À l'occasion de la Hiloula (jour anniversaire de décès) de notre maître Rav Avigdor Miller, l'équipe Torah-Box est heureuse de vous faire découvrir très brièvement son parcours de vie. Celui qui parle du Tsadik le jour de sa Hiloula, celui-ci priera pour lui ! Allumez une bougie et dites "Likhvod harav Avigdor, zékhouto taguèn 'alénou" puis priez. Que son mérite protège tout le Klal Israël, Amen !

Avigdor Hakohen Miller naît le 28 août 1908 à Baltimore, Maryland, sous le prénom Victor, fils de Reb Yisrael et Hudda Reva Miller. Son grand-père paternel, Reb Dov Hakohen Miller, était un Cho'het et enseignant pieux, qui avait fui les pogroms de Russie blanche quelques années plus tôt pour s'établir à Baltimore. Reb Yisrael, son père, tenait une épicerie en s'imposant le sacrifice d'observer Chabbath, afin que ses fils reçoivent une éducation juive digne.

Bien que fréquentant l'école publique, le jeune Avigdor ne parle que le yiddish à la maison. Il étudie en parallèle dans un Talmud Torah, où un enseignant, Monsieur Tarshish, lui donne des cours privés. Un ‘Hassid loubavitch du nom d'Avrahom Eliahou Axelrod lui enseigne également — sans être rémunéré — et Rav Miller lui en gardera une reconnaissance éternelle. À l'âge de douze ans, il a déjà cessé tout jeu enfantin et s'est plongé dans l'étude sérieuse. À treize ans, il maîtrise le Tanakh et possède une connaissance du judaïsme bien supérieure à celle de ses camarades. À dix-sept ans seulement, il prononce le discours avant la prière de Kol Nidré de Yom Kippour devant plus de mille fidèles — en anglais, pour toucher les membres de la communauté ne comprenant plus le yiddish.

En 1925, il part à New York étudier à la Yéchiva "Rabbénou Its'hak El'hanan", sous la direction de Rav Moshé Soleveitchik, le seul établissement américain de l'époque proposant un niveau d'études juives avancé. Il s'inscrit ensuite à la Yeshiva College, dont il obtient le B.A., et au Rabbi Isaac Elchanan Theological Seminary (RIETS), où il reçoit son diplôme rabbinique. Dans ce milieu, il se lie avec de jeunes étudiants qui deviendront des figures majeures du monde orthodoxe : Nosson Meir Wachtfogel, Yehuda Davis, Mordechai Gifter et Moshe Bick. C'est aussi là qu'il organise un groupe "en secret" pour étudier le Messilat Yécharim avec Yaakov Yossef Herman, fervent promoteur d'un judaïsme orthodoxe exigeant.

En 1932, Rav Yitzchak Sher, Roch Yéchiva de Slabodka, visite l'Amérique pour collecter des fonds. Chaque semaine, Avigdor et ses amis se rendent à son appartement du Lower East Side pour entendre ses Schmouessen (discours de Moussar). Conquis, il accepte l'invitation de Rav Sher de le rejoindre en Europe. Il arrive à Slabodka la veille de Chavou’ot 1933, accueilli par le Machguia'h Rav Avraham Grodzinski qui l'embrasse avec les mots : « Tu es arrivé pour la Kabbalat Hatorah ! » Rav Sher dira plus tard de ces jeunes Américains qu'il avait ramenés : « Je n'ai pas réussi à rapporter d'argent d'Amérique — mais j'ai rapporté des diamants. »

À Slabodka, Rav Miller vit dans une pauvreté totale : il dort sur une planche recouverte d'un drap, partage un sucre en deux pour ses repas du matin et du soir, et use ses manches de veston en se penchant sur le Shtender (pupitre pour étudier), au point de devoir porter un manteau en été pour cacher ses vêtements rapiécés. Il est le premier à entrer dans le centre d'étude et le dernier à en sortir. Il y maîtrise par cœur le Ktsot, le Netivot et le Chev Chmaatetah, qu'il révisera jusqu'à la semaine précédant son décès. Il se lie profondément à Rav Sher, qui devient son rav — un homme dont chaque mot était pesé, un « penseur limpide » qu'il citera toute sa vie.

Le 4 Sivan 1935, il épouse Ettil, fille aînée de Rav Yaakov Moshe Lessin, rav de Naïchtat et directeur du Kollel de Kovno à Slabodka. Plusieurs de ses amis américains assistent au mariage. Il étudie ensuite au Kollel de Kovno et noue des liens avec les grands de Torah en Europe, passant notamment des étés à Tzitivyan en longues conversations avec Rav Yaakov Kamenetzky.

En 1938, face à la montée du nazisme, il cherche à rentrer aux États-Unis. Un ancien camarade de lycée de Baltimore, devenu consul américain à Kovno, lui facilite l'obtention des visas pour sa femme et ses enfants, qui ne sont pas citoyens américains. De retour en Amérique, il est nommé Rav de la Congregation Agudath Shalom à Chelsea, Massachusetts. Avec son beau-père Rav Lessin — arrivé en 1939 — il fonde la Yéchiva Ohr Yisrael, qu'il nomme en l'honneur de Rav Yisrael Salanter. Il refuse d'envoyer ses fils à l'école publique et obtient pour eux une autorisation exceptionnelle d'instruction à domicile. Bien que la communauté résiste d'abord à son approche exigeante, la Yéchiva finit par compter cinquante et un élèves — un chiffre remarquable pour l'époque.

