Question : “Je traverse de nombreuses épreuves et j'ai le sentiment que ma vie est remplie de souffrances. Je sais que la Torah nous demande de choisir la vie et qu'à Roch Hachana nous implorons Hachem de nous inscrire dans le Livre de la Vie. Mais au fond de moi, je n'arrive pas à demander cette vie, tant elle me semble difficile. Comment puis-je prier sincèrement pour la vie alors que je souffre tellement ?”

Réponse du Rav Boyer :

La réponse à cette question n'est pas simple. Dans la prière, nous demandons : « Souviens-Toi de nous pour la vie… », mais nous ajoutons également : « pour Toi, D.ieu vivant » (Lémaankha Elokim 'Haïm). De même, dans Avinou Malkénou, nous demandons : « Agis pour Toi, sinon pour nous. » Nous disons encore dans la prière : « Agis pour Ton Nom… », et Hachem Lui-même déclare : « C'est pour Moi, pour Moi que J'agirai » (Isaïe 48, 11), ainsi que : « C'est Moi, Moi qui efface tes fautes pour Moi, et Je ne Me souviendrai plus de tes péchés » (Isaïe 43, 25).

Il faut comprendre ce que signifie cette expression « pour Toi » ou « pour Moi ». En réalité, Hachem n'a besoin de rien pour Lui-même. Il n'est pas un corps, les notions corporelles ne Le concernent pas, et rien ne Lui ressemble. Que signifie donc exactement « pour Toi, D.ieu vivant » ?

Pour répondre à cette question, revenons à la Paracha Vaét'hanan. Moché Rabbénou adressa cinq-cent-quinze prières à Hachem afin d'obtenir la permission d'entrer en Terre d'Israël. En réalité, Moché demandait aussi la vie, car il avait compris que s'il ne pouvait pas entrer en Terre d'Israël, il ne continuerait pas non plus à vivre. Pourtant, Hachem ne fit pas droit à sa demande et lui dit : « C'en est assez pour toi. » Le Midrach Rabba (Dévarim 11, 6) rapporte le dialogue entre Moché Rabbénou et Hachem : 

Moché dit devant le Saint béni soit-Il : « Maître du monde ! Si Tu ne me fais pas entrer en Terre d'Israël, laisse-moi au moins vivre comme les animaux des champs, qui mangent de l'herbe, boivent de l'eau, vivent et voient le monde. Que mon âme soit comme la leur. » Hachem lui répondit : « C'en est assez pour toi. » Moché reprit : « Maître du monde ! Si ce n'est pas possible, laisse-moi vivre dans ce monde comme un oiseau, qui vole aux quatre coins du monde, trouve chaque jour sa nourriture et revient le soir à son nid. Que mon âme soit comme la leur. » Hachem lui répondit : « C'en est assez pour toi. » 

Plus tard encore, lorsque l'Ange de la Mort vint prendre son âme, Moché Rabbénou lutta contre lui et discuta avec lui, jusqu'à ce que Hachem Lui-même prenne l'âme de Moché par le baiser divin (Mitat Méchika) et l'enterre sur le mont Névo, en un lieu dont l'emplacement est demeuré inconnu jusqu'à ce jour. Moché Rabbénou s'est battu pour la vie et voulait, à tout prix, rester dans ce monde. Il faut comprendre ce qu'il souhaitait faire ici-bas sous la forme d'un animal des champs ou d'un oiseau du ciel. 

Quel était le but de son désir de rester vivant de cette manière ? Que cache cette demande ? 

