Bel homme, belle allure, la barbe fournie, le cheveu dense et noir, habillé d'une redingote, Theodor Hertzl, est le produit abouti du Juif émancipé façon fin 19ème, qui a "réussi" à faire disparaître de son paraître tout indice de judéité.
Son grand-père était orthodoxe, son père déjà néologue (proche de la Réforme), et lui, a grandi éloigné de toute pratique.
C’est l’Exil.
Adulte, alors qu’il demeure Berggasse 19, à Vienne, dans les beaux quartiers de la capitale impériale, son voisin s’appelle Sigmund Freud. Vienne regorge alors de Juifs qui ont socialement et financièrement « réussi », et qui pensent qu’on peut désormais remplacer le mot « Jérusalem », apparaissant dans les livres de prières, par celui de « Berlin », phare culturel mondial, nouvelle aspiration d’un judaïsme fortement "allégé".
C’est l’Exil.
Theodor est journaliste à la Neue Freie Presse, grand quotidien libéral viennois, et envoyé comme correspondant spécial à Paris pour suivre l’affaire Dreyfus, qui enflamme les passions. Il est pour la première fois de sa vie confronté à un antisémitisme à dimension nationale.
Assis aux cafés parisiens pour rédiger ses « papiers », il n’a aucun mal à suivre les conversations de ses voisins de table, qui hurlent vengeance contre le traître, le Juif Dreyfus, officier français, républicain, haut gradé de l’armée, accusé de haute trahison au service de la Prusse. Va naître en lui à ce moment l’idée de la fondation d’un foyer juif pour le peuple hébreu. Car Herzl comprend alors que l’assimilation n’est pas la solution à cette haine viscérale.

Le conseil que nous donnent les Sages du Talmud, pour traverser l’Histoire et survivre à l’animosité des peuples à notre égard, est de garder profil bas, de s’adonner à l’étude et aux bonnes actions, de cultiver notre intériorité par la prière et… d’attendre patiemment le Dénouement.
Mais 'Am Israël s’égare. Séduits par les "bontés" des Gentils qui soudain présentent un visage avenant, ouvrent les portes de leurs Académies, offrent à tous droits civiques et égalité devant la loi, "déstigmatisent" à tour de bras, les Juifs, au lieu de saisir cette aubaine pour respirer et pratiquer leur religion sous un ciel plus serein, se laissent envoûter par les sirènes des Lumières, jusqu’à réfuter leurs origines.
L’Exil à ce stade devient un marécage, où les Bné Israël s'enlisent et sombrent, les uns après les autres.
Hertzl, qui a vu juste quant à la nécessité urgente d'un état souverain pour le peuple juif, mu par un élan "romantique" de nationalisme, très en cours à l'époque, s'efforcera de convaincre les puissants de ce monde de son projet, voyageant et rencontrant sultans et ministres, pour concrétiser le rêve qui l'habite.
Il va mettre par écrit cette vision, dans son livre "L’État des Juifs", Der Judenstaat, publié jour pour, aujourd'hui, il y a 130 ans.
Mais, c'est évidemment la Providence divine qui guidera ses pas, sans même qu'il ne le sache. Harbé chli'him lamakom ! Le Ciel a beaucoup d'émissaires.
C'est la Conduite divine, engagée dans la réalisation du destin du peuple juif et dans sa mission universelle, qui Elle seule, va permettre au rêve de devenir réalité.
Fou celui qui prétendrait que la naissance d'Israël n'est pas un miracle, mais l'aboutissement fécond d'accords géopolitiques.
Chaque habitant de ce pays vous le dira.







