Montera, montera pas.

L’Alyah 2025 raconte un paradoxe saisissant : Israël est en guerre, mais Israël attire. 

Les Juifs de France, des États-Unis, de Grande-Bretagne et du Canada ne regardent plus Israël seulement comme un éventuel refuge, une option à tenter, mais comme un choix existentiel assumé, et longuement réflechi.

En chiffres

En 2025, environ 22 522 nouveaux ‘Olim sont arrivés en Israël. C’est moins que les années précédentes, notamment parce que les pics liés à la guerre Russie-Ukraine se sont atténués. Mais derrière cette baisse globale, le rapport montre une Alyah plus occidentale, plus jeune et plus qualifiée.

Le point le plus frappant : les ‘Olim venus des États-Unis, de France, du Royaume-Uni et du Canada sont 8 499 en 2025, soit une hausse de 25 % par rapport à l’année précédente.

Leur part dans l’Alyah totale passe de 21 % en 2024 à 38 % en 2025. C’est le vrai basculement.

Qui monte ?

Les occidentaux comme nous venons de le dire, montent davantage.
L’Alyah de France connaît la hausse la plus spectaculaire : selon les chiffres repris par Ynet, environ 3 300 ‘Olim de France en 2025, contre 2 228 en 2024, soit une progression d’environ 45 %.

Miroir, miroir -

Les États-Unis restent aussi très forts, avec environ 3 700 ‘Olim.

La Russie reste importante, au vu de ses dimensions, mais avec un recul.
On compte environ 8 300 ‘Olim de l'ex URSS, mais c’est une baisse massive par rapport à l’année précédente, où elle en comptait environ 19 500. Donc l’Alyah russe reste numériquement élevée, mais elle ne domine plus le paysage comme au moment du choc Russie-Ukraine.

Les jeunes très présents

Le rapport indique que 34 % des ‘Olim de 2025 ont entre 18 et 35 ans, et que cette part monte à 40 % parmi les ‘Olim venus des pays d'Europe de l'Ouest et des USA.

Cela veut dire qu’Israël n’attire pas seulement des familles, mais des jeunes en âge d’étudier, de travailler, de se marier. 

Les diplômés et les profils utiles à l’économie progressent : le rapport mentionne 541 médecins, 26 scientifiques d’excellence, plus de 2 000 ‘Olim dans la technologie et l’ingénierie, ainsi que de nombreux profils dans la santé, l’éducation, le droit et la comptabilité. 

Et les religieux ? 

Le rapport ne donne pas de chiffres précis sur le niveau de pratique religieuse des ‘Olim. En revanche, le choix de villes comme Jérusalem et Beth Chémech laisse penser qu’une partie importante de cette Alyah occidentale cherche un cadre religieux et communautaire fort.


L’Alyah occidentale de 2025 doit se lire dans ce contexte : montée de l’insécurité dans les communautés, hostilité croissante envers Israël, malaise dans les universités, les médias, certains milieux politiques, et sentiment que la vie juive en diaspora devient plus fragile.

Dans un Occident où le ressentiment envers Israël se confond de plus en plus souvent avec une animosité envers les Juifs, l’État hébreu redevient ce qu’il fut au départ : un pays où le destin juif peut être vécu debout, même si le nouvel émigrant va devoir effectuer un travail de positionnement personnel, dans ce pays aux couleurs idéologiques tellement diversifiées.

Made in Israël

Une saynète  fraîche de ce matin, au supermarché. 

Le caissier tout sourire, vraisemblablement juif éthiopien, coiffé d'une Kippa tricotée multicolore, hébreu impeccable, n'arrive pas à faire passer le barre code de mes cuisses de poulet. Quelque chose coince. Il appelle Emile, le responsable de la caisse principale.

L’alya change de visage : plus jeune, plus occidentale, plus dét

Emile, c'est l'oriental. Patient, bon enfant, complice avec ses employés, qui fait régner une atmosphère conviviale dans le super : ils cherchent ensemble le bug des cuisses de poulet.

J'engage la conversation : le caissier éthiopien s'appelle Tal Israël, la rosée d'Israël... Tout un programme.

Avant de me tendre le ticket, il me fait un Dvar Torah sur les Pirké Avot (6;6) : "L'homme doit connaître sa place, disent nos Sages. Bien sur sa place hiérarchique, (et il fait un clin d'œil à Emile, le patron) mais il y a une autre explication : l'homme doit connaître son environnement - Mékomo -, s'y adapter, faire avec, comprendre les mentalités."

Toute la Alyah dans la bouche de ce Juif éthiopien citant les Pirké Avot.

Je pars avec mon chariot, et le grand sourire de Tal.

Même si toutes les aventures de supermarchés israéliens ne sont pas toujours aussi idylliques, celle-ci, en tous cas, ne pouvait avoir lieu qu'ici.