En 1944, Rav Yitzchak Hutner, Roch Yéchiva de la Yéchiva Rabbi Chaim Berlin, lui propose le poste de surveillant spirituel. Rav Miller accepte en l'espace de quelques secondes. Il exercera cette fonction jusqu'en 1964, travaillant à inculquer aux élèves— souvent issus de foyers peu observants — un sens profond de la responsabilité et de la grandeur. Sa rigueur s'accompagne toujours d'un humour fin et bienveillant. Il finit lui-même sept pages de Guémara par jour, terminant le Talmud chaque année.

En 1945, il prend en parallèle la direction du Young Israel of Rugby, à East Flatbush, Brooklyn, poste qu'il occupe pendant trois décennies. En 1975, avec l'évolution du quartier, il fonde le Bais Yisroel of Rugby Torah Center sur Ocean Parkway, à Midwood, Brooklyn. En 1983, il fonde avec son fils Rav Shmuel Miller la Yéchiva Gedolah Bais Yisroel, dont il devient le Roch Yéchiva — poste qu'il occupera jusqu'à sa mort.

Sa carrière de diffuseur de Torah est sans équivalent dans l'Amérique juive de son époque. Il donne des cours simultanés dans une dizaine de Massechtot différentes, à des horaires fixes chaque jour de la semaine, pour des publics aussi variés que des Ba’hourim de Kollel, des Ba'alé Batim, des ‘Hassidim, des séfarades et des Ba’alé Téchouva. Ses Chiourim du jeudi soir sur la Machava — d'abord au Sephardic Institute — sont diffusés dans le monde entier par cassettes audio, un média qu'il adopte dès le début des années 1970 avec une vision remarquablement précoce. Avec l'accord du technicien Reb Pinhas Shelby, il fait même refaire l'installation électrique de sa synagogue pour accueillir les appareils d'enregistrement, et lui exprimera sa reconnaissance jusque dans son testament. Dans les années 1970, anticipant également ce qui deviendra le Torah-by-phone, il met en place un système d'étude téléphonique pour les fidèles ne pouvant plus se déplacer.

Il apprend la Guémara avec un ex-laitier à la retraite, débutant à 65 ans, et organise des Farhers pour tous ses élèves, quel que soit leur âge ou leur statut social. Il publie plus de douze ouvrages — dont cinq sur le ‘Houmach, trois sur l'histoire juive, trois sur la Machava et un sur la Téfila — et laisse plus de 6 000 enregistrements de Chiourim. En 1999, il cède à la Yéchiva Bais Yisroel la propriété de l'ensemble de ses enregistrements. En 2011, la Yéchiva lancera Simchas Hachaim Publishing (SHP), qui continue à publier de nouveaux ouvrages basés sur ses écrits et enregistrements.

Rav Miller est décrit par Rav Moshé Feinstein comme le « Ich Émet d'Amérique ». Le Rabbi de Satmar et disait de lui qu'il n'était « pas de cette génération, mais d'une génération précédente ». Il mène une vie d'une austérité totale : il ne prend jamais de vacances, sort peu de chez lui, et considère chaque moment loin de l'étude comme une perte irréparable. Durant les trois dernières années de sa vie, atteint de leucémie, il maintient son programme de Chiourim. Quand on lui suggère de réduire son activité, il répond : « Quoi ? Battre en retraite ? » Son dernier Chiour est donné pendant Pessa’h 5761.

Rav Avigdor Miller s'éteint le 20 avril 2001 — le 27 Nissan 5761. Des dizaines de milliers de personnes se pressent devant sa synagogue d'Ocean Parkway pour ses Hespedim. L'Aron est ensuite transporté en Erets Israël, où il est inhumé dans la Cheïlkat Harabbanim du Har Hazeïtim. Il laisse derrière lui sa femme Ettil, ses fils Eliezer et Shmuel, ses filles Shaïnee (épouse de Rav Shmuel Elchanan Brog), Libby (épouse de Rav Yerouham Lashinsky, Maggid Chiour au Mir de New York) et Devorah (épouse de Rav Hershel Kanarik, Maggid Chiour à la Yéchiva Ohr Hameir de Peekskill), ainsi qu'un héritage de Torah qui continue d'illuminer des générations de Yidden à travers le monde.

(Depuis 2023, Torah-Box édite et diffuse chaque semaine un feuillet en français sur la Paracha de la semaine à travers le prisme des enseignements du Rav Miller — une approche inédite pour le public francophone, axée sur le développement personnel et le travail des Middot. Ces feuillets, disponibles sur https://torah-box.com/ravmiller, sont lus et distribués dans le monde entier en plusieurs langues, avec un succès grandissant. Binyamin Benhamou, avec l'aide d'Alexandre Kisielewski, a lui-même consacré une année entière à une série de cours vidéo sur les enseignements du Rav Miller appliqués à la Paracha de la semaine, accessible sur https://torah-box.com/kitsour — offrant ainsi au public francophone un accès sans précédent à cette Torah exceptionnelle, dont il était jusqu'alors largement privé.)

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