« Vous êtes si jolies quand vous passez le soir… », chantait Le Forestier en 1972, rendant hommage à un pensionnat de jeunes filles.
Une loi votée le 21 décembre 1880, stipulera que les filles pourront avoir accès à l'instruction publique supérieure. Jusque-là, elles ne pouvaient y accéder que via des établissements privés et religieux.
Ces demoiselles vont donc « s’émanciper » et fréquenter, à l’instar des jeunes gens, des établissements de Hautes Études, souvent éloignés de leur domicile, entraînant ainsi la multiplication de ces fameux pensionnats évoqués par le chanteur.
Les filles quittent alors le cocon familial pour le collège, et c’est une révolution.
Est-ce un bien ? Un mal ?
La question n’en est pas une, car tôt ou tard, immanquablement, l’évolution de la société allait entraîner avec elle des réajustements scolaires chez nos consœurs de l’époque.
Et dans le monde juif ?
Les foyers juifs pratiquants ne furent pas épargnés par la vague de Savoir qui, à la fin du XIXᵉ siècle, inondait le monde occidental.
Celle qui comprit et pressentit les bouleversements que la modernité allait entraîner, et sut se placer à l’embouchure du fleuve pour anticiper intelligemment les éventuels dégâts, fut bien sûr la grande, l’immense Sarah Schneirer.
Visionnaire de son siècle, elle sauva certainement sa génération en fondant des écoles secondaires pour jeunes filles juives religieuses, les fameux séminaires du Beth Ya'acov.

Elle comprit qu’on ne peut freiner l’attrait puissant du Savoir, mais qu’il allait falloir composer avec.
Elle dispensera donc dans ses établissements un savoir biblique et toraïque de niveau académique, attirant la crème de la jeunesse féminine juive, assoiffée d’apprendre — mais cette fois, pour enrichir leurs connaissances principalement dans les matières du judaïsme.
Certaines des jeunes filles ayant fréquenté le Beth Ya'acov de Mme Schneirer se retrouveront dans la tourmente de la Shoah et se distingueront, dans les conditions les plus effroyables, par leur courage et leur aide à autrui.
Jamais les messages de Mme Schneirer ne resteront au niveau de l’intellect et d'un académisme purement cérébral ; sa plus grande réussite fut de compter parmi ses élèves des héroïnes de foi, qui appliquèrent au quotidien ce qu’elles avaient appris sur les bancs de ses écoles.






