Durant ’Hanouka, nous fêtons la fameuse victoire des ’Hachmonaïm sur la puissante armée grecque et le miracle de la fiole d’huile qui dura huit jours. La guerre contre les Yévanim (les Grecs) était bien plus qu’une confrontation militaire ordinaire entre deux nations qui recherchent le pouvoir. Ce fut la première guerre idéologique de l’Histoire ; les deux doctrines qui différaient ne pouvaient coexister en paix. Au début, les Grecs ne souhaitaient pas faire de mal au peuple juif, ils voulaient les influencer – à travers leur conception « illuminée » de l’hellénisme – et leur faire abandonner l’observance de la Torah pour un mode de vie qu’ils estimaient meilleur.

Mais, quand ils virent que les Juifs résistaient, ils devinrent hostiles et voulurent les contraindre à délaisser la Torah.

Depuis la victoire des ’Hachmonaïm et le renvoi des Grecs de la Terre d’Israël, ’Hazal décidèrent de commémorer chaque année cet événement à travers la fête de ’Hanouka. Pourquoi est-il si important de se souvenir d’un incident tellement lointain ? En réalité, la lutte idéologique de ’Hanouka reste très significative chez tout Juif. En réfléchissant plus profondément à ce conflit, nous pourrons tirer des leçons vitales et pertinentes dans notre quotidien.

Pour comprendre le lien entre Yavan et le Klal Israël, il convient d’analyser le récit que fait la Torah des ancêtres de ces grandes nations. Dans Parachat Noa’h, la Torah nous raconte que Chem et Yéfet, les fils de Noa’h, recouvrirent leur père dénudé, pour sauvegarder sa dignité.[1] Rachi rapporte un Midrach qui nous informe que c’est Chem qui prit l’initiative de cet acte méritoire et que Yéfet le suivit.[2]

Tous deux furent récompensés, mais Chem le fut davantage. Ses descendants, le peuple juif, reçurent la Mitsva de Tsitsit, tandis que ceux de Yéfet obtinrent une sépulture honorable. Les enfants de Chem sont récompensés par une nouvelle Mitsva, qui donne l’opportunité de s’élever spirituellement alors que le « salaire » de Yéfet n’est bénéfique que pour le corps, pas pour l’âme. En quoi le zèle de Chem lui permit-il de mériter une prime tellement meilleure que celle de Yéfet ? Les commentateurs expliquent que Chem n’était pas simplement plus empressé que son frère, mais que leur Kavana (intention) était d’un niveau tout à fait différent. Chem considéra l’aspect spirituel de l’action et réalisa que c’était une Mitsva de préserver son père d’une telle honte. Yéfet, en revanche, agit avec un regard plus simpliste et matériel ; il était naturellement indigné de voir un corps humain découvert.[3]

La motivation plus élevée de Chem l’incita à intervenir avec plus de Zérizoute (empressement) que l’approche logique de Yéfet. C’est pourquoi Chem reçut un salaire plus grand et plus spirituel et que Yéfet bénéficia d’une tombe plus digne, qui ne profite qu’au corps.

Après cet incident, Noa’h leur fit une bénédiction importante qui accompagnera chacun des frères à travers l’Histoire. « Élokim octroiera la beauté à Yéfet et résidera dans les tentes de Chem. »[4] Les commentateurs expliquent que Yéfet sera béni par le Yofi, la beauté superficielle, qui se limite à l’épiderme. Pour que cette splendeur soit plus profonde et utilisée correctement, elle doit être placée dans les « tentes de Chem », c’est-à-dire qu’elle doit servir à mettre la spiritualité en valeur.

La Michna dans Méguila déduit une Halakha (loi) de ce verset ; un Séfer Torah peut être écrit en deux langues : l’Hébreu saint et le Grec. Ceci parce que la beauté de Yéfet doit résider dans les tentes de Chem ; si l’on place la magnificence de Yéfet dans la Torah de Chem, cela peut produire une combinaison harmonieuse et sublime.

Rav ’Haïm Fridlander zatsal ajoute que Yéfet échoua dans sa mission, sa beauté resta superficielle et dégénéra bien vite en immoralité. Il écrit que Yéfet aurait dû également utiliser la bénédiction de Noa’h en ce qui concerne sa sagesse. Leur ’Hokhma (savoir, intelligence) des Grecs resta très basique et n’influença pas leur comportement. Prenons l’exemple d’Aristote, le célèbre philosophe grec, qui fut pris en train de commettre un acte indécent. Ses disciples lui demandèrent comment il avait pu se conduire de la sorte, alors que cela contredisait tant ses enseignements. Il répondit : « À cet instant, je n’étais pas Aristote. »[5] Il voulait dire que ses leçons de morale ne l’avaient pas transformé en un homme meilleur et qu’il ne se sentait pas obligé de les appliquer. À l’image du mathématicien qui ne devient pas un triangle, le professeur de morale ne devient pas plus vertueux pour autant… Seule la Torah transforme l’individu en quelqu’un de meilleur.

La bataille de ’Hanouka opposait donc deux idéologies, la superficialité de Yavan et la spiritualité d’Israël. Nous avons gagné la bataille, mais la guerre continue de faire rage, encore aujourd’hui. Le monde occidental est très influencé par la pensée grecque, particulièrement en ce qui concerne l’accent mis sur la matérialité dépourvue de profondeur. On ne peut marcher dans la rue sans être confronté à l’obsession qu’a l’Occident du physique.

Le Yétser Hara de la vacuité continue de menacer l’intégrité spirituelle du Klal Israël. Un Juif peut être pratiquant tout en étant influencé par des considérations superficielles, dans plusieurs domaines. Par exemple, il peut accorder plus d’importance à l’habillement d’une personne qu’à ses qualités. De même, la superficie de sa maison ou la beauté de ses meubles peuvent prendre une place trop prépondérante dans sa vie. Et même la Avodat Hachem d’un individu peut être trompée par la superficialité, comme une prière qui apparaît très fervente, mais qui ne reflète pas sa véritable Kavana, ou bien l’étude qui risque de rester sommaire et de ne pas influer sur ses Midot.

Puissions-nous tous mériter de rehausser notre Avodat Hachem et de la vivre de manière véritable et profonde.



[1] Parachat Noa’h, Béréchit, 9:23. Chem est l’ancêtre des Juifs et Yéfet, celui des Grecs.

[2] Rachi, Béréchit, 9:23.

[3] Voir Natsiv, Noa’h, 9:23 et Gour Arié, Noa’h, 9 :23, Ot 16.

[4] Parachat Noa’h, Béréchit, 9:27-28.

[5] Voir Rav Chimchon Raphaël Hirsh Al Hatorah, Noa’h, 9:28.