Le saint Rabbi Its’hak Louria, le Ari zal, naquit à Jérusalem en 5294, soit en 1534. Lorsqu’il était encore jeune, son père quitta ce monde, et il partit avec sa mère vivre chez son oncle, en Égypte. Là-bas, il étudia la Torah auprès de Rabbi Betsalel Ashkénazi, auteur du Chita Mékoubétset, ainsi qu’auprès du Radbaz, Rabbi David ben Zimra. Durant cette période, il approfondit intensément l’étude du saint Zohar. Éliyahou Hanavi se révéla à lui, et il découvrit une méthode nouvelle et profonde dans la Kabbale. Sur instruction d’Éliyahou Hanavi, le Ari zal fit son ‘Alyah à Tsfat, où il enseigna sa méthode kabbalistique à Rabbi ‘Haïm Vital, qui mit ses enseignements par écrit. Le livre le plus célèbre du Ari zal, qui contient les principes essentiels de sa voie, est Ets ‘Haïm. Le Ari zal quitta ce monde le 5 Av 5332, à l’âge très jeune de 38 ans, et il est enterré à Tsfat. La méthode du Ari zal et ses enseignements kabbalistiques ont été acceptés par toutes les branches du peuple juif jusqu’à aujourd’hui.
Le Grand Rabbin de Tsfat, ville où le saint Ari résida durant les deux dernières années de sa vie, était le Beth Yossef, Rabbi Yossef Karo. En plus de sa grandeur immense dans la partie révélée de la Torah, il était aussi un grand connaisseur de la Kabbale qui précédait les enseignements du Ari zal, et il entretenait avec lui une amitié étroite. Cette amitié particulière apparaît dans l’introduction du Beth Yossef à une réponse qu’il rédigea à une question posée par le Ari zal dans le domaine des lois monétaires. Toute la réponse du Beth Yossef au Ari fut imprimée dans le livre Avkat Rokhel : « Question posée par notre maître, Rabbi Its’hak Ashkénazi, le kabbaliste divin… Puisque tes paroles me sont douces, je vais exposer les raisons de ma réponse à tes propos. »
Le Ari zal et le Beth Yossef eurent également des divergences.
Le Ari tranchait la loi selon la Kabbale, tandis que le Beth Yossef n’était pas d’accord lorsque cela lui semblait ne pas correspondre à la décision de la tradition révélée, depuis le Talmud et les décisionnaires. L’un des domaines dans lesquels le Beth Yossef était plus permissif, tandis que le Ari zal était plus strict selon la Kabbale, concernait le Nikour. Dans l’arrière-train de l’animal se trouve le Guid Hanaché, le nerf sciatique, qui est strictement interdit par la loi juive. Il est toutefois possible de retirer ce nerf, opération appelée Nikour. Si le nerf est entièrement retiré, la viande elle-même devient permise. La responsabilité de celui qui accomplit le Nikour est très grande, plus grande encore que celle du Cho’het, car il est extrêmement difficile de retirer entièrement ce nerf.
Le Beth Yossef trancha la loi selon les sources révélées de la Halakha : lorsqu’un expert du Nikour accomplit l’opération conformément aux règles de la loi juive, il est permis de consommer cette viande. Le Ari zal, lui, était d’avis — et c’est ainsi qu’il instruisait ses disciples, bien qu’il ne rendît pas officiellement une décision contredisant celle du Beth Yossef — qu’il fallait tout simplement s’abstenir de manger l’arrière-train de l’animal, et ne pas s’appuyer même sur le plus rigoureux des experts en Nikour.
Un jour, le Ari fut invité à un repas de Mitsva chez le Beth Yossef. « Je sais que vous ne vous appuyez pas sur le Nikour, lui dit le Beth Yossef. Mais cette fois, j’ai moi-même réalisé le Nikour, et je vous assure qu’il n’y a rien à craindre. J’ai retiré tous les nerfs de l’animal. » Le Ari demanda un morceau de viande provenant de l’arrière-train. Il posa sa main dessus, et en retira un nerf… Quel effet cela eut-il sur le Beth Yossef ? S’excusa-t-il, honteux de son erreur ? Au Ciel, on ne se rétracte pas lorsqu’un événement se produit au-delà des lois de la nature. Le Beth Yossef déclara qu’en l’honneur du Ari zal, Hachem avait créé un nouveau nerf dans cet animal. « Il n’était pas là. J’ai fait moi-même le Nikour et j’ai vu qu’il n’y avait rien. Mais en l’honneur du Ari, Hachem a créé un nerf, quelque chose à partir de rien. »
Une histoire semblable est racontée dans ‘Habad au sujet du Rabbi Rachab, le cinquième Rabbi de Loubavitch.
