Question : “À Yom Kippour, je demande pardon à Hachem, je regrette mes fautes et je prends sincèrement la résolution de m’améliorer. Pourtant, dès la sortie de Yom Kippour, je retrouve le même Yétser Hara', les mêmes tentations et les mêmes difficultés. Puis une année passe, et je me retrouve de nouveau à confesser les mêmes fautes. Comment comprendre cela ? Si Yom Kippour me purifie réellement, pourquoi le combat reprend-il immédiatement ? Quelle transformation Yom Kippour opère-t-il véritablement en moi, et comment son influence peut-elle m’accompagner tout au long de l’année ?”
Réponse du Rav Boyer :
Il est rapporté dans les livres saints que c’est en ce jour que les secondes Tables de la Loi furent données à Moché Rabbénou. Ainsi, parallèlement à la dimension d’expiation et de purification, il faut également prendre en considération la dimension du don des Tables.
À propos de ce jour où les Tables furent données, il est dit qu’il est « le jour de la joie de Son cœur ». Il faut comprendre comment cela se manifeste concrètement.
Il est rapporté dans les livres saints que même lorsqu’un homme fait Téchouva et demande pardon à Hakadoch Baroukh Hou, son expiation n’est pas automatique. Nous avons également besoin que HaKadoch Baroukh Hou nous désire. « Tu nous as choisis parmi tous les peuples, Tu nous as aimés et Tu nous as désirés. » Lorsqu’un homme demande pardon et répare ses actes, cela ne suffit pas encore pour qu’au Ciel, on le désire et que l’on veuille de lui. Nous devons faire en sorte que Hakadoch Baroukh Hou nous désire, et cela se réalise à travers le don des Tables. Lorsque Hakadoch Baroukh Hou donna à Moché Rabbénou les secondes Tables, Il lui signifia ainsi qu’à présent, Il désirait de nouveau le peuple d’Israël.
C’est en réalité ce qui distinguait les quarante premiers jours, durant lesquels les Bné Israël firent Téchouva mais où il n’y avait pas encore de Ratson, de volonté favorable de la part d’Hachem, des quarante jours suivants, appelés « jours de Ratson », « jours de faveur », au terme desquels Hakadoch Baroukh Hou donna les Tables. C’est pourquoi ce jour est « le jour de la joie de Son cœur », car Il y manifesta Son désir. Que devons-nous faire exactement pour mériter que Hakadoch Baroukh Hou nous désire ?
Avant la faute d’Adam Harichon, le Yétser Hara' se trouvait à l’extérieur de l’homme. Après la faute, le Yetser Hara' pénétra à l’intérieur de l’homme, et cela transforma toute la nature et le rapport de l’homme à la faute. Lorsque le Yétser Hara' se trouve à l’extérieur de l’homme, il reçoit du Ciel les forces nécessaires pour mettre l’homme à l’épreuve et l’inciter à fauter. Même si, ‘Has Véchalom, l’homme échoue et commet une faute, il ne désire pas véritablement cette faute et ne ressent pas qu’elle fait partie de lui. Mais lorsque le Yétser Hara' pénètre à l’intérieur de l’homme et devient partie prenante de son être, cela se manifeste par le fait que l’homme ressent que la faute fait partie de lui et qu’au moment où il la commet, ‘Has Véchalom, il la désire.
L’homme se met en colère parce qu’il veut se mettre en colère, et il est jaloux parce qu’il veut être jaloux. Le Yétser Hara' s’associe à l’homme, et la faute devient une partie de lui. Par cet acte même, la volonté de l’homme se détache de la Volonté supérieure. Lorsque l’homme vient faire Téchouva, il fait Téchouva sur ses actes, mais dans sa volonté, il reste encore attaché à la faute. Certes, par son intellect, il comprend que cela n’est pas convenable et il aime Hakadoch Baroukh Hou, mais le Yétser Hara' qui se trouve à l’intérieur de lui continue de brûler en lui.
La Téchouva véritable et complète a lieu lorsque l’homme ne désire plus la faute. Alors, sa volonté retourne à sa racine et se rattache à Hakadoch Baroukh Hou, et cela éveille également chez Hakadoch Baroukh Hou la volonté de le désirer. L’Itarouta Dileïla, l’éveil d’En-Haut de la Volonté supérieure, dépend de l'Itarouta Délétata, l’éveil d’en bas de la volonté de l’homme. Mais que peut faire un homme habitué à la faute et à suivre ses désirs ? Il ressent que cela est profondément ancré en lui, que cela fait véritablement partie de lui. Il sait que ce n’est pas bien, mais il lui est extrêmement difficile d’y faire face. Que peut-il faire pour parvenir à extirper complètement de lui cette volonté ?
C’est ici que réside le secret de Yom Kippour. « Car en ce jour, Il fera expiation pour vous afin de vous purifier. » Ce jour possède une Ségoula, une force particulière, permettant d’extraire complètement le Yétser Hara' de l’intérieur de l’homme et de le rejeter à l’extérieur. Il est vrai qu’à la sortie de Yom Kippour, le Yétser Hara' reviendra de nouveau. Mais ce ne sera plus le même Yétser Hara'. Oui, il reviendra encore et encore. Les désirs reviendront, ainsi que la jalousie, la recherche des honneurs et tous les autres maux. Mais cette fois-ci, ils viendront de l’extérieur et non plus de l’intérieur. Leur force sera beaucoup plus faible. Très souvent, l’homme n’en a pas conscience. Il pense que le même Yétser Hara' qu’il avait avant Yom Kippour est revenu en lui sans qu’aucun changement ne se soit produit. Mais ce n’est pas vrai. À présent, il s’agit déjà d’une autre dimension. Cependant, il ne faut toujours pas tomber dans l’insouciance. Il faut continuer à lutter avec force et avec encore plus de détermination. À présent, c’est déjà beaucoup plus facile, car le Yétser Hara' se trouve à l’extérieur. Avant Yom Kippour, le Yétser Hara' possédait la force de la souillure du serpent (Zouhamat Hana’hach). Mais Yom Kippour a purifié l’homme et a extrait cette souillure de son être. Le Yétser Hara' n’est désormais plus associé à son corps. À présent, il est possible de lutter contre le Yétser Hara' et contre les désirs, et même de les vaincre. Le fait de séjourner dans la Soucca, qui fait sortir l’homme de sa routine, peut également l’aider dans ce combat.
C’est pourquoi, à Yom Kippour, l’homme doit crier du plus profond de son cœur vers Hakadoch Baroukh Hou : « Purifie notre cœur afin que nous Te servions avec vérité. » Ôte de moi toute cette souillure.
À la sortie de Yom Kippour, l’homme doit faire très attention à ce que cette souillure ne revienne pas. C’est également la raison pour laquelle un jour de jugement supplémentaire est accordé à l’homme à Hochaana Rabba. Si l’on voit que l’homme lutte depuis la sortie de Yom Kippour jusqu’à Hochaana Rabba, il reçoit une Siyata Dichmaya, une aide du Ciel, lui permettant de vaincre totalement le Yétser Hara. Par la suite, tout au long de l’année, l’homme continuera à ressentir la pureté de Yom Kippour, la manière dont elle le renouvelle et l’élève. Il pourra alors progresser et s’élever toujours davantage.
Yéhi ratson que nous méritions de nous purifier et de nous attacher à Hakadoch Baroukh Hou, qu’Il nous désire et déverse sur nous une abondance sans limite...




