Une amitié qui semblait inoxydable commence-t-elle à se fissurer ?

L’actualité nous interpelle.

Tout le monde l’a compris : entre Jérusalem et Washington, il y a des grésillements sur la ligne.

Et cela nous oblige à nous poser la question de savoir ce qu’est un véritable ami, comment on tisse ces liens, et surtout… comment on les entretient.

Que disent sur ce sujet nos Maîtres, eux qui ont tout pensé et tout passé au filtre de la Sagesse et de l’Intelligence divine ?

Comme d’habitude, et sur ce sujet aussi, ils nous surprennent : inspirés par l’Origine, leurs observations et leurs conclusions ne peuvent être que profondément… originales.


Nos Sages disent :

« …Achète-toi un ami ! » (Avot 1:6)

Drôle de formulation. Les liens d’amitié se résumeraient-ils à un geste commercial ?

Étrangement, la Michna ne dit pas : « Trouve-toi un ami », ni même « fais-toi un ami » — comme elle le préconise, par exemple, pour un Rav. Elle dit : achètes-en un !

L’oreille occidentale, qui a l’habitude de « romantiser » les relations humaines, qui aime les élans, les effets spéciaux, les serments, les « toujours » et les « à jamais »,  a du mal avec cette tournure, ma foi très terre-à-terre.

Elle préfèrera toujours un relationnel photogénique, qui se prétend élevé et désintéressé, qui n’oserait jamais comparer des sentiments nobles à une tractation marchande, mais qui confrontée à l’épreuve du réel, va bien devoir reconnaître, quelle conception tient le mieux la route.


L’amitié, pour nos Sages, ne tombe pas du ciel comme une émotion pure, un état de béatitude ou une illumination. Elle se construit.

Elle coûte. Elle demande des gestes, du temps, des services, des concessions, des cadeaux, de la fidélité et de la reconnaissance.

Un véritable ami ne s’acquiert pas sans investissement. C’est impossible.

Oubliez les discussions au téléphone jusqu’aux petites heures du matin, avec une écoute bienveillante : si cela ne se traduit pas ensuite par des actes, dans les deux sens, il n’en sortira pas un lien fort.

Et cela vaut aussi entre les peuples.

Fin d’une lune de miel ?

Depuis des années, Israël et les États-Unis sont étroitement liés. Mais depuis l’investiture du président Trump, suite à son appui inconditionnel à Israël, ce lien s’est encore renforcé.

Mais.

La relation entre Jérusalem et Washington est de base, déséquilibrée.

Si nous, nous sommes devenus les obligés des USA et de leur président, suite à ses bontés, lui, en revanche, ne nous doit rien.

Nous ne l’avons pas « acheté », car il est tout simplement impossible d’acheter l’homme le plus puissant du monde, celui qui possède déjà tout.

Avec quoi d'ailleurs le petit État hébreu aurait bien pu l’acheter et s’en faire un véritable ami ?

La seule chose que nous aurions pu lui offrir, qui l’aurait lié à nous inexorablement, ce n’est certainement pas un bien matériel — il les a tous —, mais plutôt notre spécificité de Juifs.

Notre patrimoine, notre éternité, notre Bible, notre Sagesse, qui investissent nos bénédictions, celles qui, de façon transgénérationnelle, depuis Avraham en passant par Aharon, l’auraient attaché à nous.

Allez essayer d’expliquer cela à nos représentants à la Knesset


Le problème n’est pas que Trump défende les intérêts des États-Unis. Le problème est que, grisés par ses faveurs, nous avons oublié qu’il est libre de faire ce qui lui plaît et qu'il ne nous doit rien.

L’establishment politique israélien est en train d’apprendre qu’un ami peut aider, protéger, soutenir, apposer un véto, envoyer des armes, aider à la libération d’otages, ouvrir une ambassade. Mais il ne devient jamais la source ultime de notre sécurité.

Les nations ont des intérêts, tandis qu’Israël, elle, a une mission : elle porte la Parole de D.ieu et le destin de l'humanité sur ses épaules.

C’est cela notre or. Notre donnant-donnant. Ce pourquoi on va nous rechercher. Nous courrir après. Forcer notre amitié. 

Et c'est notre seule monnaie d'échange pour gagner l'amitié vraie des puissants de cette terre.