Un thème récurrent du Livre de Choftim (Juges) est que le peuple juif profite d’une période de paix lorsqu’ils suivent la Torah, puis ils commencent à fauter. En conséquence, ils sont punis en devenant asservis aux nations non-juives vivant encore en Erets Israël jusqu’à la montée au pouvoir d’un juge vertueux qui pousse les Juifs à faire Téchouva, ce qui, en retour, leur permet de vaincre les peuples au pouvoir et de revenir à une ère de paix. Or, il est clair qu’à chaque épisode, les fautes commises par le peuple juif et la nature de leur repentir ont varié. Mais l’identité de leurs défaillances n’est pas toujours apparente par une analyse superficielle.

Examinons par exemple un épisode de l’époque où Dvora était Juge du peuple juif. Le texte des Prophètes nous apprend que les Juifs fautaient. De ce fait, Hachem les livra entre les mains du puissant roi cananéen, Yavin, et de son puissant général Sissra. Les ouvrages sacrés se penchent sur les événements à un niveau plus profond. 

La première question à traiter : quelle était la nature de la faute du peuple juif qui a poussé les Cananéens à soumettre le peuple juif ? La Zohar[1] explique que le peuple ne réalisait pas convenablement la Mitsva de la Brit-Mila, car ils n’effectuaient pas l’étape de la Priya (décalotter le gland) nécessaire pour accomplir la Mitsva comme il se doit. L’auteur du Michbétsot Zahav [2] suggère que c’était la cause profonde de toutes les fautes commises par les Juifs. En effet, lorsque le corps est dans une situation d’incirconcision (Arlé Bassar), le cœur est incirconcis en parallèle (Arlé Lev), à savoir que leur spiritualité est gravement altérée.

Le Zohar souligne également que Dvora a rectifié cette faute et a incité les hommes juifs à réaliser la Priya, comme elle le dit dans la Chira Dvora : "Bifroa Poraat Béisraël" "Quand l’anarchie régnait en Israël" : il existe plusieurs traductions figuratives de ce passage, mais il signifie littéralement qu’elle fut l’instigatrice de l’acte de Priya au sein du peuple juif.  

L’auteur du Rama Mipano[3] pousse cette relation entre Dvora et la Brit Mila encore plus loin. S’appuyant sur le Ari, selon lequel Dvora était un Guilgoul (réincarnation) de Tsipora, l’épouse de Moché Rabbénou. Tsipora sauva la vie de Moché lorsqu’elle réalisa la circoncision de son fils incirconcis. De même, son Guilgoul, Dvora, a également sauvé le peuple juif en parachevant leur Brit Mila. Il relève une autre relation fascinante entre les deux femmes : Tsipora n’était pas présente lorsque le peuple a traversé la mer des Joncs, et en conséquence, n’a pas eu le privilège de prendre part à l’immense prophétie de la Chirat Hayam.  Elle déplora profondément d’avoir manqué ce moment historique, bien que ce ne fût pas de sa faute. Mais pour la récompenser d’avoir réalisé la Brit Mila du fils de Moché, elle mérita de chanter sa propre Chira dans son Guilgoul en Dvora, qui entonna l’un des dix chants de la Torah après la victoire miraculeuse sur les Cananéens.

Il semble que l’une des menaces principales des Cananéens était leur grande immoralité, au même niveau que celle des Egyptiens. En conséquence, les Juifs étaient constamment mis au défi par cette impureté spirituelle. Leur manquement dans la Brit Mila, représentant le domaine-clé de la moralité, fut rectifié par Dvora. Le Rama Mipano[4] ajoute que Dvora était également un Guilgoul de Tamar, qui fut contrainte de se déguiser pour cohabiter avec Yéhouda afin d’engendrer la lignée du Machia’h. Ceci repose sur le célèbre verset décrivant Dvora assise et jugeant le peuple sous un palmier, que l’on appelle le Tomer Dvora. Le terme de Tomer peut également se lire Tamar, d’où le lien entre Tamar et Dvorah. Le Rama explique que Dvora était assise sous un palmier en plein air pour éviter de transgresser l’interdit de Yi’houd (isolement) et de cette manière, elle rectifia l’acte de Tamar qui s’était retrouvé en Yihoud avec Yéhouda.[5] Nous pouvons peut-être ajouter que son insistance particulière sur la moralité dans les domaines des relations a aussi servi de rectification aux défaillances des Juifs dans ces domaines.

Relevons également qu’une femme a été l’instrument par lequel Hachem a rectifié la défaillance de la Brit Mila et l’immoralité en général. C’est peut-être une allusion au rôle des femmes : assurer la pureté du foyer juif dans les domaines de la moralité. Par sa propre pudeur dans l’habillement et la conduite, la femme juive constitue la base de la moralité pour le peuple juif. Dvora a elle-même excellé dans ces domaines et s’est engagée à rectifier les défauts du peuple. Elle a ainsi contribué à l’avènement de nombreuses années de paix, à l’abri de nos ennemis.


[1] Zohar, Chémot, 2, cité dans Réchit ‘Hokhma, Chaar HaKédoucha, chapitre 17).

[2] Choftim, p.36.

[3] Guilgoulé Néchamot, Likoutim besof hasefer, Ot 3.

[4] Guilgoulé Néchamot, Ot 8.

[5] Bien entendu, ses actions ont été purement Léchem Chamayim (désintéressées) et elle n’a pas fauté, mais il semblerait qu’à un niveau profond, il y eut une certaine atteinte dans son âme en raison de cette action nécessaire. Cette atteinte a été rectifiée par sa réincarnation Dvora.