Il faut connaître ici un principe fondamental concernant le but de la Création : « Tous ceux qui portent Mon Nom, Je les ai créés pour Ma gloire ; Je les ai formés et Je les ai faits » (Isaïe 43, 7). De même, il est écrit : « Toute la terre est remplie de Sa gloire » (Isaïe 6, 3). Tout ce que Hachem a créé dans le monde l'a été pour Sa gloire. Cela nous inclut également, comme nous le disons : « Béni soit notre D.ieu, qui nous a créés pour Sa gloire. »

Dans toute la création, se révèle la gloire d'Hachem. Lorsqu'un homme contemple un arbre, ses branches et ses fruits, il voit le miracle divin : comment, à partir d'une simple graine enfouie dans la terre, pousse un arbre qui produit des fruits. À travers cela, il perçoit la gloire d'Hachem et s'écrie : « Que Tes œuvres sont nombreuses, Hachem ! » Lorsqu'il regarde le ciel, il dit : « Les cieux racontent la gloire de D.ieu, et le firmament proclame l'œuvre de Ses mains. » Toute la création révèle en réalité Hachem. Comme l'enseignent nos Sages : « Le Saint béni soit-Il a désiré avoir une demeure dans les mondes inférieurs » (Midrach Tan'houma, Nasso 16). Certes, Hachem n'a besoin de rien, mais telle fut Sa volonté : « Cela Me procure de la satisfaction, car J'ai parlé et Ma volonté a été accomplie » (Rachi, Chémot 29, 18).

Tout ce qui existe dans notre monde témoigne du Créateur qui l'a fait naître, et il en est de même de tout ce qui s'y déroule. Chaque être humain possède une mission dans ce monde, de même que chaque créature, vivante ou inanimée. Toutes chantent et louent leur Créateur. C'est le secret du Pérek Chira : toute la création — les arbres, les animaux domestiques, les animaux sauvages, les reptiles et les oiseaux — tous chantent devant Hachem et accomplissent Sa volonté. 

Rabbi 'Haïm Zeitchik écrit que nous sommes comme insensibles et incapables d'entendre réellement la mélodie de la Création. Une seule fois, Hachem retira tous les voiles : ce fut au mont Sinaï. Le peuple d'Israël fut projeté dans les airs sur une distance de douze milles et leurs âmes quittèrent leurs corps. Ils dirent alors à Moché Rabbénou : « Parle-nous toi-même, et nous écouterons ; que D.ieu ne nous parle plus, de peur que nous ne mourrions. » Ils ne pouvaient supporter la puissance extraordinaire de la voix du chant de la création et de la Voix d'Hachem : « La Voix d'Hachem est puissante, la Voix d'Hachem est majestueuse… » 

À chaque instant où l'homme vit dans ce monde — non comme un arbre, ni comme un animal des champs, ni comme un oiseau, mais en tant qu'être humain, porteur d'une parcelle divine d'En-Haut — chaque fois qu'il ouvre les yeux et voit, cela constitue une manifestation de la divinité. Un homme qui entend et qui parle est lui-même un miracle qui révèle Hachem dans notre monde. Il en va de même pour l'accomplissement des Mitsvot. Le mot Mitsva est lié au mot Tsavta, qui signifie « union » : elle relie l'homme à Hachem. Chaque Mitsva agit dans toutes les sphères supérieures et dans tous les mondes, faisant descendre l'abondance dans notre monde. À chaque prière et à chaque étude de Torah de la part d'un Juif, celui-ci devient associé à l'œuvre de la Création. Il met en mouvement tous les mécanismes du monde, pour Israël qui est appelé Réchit.

L'homme imagine souvent qu'après cent vingt ans, lorsqu'il arrivera dans le monde futur, on lui présentera un relevé détaillé : combien de Chabbath il a observés, combien de fois il a mis les Téfilin, combien de bénédictions il a récitées, etc. Mais, en réalité, de très grandes surprises l'attendent. Il découvrira alors la puissance extraordinaire de chacun de ses actes, de chacune de ses respirations dans ce monde, respiration qui lui vient d'Hachem. La vie est un miracle indescriptible. 

À chaque instant où l'homme vit ici-bas, il sanctifie le Nom d'Hachem dans le monde. Il perçoit Hachem, Il Le chante et Le loue. Il est associé à l'œuvre de la Création et procure ainsi de la satisfaction à Hachem. 

