Cette semaine, j’étais assise sur une mini-chaise en plastique pliable, les genoux dans le menton, pour la Messiba — fête de fin d’année — du Maon (crêche) de ma fille. Autant vous le dire tout de suite : mon état de fraîcheur actuel se situe quelque part entre le zombie et la serpillière.
D’ailleurs, l’assistante sociale nous avait pondu un petit atelier psychologique. Le pitch : tirer 5 cartes pour résumer notre état émotionnel. J’ai direct dégainé la carte « Fatiguée ». Classique, efficace, sans surprise.
Dans sa Kita, ma fille et un autre petit-humain partagent le chromosome bonus de la trisomie 21. Le reste de la troupe navigue avec d’autres types de bugs de développement, moteur ou intellectuel. Certains de ces gamins gèrent des dossiers bien plus lourds et corsés que ceux de ma fille.
C’est là que mon radar s’est branché sur une maman en particulier. Le genre de fille coupable d’insolence génétique pure : magnifique, blonde aux yeux bleus, silhouette de cinéma. Le genre de profil qui réussit sa vie puis sa grossesse comme on réussit un gâteau de chef. Sauf que le jour de l’accouchement, le scénariste de sa vie a pété un plomb : le cordon ombilical se rompt. Le bébé manque d’oxygène pendant quelques misérables secondes. Boum, fin du conte de fées, entrée fracassante dans le monde du handicap.
Avec un script pareil, n’importe qui aurait passé l’année en pyjama taché de café à maudire l’univers entier — moi la première. Mais elle ? Non. En la regardant gérer son petit, son visage transpirait juste la bonté et une classe monumentale. Zéro larme, une grâce absolue. Agaçante de perfection mais, en vrai, humaine et vulnérable.
Cet après-midi m’a rappelé qu’on adore tous se bercer d’illusions de contrôle. On fait des tests génétiques dans tous les sens, des amniocentèses avancées, on essaie de s’acheter une option “zéro défaut” sur catalogue, comme pour une bagnole neuve. Alerte spoil : on ne décide de rien. Quand le destin décide de faire un strike, le missile connaît sa cible et la balle connaît son destinataire. Tu te le prends en pleine poire, et tu gères le service après-vente.
Aucune de ces mamans n’avait coché l’option “enfant extraordinaire” sur son plan de carrière. Pourtant, les voir piloter leur quotidien sans GPS, sans super-pouvoirs et avec une dignité pareille, ça m’a mis un coup de jus phénoménal.
Ça m’a tellement secoué les neurones que je suis retournée voir mes petites cartes de l’assistante sociale. J’ai sagement jeté ma carte « Fatiguée » à la poubelle et j’ai pris la carte « Empathie » à la place. Quitte à subir le voyage, autant remplacer le mode “victime épuisée” par du positif et de la connexion pure avec mes voisines de galère.
Bref, ce spectacle de fin d’année, ce n’était pas une séance de chouinage collectif ou une thérapie de groupe pour parents en détresse.
C’était juste une immense leçon de survie avec le sourire. On ne choisit pas le jeu de cartes qu’on nous donne au départ, mais voir ces femmes abattre les leurs avec autant de panache, ça donne juste envie de remonter ses manches et d’avancer.
La Maman de Sheyna




