Comment un vieux rafiot rouillé, initialement prévu pour le transport de bétail, portant le nom invraisemblable (et prédestiné) d’une protubérance à la gorge — Struma voulant dire « goitre » en roumain — va devenir le symbole de la honte.

En décembre 1941, le vieux navire quitte le port de Constanța (Roumanie) avec 769 réfugiés juifs à son bord — hommes, femmes, enfants — fuyant les persécutions nazies.

Leur destination : la terre d'Israël.

Le bateau est en très mauvais état, son moteur tombe rapidement en panne, et la traversée se fait dans des conditions sanitaires dramatiques.

 

Ca s’est passé un…24 février 1942 – le  

 

Blocus à Istanbul

Le Struma atteint Istanbul, mais les autorités turques refusent le débarquement des passagers, prétextant des problèmes de visas.
Dans le même temps, les autorités britanniques leur barrent l’entrée en Terre Sainte, craignant un afflux de réfugiés juifs en pleine guerre.

L’élégant — et très snob — administrateur colonial britannique de la région, Sir Harold MacMichael, jugera impossible d'accueillir près de huit cents Juifs dans le très sélect protectorat de Sa Majesté la Reine d’Angleterre, au Moyen-Orient.

Le sort des victimes semble peu lui avoir importé et il dira un « No » nonchalant et tout british aux malheureux, qui ne cherchaient qu'un rivage sûr pour poser, même momentanément, leurs pieds.

Quant à Refik Seydam, l’impassible président de Turquie, diplômé de médecine et imbu de sa personne, il endurcira son cœur à l’image d’un petit Pharaon ; sourd aux appels au secours et à la situation d’extrême urgence qu'il devait gérer, il décidera d’interdire le débarquement des Juifs sur ses rivages.

MacMichael et Seydam signeront ainsi, l’un et l’autre, l’arrêt de mort de 769 Juifs, hommes, femmes et enfants.

Ca s’est passé un…24 février 1942 – le       Ca s’est passé un…24 février 1942 – le  

Les passagers du Struma, lors de cette traversée infernale, resteront bloqués plus de deux mois à bord, sans autorisation de débarquer, dans des conditions de famine, de maladie et de promiscuité extrêmes.

Une seule personne sera autorisée à quitter le navire : une jeune femme enceinte.

Le 24 février 1942, les autorités turques remorqueront le vieux navire hors du port et l’abandonneront en pleine mer Noire, sans moteur fonctionnel, sans nourriture ni carburant.

Quelques heures plus tard, le navire sera torpillé par erreur par un sous-marin soviétique, le prenant pour un bâtiment ennemi.

Le bateau coulera en quelques minutes.

Bilan humain

Tous les passagers mourront, sauf David Stoliar, un jeune homme de 19 ans.

Resté vingt-quatre heures dans les eaux glacées, les membres congelés, il pensait sa fin venue, lorsqu’il fut repêché par des pêcheurs turcs.

 

Ca s’est passé un…24 février 1942 – le  Ca s’est passé un…24 février 1942 – le  


Oserons-nous un postscriptum ? 

L'Europe et l'Amérique de l'époque, phares d'une civilisation dite "éclairée", auront lamentablement échoué dans le comportement moral le plus élémentaire qui leur était demandé : tendre la main à des êtres en détresse, perdus dans la tourmente. 

Leur indifférence de cols blancs fut aussi meurtrière que le feu des armes.

Dirigeants et diplomates savaient que ces individus qui demandaient ponctuellement de l'aide, en aucun cas n'auraient pu présenter un danger pour le pays et les populations qui les accueilleraient. 

"Midda Kéneged Midda" — mesure pour mesure — 80 ans ans tard, la civilisation d'Edom  se désagrège, perd ses repères et son identité, face au flux d'une immigration mal canalisée, constituée souvent d'éléments perturbateurs, qui méprisent les us et lois du pays d'accueil, cultivent la violence, se complaisent dans l'intégrisme et ne développent aucune reconnaissance face à la nation les recevant.

L'Occident qui n'a pas voulu sauvé quelques centaines d'êtres inoffensifs, apeurés, en quête d'un abri momentané, va recevoir en pleine figure quelques décennies plus tard, des agitateurs oisifs et ingrats.

Une introspection morale et historique s'impose.

Mais qui osera l'effectuer... ? 


1938 : le monde ferme ses portes aux réfugiés [Danièle Lochak] ⋅ GISTI