Yoma 86b : Pourquoi dévoiler...

Rédigé le Dimanche 12 Avril 2015
La question de Michaël B.

Chalom,

Dans le traité Mena'hot (63a), la Michna rapporte la question soulevée par Rabbi Yossi HaGlili : "Quelle différence entre la Ma'havat [l'oblation (Min'ha) sur la poêle] et la Mar'hechet [l'oblation dans le poêlon]". Et Rabbi Yossi Haglili de répondre que le premier ustensile (Ma'havat - la poêle) n'avait pas de couvercle tandis que le second (Mar'hechet - le poêlon) en possédait un.

Sur cette Michna, le Ben Ich 'Haï (dans son commentaire sur les Haggadot du Talmud : Benayahou) demande : pour quelle raison la Torah fait-elle une différence entre ces deux ustensiles, pourquoi l'un a-t-il un couvercle et l'autre pas ? Le Ben Ich 'Haï répond en rapportant l'enseignement du traité Yoma (86b) qui met en contraction deux versets :

1) Téhilim (32;1) : "Heureux celui dont les fautes sont remises, dont les péchés sont couverts". Ce verset nous suggère qu'il est bien pour un homme de cacher ses fautes, de ne pas les dévoiler.

2) Michlé (28; 13) : "Celui qui cache/dissimule ses péchés n'aura pas la réussite". Ce qui laisse entendre, contrairement au premier, qu'il ne faut pas cacher ses fautes.

Le Talmud poursuit et nous répond qu'il n'y a en réalité aucune difficulté à résoudre ce problème, le premier verset faisant référence aux commandements : "Ben Adam Lamakom" (entre l'homme et Son Créateur), tandis que le deuxième verset fait références aux commandements "Ben Adam La'havéro" (entre un homme et son prochain). Ainsi, lorsqu'un homme commet un péché envers Hachem, il ne doit pas le dévoiler, mais au contraire le cacher (comme suggéré dans le psaume 32).

Entre un homme et son prochain, c'est différent, la faute ne doit pas demeurer secrète, afin de permettre à l'entourage d'encourager "la victime" à pardonner à "l'agresseur". On comprend ainsi la différence entre la Mar'héchet (avec couvercle, car elle venait expier les fautes Ben Adam Lamakom) et la Ma'havat (sans couvercle, car elle venait expier les fautes Ben Adam La'havéro qu'il était bien de dévoiler aux autres).

Ma question : comment comprendre cet enseignement ?

En dehors de l'explication ramenée par le Talmud, en quoi est-il positif de dévoiler publiquement une faute commise entre l'homme et son prochain ?

Prenons quelques exemples : Chimon médit sur son ami Levy (Lachon Hara'); Réouven offense/insulte Raphael (Honaat Devarim); Dan vole son employeur en arrivant tous les matins avec 30 minutes de retard (Guézel).

Dans ces trois cas, ne vaut-il pas mieux que le problème se règle seulement entre les personnes concernées [le pêcheur et la victime] ? Pourquoi devoir dévoiler au grand public la faute commise ? N'est-ce pas là rajouter une gêne/honte supplémentaire au pêcheur ?

A moins que l'enseignement du Talmud ne s'applique qu'à certains types bien précis de fautes Ben Adam La'havéro qu'il faudrait effectivement ébruiter, auquel cas je serais grandement intéressé à en savoir un plus sur le sujet.

Merci et Kol Touv.

PS : je me suis aidé du commentaire tiré du livre "La Paracha" sur Tsav (édition Leket Eliaou, pages 70-73) pour rapporter cet enseignement.

La réponse de Rav Gabriel DAYAN
Rav Gabriel DAYAN
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Bonjour,

La réponse à votre question se trouve dans l'explication de Rachi [passage "'Avérot Chében Adam La'havéro"] sur l'enseignement du Talmud dans Yoma 86b :

Ce pourquoi il faut dévoiler ses fautes, c'est uniquement dans le but d'obtenir le pardon de celui envers qui le fauteur a commis une faute.

Explication :

Celui envers qui l'on a fauté pourrait refuser de pardonner, même si le fauteur est parfaitement sincère [c'est assez naturel].

Il est donc vivement conseillé au fauteur de dévoiler sa faute aux autres afin que ces derniers puissent convaincre celui envers qui il a fauté de ne plus éprouver de ressentiments envers le fauteur et de lui accorder son pardon.

Il ressort clairement de cette explication de Rachi :

1. Si le fauteur connaît une personne bien précise qui saura convaincre la victime, il n'est plus nécessaire de dévoiler la faute à d'autres personnes.

2. Si le fauteur a déjà obtenu le pardon, il n'est plus nécessaire de dévoiler sa faute à qui que ce soit.

Votre question est :

"Comment comprendre cet enseignement ?

En quoi est-il positif de dévoiler publiquement une faute commise entre l'homme et son prochain ? Pourquoi devoir dévoiler au grand public la faute commise ? N'est-ce pas là rajouter une gêne/honte supplémentaire au pêcheur ?"

Elle est donc résolue.

Rabbi Meir Sim'ha Hacohen dans "Or Saméa'h" expliquant le Rambam dans Hilkhot Tchouva, chapitre 2, Halakha 5, dit qu'il s'agit d'une faute ayant été commise en public. Dans une telle éventualité, il faut demander le pardon en public car le fauteur n'acceptera pas de pardonner en privé.

A ce sujet, voir encore Michna Broura, chapitre 607, passage 6 et Cha'ar Hatsiyoun passage 3 et Kessef Michné sur le Rambam précité.

Qu'Hachem vous protège et vous bénisse.

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