veuve envoya un messager pour lui annoncer qu’une autre opportunité d’affaire venait de se présenter. Elle lui proposa de lui vendre les tissus immédiatement au prix convenu, ou bien elle se tournerait vers d’autres commerçants. L’associé fut choqué : comment pouvait-il violer le Chabbath pour une affaire, même s’il s’agissait d’une grande opportunité ? Il n’avait jamais transgressé Chabbath auparavant. Mais la veuve resta sur sa position. Il se retrouva dans un dilemme, d’un côté le Chabbath Kodech, et de l’autre côté l’opportunité commerciale. Finalement : « l'argent répond à tout », et il conclut l’affaire, paya et prit les tissus, tout en violant ainsi le Chabbath. Il retourna dans sa chambre, heureux des profits qu’il allait faire grâce à la vente des tissus, mais se sentit coupable. Comment avait-il osé violer le Chabbath ?

Il retourna dans sa ville, en pleurs, incapable de se pardonner. Lorsque les associés se rencontrèrent, l'associé remarqua ses yeux rouges et lui demanda ce qui s’était passé. Il lui raconta l’histoire. L’associé lui répondit : « Pourquoi t’inquiéter ? Nous avons fait l’affaire. Il est impossible de laisser passer une telle opportunité. D.ieu comprendra ». Mais il ne trouva pas de réconfort et, dans les jours qui suivirent, il n’arriva pas à retrouver son état normal. Son associé s’approcha et lui dit : « Je vois que tu continues à souffrir. Je suis prêt à racheter ta faute. Es-tu prêt à la vendre ? » « Si seulement je pouvais », répondit l'homme tourmenté. « Je suis prêt à vendre ma faute contre toute ma part des bénéfices ». Ils signèrent un accord et le scellèrent par un geste de la main. ÀA cet instant, l’associé qui avait transgressé le Chabbath ressentit un soulagement. Baroukh Hachem, l’ange de la mort se détourna de lui et le péché s’éloigna.

Après plusieurs années, l’associé qui avait acheté la faute fut appelé devant le tribunal céleste, où il fut jugé, et on lui dit : « Tu as profané le Chabbath ! » Le commerçant répondit : « Ce n’est pas possible, je n’ai jamais profané le Chabbath ! Je respecte le Chabbath et veille même sur les moindres détails ». Lorsqu’on lui montra la profanation du Chabbath qu’il avait commise, il s’écria : « Ce n’est pas possible, ce n’est pas moi qui l’ai faite ! Je l’ai seulement achetée pour que l’associé cesse de souffrir ». Mais dans le monde de vérité, les excuses ne sont d’aucune utilité. Il pleura et supplia, et finalement on lui dit : « Tu as la permission d’apparaître en rêve à ton associé, et s’il accepte, un Din Torah sera fait entre vous dans les cieux ».

Cette même nuit, il apparut à l’associé en rêve et, d’un air sombre, lui dit : « Je veux que tu viennes avec moi au tribunal céleste pour un Din Torah sur la faute que je t’ai achetée ». L’associé se leva, fatigué le matin, mais au fil de la journée, le rêve s’échappa de sa mémoire. Dans les jours suivants, il eut le même rêve à plusieurs reprises, mais il n’arrivait pas à l’oublier, ni à s’en détacher. Son état de santé physique et mental se détériorait. Il se tourna vers ses proches inquiets et leur dit : « Je ne veux pas aller en Din Torah dans les cieux, s’il vous plaît, emmenez-moi chez le Maharcha ». Il raconta l'histoire devant le Rav. Le Maharcha écouta et répondit : « S’il revient en rêve, dis-lui que la Torah est sur terre, qu’elle n’est pas dans les cieux, et que s’il veut un Din Torah qu’il vienne vers toi, autrement il n’y aura pas de Din Torah ».

Cette nuit-là, le défunt arriva à nouveau en rêve et le partenaire lui répondit les paroles du Maharcha. Le défunt accepta de venir et ainsi le Maharcha établit un Din Torah et demanda à tous les habitants de la ville de venir au Beth Din, afin qu’ils puissent voir qu’il y a une loi et qu’il y a un Juge, et qu’aucune action n’est oubliée dans les cieux, mais elle demeure pour les générations à venir. Le jour arriva et l’envoyé du tribunal se rendit au cimetière pour convoquer le défunt. Au moment où nous avons constaté que le défunt se trouvait derrière la clôture préparée pour lui, le Maharcha demanda au partenaire de parler, et il commença à raconter toute l’histoire avec la veuve, et il affirma que la vente avait été légale et conforme à la loi. Le défunt avait acquis la profanation du Chabbath, ce péché ne lui appartenait plus et il ne le désirait pas. Le Maharcha se tourna vers l’âme qui répondit : « J’ai fait cela pour son bien, je voyais qu’il ne pouvait plus continuer à vivre normalement, mais je n’avais pas l’intention d’acheter sa part dans le péché, est-ce qu’il serait possible de croire qu’à cause d’une convoitise d’argent, je consente à souffrir en enfer pour les générations à venir ? »

Le Maharcha et le Beth Din se concertèrent, et après un certain temps, le Maharcha trancha : « Il n’y a pas lieu de contester la vente, le défunt a acquis la faute en bonne et due forme. Cependant, en raison de la souffrance du défunt, je prends sur moi-même de réparer sa faute ». L’âme entendit les paroles du Rav et commença à pleurer de manière intense. Tous ceux qui étaient présents furent effrayés en entendant le son des pleurs de l’âme venant des mondes supérieurs. La même semaine, le Maharcha réunit les habitants de la ville et leur dit : « Voyez-vous la puissance d’une seule profanation du Chabbath et combien elle affecte l’homme dans le monde supérieur ? Un homme peut observer toute la Torah, mais il ne connaîtra pas de repos dans le Gan Eden ».

C’est ce qu’on apprend de cette Paracha. Sarah Iménou a vécu avec une Messirout Néfech pour les générations futures, et grâce à elle, il est impossible de nuire au peuple d’Israël. Cependant, en raison du péché de l’eau de Mériva, un péché grave et terrible, il est possible de décréter des décrets « pour détruire, tuer et anéantir ». C’est la puissance du péché. Combien devons-nous nous renforcer et ne pas nous laisser tromper, en pensant que nous sommes à l’abri et que tout ira bien, car l’inclination au mal se tient à côté, « le péché guette à la porte », et nous devons être vigilants face à toute tentation de péché. Ainsi, Hachem nous donnera de la Siyata Dichmaya, car celui qui vient pour se purifier, on l’aide à le faire.