Chaque année, le Rabbi Rachab ajoutait une nouvelle exigence en l’honneur de la fête de Pessa’h. Une année, il décida de s’abstenir totalement d’utiliser du sucre pendant la fête, par crainte qu’un peu de ‘Hamets ne se soit glissé dans les morceaux de sucre. L’un de ses grands ‘Hassidim, un Juif craignant le Ciel, était fabricant de sucre. Lorsqu’il entendit la nouvelle inquiétude du Rabbi au sujet du sucre, il se hâta de venir lui apporter son propre sucre, en témoignant qu’il avait personnellement surveillé tout le processus de fabrication afin qu’aucun ‘Hamets ne puisse y entrer. Le Rabbi demanda un morceau de sucre, le brisa en deux dans sa main, et un grain de blé tomba sur la table…
Nous ne savons pas comment le ‘Hassid réagit, mais il semble qu’il baissa la tête de honte et s’en alla. À l’inverse, le Beth Yossef eut l’assurance de dire que ce que le Ari zal lui avait montré était un miracle. Même si le Beth Yossef n’admit pas qu’il y avait réellement un nerf dans la viande, toute cette histoire permit de clarifier la crainte liée au nerf, et dans de nombreuses communautés, la décision fut de ne pas consommer du tout la viande de l’arrière-train.
Ce type de victoire surnaturelle dans un débat halakhique constitue un prolongement intéressant de la célèbre histoire talmudique de Rabbi Eliézer et des Sages.
Dans cette histoire, Rabbi Eliézer reçoit une aide céleste pour prouver son opinion, mais ses contradicteurs établissent que « la Torah n’est pas dans le Ciel », et qu’elle ne doit pas être tranchée par des miracles surnaturels. Ce débat s’acheva par une annonce divine : « Mes enfants M’ont vaincu. » Le monde d’en bas l’emporta sur le monde d’en Haut, qui, depuis lors, attendait le saint Ari.
Un jour, dans le Beth Midrach du saint Ari, le saint Alchikh et le Beth Yossef dansaient ensemble en l’honneur d’une célébration qui s’y tenait.
D’autres Tsadikim célèbres étaient également présents, parmi lesquels un grand Tsadik encore dissimulé sous l’apparence d’un simple Juif. Il s’appelait Rabbi Elazar Azkari, auteur du Séfer ‘Harédim. Il était le bedeau de la synagogue, et personne ne reconnaissait sa grandeur. Les Tsadikim dansaient ensemble avec joie, lorsqu’un Tsadik au visage lumineux entra soudain et se mit à danser avec le bedeau. Puis ce Tsadik sortit, et le Ari alla à son tour danser avec le bedeau. Les autres Tsadikim furent quelque peu étonnés. Après tout, le bedeau passait pour un simple Juif. Il convenait que les Tsadikim dansent avec des Tsadikim. Pourquoi donc le Ari dansait-il avec le bedeau ?
L’un des Tsadikim posa la question au Ari, et il répondit : « Si Rabbi Chimon bar Yo’haï a dansé avec lui, moi, je ne danserais pas avec lui ? » À première vue, il s’agit d’une autre histoire sur les merveilles du Ari : des Tsadikim cachés, de hautes révélations, une danse, et le Ari qui dirige toute la scène avec sa vision pénétrante.
Mais si l’on regarde cette histoire de l’intérieur, avec un regard ‘Hassidique, elle parle surtout de l’amour du prochain.
Il existe de nombreuses histoires sur le Ba’al Chem Tov et son lien avec les Tsadikim cachés, ainsi qu’avec les Juifs simples. Le Ari, lui aussi, savait apprécier la lumière présente chez des personnes qui paraissaient très simples. À un niveau plus profond, cette appréciation révèle un amour pour tous les Juifs simples, et pas seulement pour ceux qui sont réellement des Tsadikim. Chaque Juif simple est aussi un Tsadik caché. Si caché, qu’il ne le sait même pas lui-même. Cette sensibilité à ce qui est caché en chaque Juif découle de la Torah cachée que le Ari zal enseigna. Sa capacité à l’identifier provenait de son amour pour ses frères juifs.
Un autre élément était son humilité : le sentiment qu’il existe un point commun entre le plus grand des Tsadikim et le plus petit des élèves.
C’est un autre domaine dans lequel le Ari est une racine et un fondement de la Torah du Ba’al Chem Tov, un avant-goût de la Torah du Machia’h. Il est rapporté dans le calendrier Hayom Yom que le Machia’h consacrera son temps à enseigner la Torah aux Juifs les plus simples, et pas nécessairement à ceux qui deviendront plus tard de grands érudits ou des Tsadikim merveilleux. Il enseignera à des Juifs chez qui aucune grandeur particulière n’est visible. Telle est l’humilité du Machia’h : une humilité née de l’amour.
Traduit d'un article de Moshe Genuth, "The Arizal : Dance of the Tzaddikim"