Mais lorsque la conception que l'homme a de la vie est différente, lorsqu'il ne vit pas selon cette perspective mais uniquement pour ses propres désirs, sa subsistance, sa santé ou sa maison, alors, en réalité, il ne vit que pour lui-même. Et lorsqu'une telle personne ne voit pas les choses se dérouler comme elle le souhaite, la souffrance l'envahit jusqu'à ce qu'elle en vienne à se demander : « Pourquoi vivre ? » 

Une telle personne ne parvient plus à comprendre pourquoi elle devrait continuer à vivre, à D.ieu ne plaise. En revanche, lorsque l'homme s'élève au-dessus de cette bulle centrée sur lui-même et comprend que sa vocation n'est pas de vivre pour lui-même mais uniquement pour Hachem, et que toute la création n'existe que pour Sa gloire, alors ses yeux s'ouvrent et il commence à voir que toute la Création sanctifie le Nom du Ciel.

C'est pourquoi, pendant les Jours Redoutables, lorsque nous demandons la vie, nous la demandons pour Hachem, afin de sanctifier Son Nom dans le monde et de Le servir d'un cœur paisible. Tout ce que nous demandons — bénédiction, paix, bonne subsistance, santé, satisfaction et tout ce dont nous avons besoin — nous le demandons afin de pouvoir servir Hachem dans la joie et non dans la souffrance. Pendant les prières des Jours Redoutables, même si une personne mène une vie difficile, elle doit faire l'effort d'orienter toutes ses demandes vers cette intention : que tout soit pour Hachem. Ce n'est pas toujours facile, mais il vaut la peine d'ouvrir les yeux de l'intelligence au-dessus des yeux de la chair et de comprendre que le monde possède un sens élevé, précisément à travers les mots : « Pour Toi, D.ieu vivant. » Et si une personne souffre et que, du sein même de cette souffrance, elle se tourne vers Hachem, sa récompense est immense. 

Lorsque Moché Rabbénou était dans les mondes supérieurs, il voyait tout cela. Il voyait toute la Création chanter et louer Hachem, ainsi que l'immense satisfaction que cela Lui procurait. C'est pourquoi il supplia de rester en vie, ne serait-ce que sous la forme d'un animal ou d'un oiseau, pourvu qu'il puisse continuer à sanctifier le Nom du Ciel dans ce monde, car le Saint béni soit-Il a désiré avoir une demeure dans les mondes inférieurs. Nos Sages racontent que Moché Rabbénou vit dans les mondes supérieurs la grande lumière de Rabbi ‘Akiva. Il demanda alors à Hachem : « Tu m'as montré sa Torah ; montre-moi maintenant sa récompense. » 

Hachem lui montra alors la mort de Rabbi ‘Akiva, dont la chair était peignée avec des peignes de fer. Moché s'écria : « Maître du monde ! Est-ce là la Torah, et est-ce là sa récompense ? » Hachem lui répondit : « Tais-toi. Ainsi est montée Ma pensée. » (Ména'hot 29b) À première vue, la question se pose : Moché avait demandé à voir la récompense de Rabbi ‘Akiva ; pourquoi Hachem lui montra-t-Il sa mort ? En réalité, Moché vit dans les mondes supérieurs la récompense immense réservée au Juif précisément lorsqu'il souffre, traverse des difficultés et des épreuves, et qu'en dépit de tout, il dit comme Rabbi ‘Akiva : « Toute ma vie, j'ai été tourmenté par ce verset : "De toute ton âme", même s'Il prend ton âme. Je me disais : quand aurai-je le mérite de l'accomplir ? » (Berakhot 61b) 

Ainsi, lorsqu'à Roch Hachana l'homme proclame Hachem Roi et que, malgré ses difficultés et ses épreuves, il dit : « Pour Toi, D.ieu vivant. Donne-moi, Maître du monde, la force de vivre pour Toi et de sanctifier Ton Nom », alors Hachem décrète pour lui une année bonne et douce. Car celui qui pense à Hachem, Hachem pense à lui.

Puisse-t-on mériter de vivre pour Hachem dans la sérénité, la joie et la paix, et être inscrits immédiatement dans le Livre des Justes pour une bonne et douce année, pour une vie bonne et paisible. Amen.